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Liturgie pour les Dimanches et Fêtes principales

Le bon samaritain
Douzième dimanche après la Pentecôte – Le bon Samaritain

Réflexion sur la Liturgie du jour – tiré de L’Année Liturgique, par Dom Prosper Guéranger

Introït

Dieu, venez à mon aide; Seigneur, hâtez-Vous de me secourir: que mes ennemis, ceux qui cherchent à m’ôter la vie, soient confondus et couverts de honte. Psaume. Qu’ils soient contraints de retourner en arrière et réduits à rougir, ceux qui méditent de me faire du mal.

Collecte

Dieu tout-puissant et miséricordieux, de la grâce de qui vient que Vos fidèles Vous servent comme il convient et d’une façon digne de louange, accordez-nous, selon notre prière, de courir sans broncher dans la voie qui conduit aux biens que Vous avez promis. Par Notre Seigneur Jésus-Christ.

Épître

Lecture de l’Épître du bienheureux Paul Apôtre, aux Corinthiens. II, Chap. III

Mes Frères, la confiance qui nous possède, c’est par Jésus-Christ que nous avons devant Dieu: non que nous soyons capables d’avoir une pensée par nous-mêmes comme de nous-mêmes, mais c’est Dieu qui nous en rend capables. C’est Lui qui nous a rendus aptes à être les ministres de la nouvelle alliance selon l’Esprit et non la lettre; car la lettre tue, mais l’Esprit vivifie. Que si le ministère de mort gravé en lettres sur la pierre a été accompagné d’une telle gloire que les fils d’Israël ne pouvaient regarder le visage de Moïse à cause de la gloire dont il rayonnait, laquelle néanmoins devait passer: combien le ministère de l’Esprit ne devra-t-il pas être plus glorieux? Car si le ministère de la condamnation est entouré de gloire, le ministère qui justifie en aura bien davantage.

Réflexion sur l’Épître

Oh! si nous connaissions le don de Dieu! si nous comprenions la dignité suréminente réservée, sous la loi d’amour, à tout homme de bonne volonté! peut-être nos lâchetés céderaient enfin; peut-être nos âmes s’éprendraient-elles de la noble ambition qui fait les Saints. Du moins saurions-nous que l’humilité chrétienne, dont on nous parlait dans les dimanches précédents, n’est point l’abaissement vulgaire d’une âme dégénérée, mais l’entrée glorieuse dans la voie qui conduit par l’union divine au seul anoblissement véritable. Funeste inconséquence des hommes, qui, passionnés à bon droit pour la gloire, rétrécissent eux-mêmes leurs horizons dans les fumées de l’orgueil, et se laissent détourner par les hochets de la vanité de la recherche des honneurs que leur réservait dès ce monde, sous l’œil de Dieu et de Ses Saints, la Sagesse éternelle!

Quelle est donc cette gloire du Testament nouveau dont la grandeur fait tressaillir l’Apôtre, et près de laquelle celle de l’ancien s’éclipse tellement à ses yeux? Certes, pourtant, l’alliance du Sinaï ne fut pas sans splendeur. Jamais la majesté, la toute-puissance et la sainteté du Très-Haut ne s’étaient manifestées à la fois comme au jour où, rassemblant au pied de cette montagne fameuse les descendants des douze fils de Jacob devenus un peuple immense, il renouvela miséricordieusement avec eux tous le pacte conclu avec leurs pères et leur donna Sa loi dans l’appareil redoutable décrit au livre de l’Exode. Mais cette loi, gravée par le doigt de Dieu sur la pierre, ne l’était point pour cela dans les cœurs; et sa sainteté n’empêchait pas le péché qu’elle condamnait de régner au fond des âmes. Moïse, qui l’apportait, descendait de l’auguste montagne resplendissant des rayons mêmes de la Divinité; mais le rayonnement qui s’échappait du front du cher d’Israël, ne devait pas se communiquer au peuple qu’il avait à conduire; il lui restait personnel, non moins que la faveur qu’il avait eue de traiter face à face avec Dieu; il disparut avec lui, marquant par sa durée transitoire le caractère de ce ministère qui devait cesser à l’avènement du Messie, comme la lumière empruntée qui brille durant la nuit s’efface d’elle-même à l’arrivée du jour. Et comme pour mieux marquer que le temps n’était pas venu encore où Dieu manifesterait directement Sa gloire, la vue des Juifs du Sinaï se trouvant impuissante à porter l’éclat de la face de Moïse, celui-ci dut désormais voiler son visage, quand il voulut parler à son peuple. C’est qu’en effet, tout emprunté qu’il fût, l’éclat de son front représentait la gloire de l’alliance future dont les splendeurs étaient appelées à rayonner, non plus sans doute extérieurement, mais dans nos cœurs à tous, en nous montrant la lumière même de Dieu sur la face du Christ Jésus: lumière vivante et vivifiante qui n’est autre que le Verbe divin, la Sagesse du Père, et que l’énergie des sacrements, aidée de la contemplation et de l’amour, fait passer de l’humanité de notre Chef adoré au plus intime des âmes.

Graduel.

Je bénirai le Seigneur en tout temps; Sa louange sera toujours dans ma bouche. Mon âme mettra sa gloire dans le Seigneur; que les doux m’entendent, et qu’ils se réjouissent. Alléluia, alléluia. Seigneur Dieu de mon salut, j’ai crié vers Vous durant le jour et la nuit. Alléluia.

Évangile

La suite du saint Évangile selon saint Luc, Chap. X.

En ce temps-là, Jésus dit à Ses disciples: Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez! Car Je vous déclare que beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l’ont pas entendu. Et voilà qu’un docteur de la loi se leva pour Le tenter, disant: «Maître, que me faut-il faire pour posséder la vie éternelle?» Jésus lui dit: «Qu’y a-t-il d’écrit dans la loi? comment lisez-vous?» Il répondit: «Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de toutes vos forces et de tout votre esprit; et votre prochain comme vous-même.» Jésus lui dit: «Vous avez bien répondu; faites cela, et vous vivrez.» Mais lui, voulant faire paraître qu’il était juste, dit à Jésus: «Et qui est mon prochain?» Or Jésus, prenant la parole, dit: Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba entre les mains des voleurs qui le dépouillèrent, et s’en allèrent après l’avoir couvert de coups, le laissant à demi mort. Or il arriva qu’un prêtre descendait par le même chemin, et l’ayant vu, il passa outre. De même un lévite étant venu près du lieu, et le voyant, passa outre. Mais un Samaritain qui voyageait arriva près de lui, et, le voyant, fut ému de compassion. S’approchant donc, il banda ses blessures, versant dessus de l’huile et du vin; et l’ayant mis sur son cheval, il le conduisit dans une hôtellerie où il prit soin de lui. Le lendemain il tira deux deniers qu’il donna à l’hôtelier en disant: «Ayez soin de lui, et tout ce que vous dépenserez de plus, je vous le rendrai à mon retour.» Lequel de ces trois vous paraît avoir été le prochain de celui qui est tombé entre les mains des voleurs? Le docteur répondit: «Celui qui a exercé la miséricorde envers lui. – Allez donc, lui dit Jésus, et faites de même.»

Réflexion sur l’Évangile

Le grand précepte de l’amour. – La foi opère par la charité. Et en effet la parabole du bon Samaritain, qui, par ailleurs, se prête à tant d’applications du plus haut symbolisme, n’est amenée, dans le sens littéral, sur les lèvres du Sauveur que pour détruire péremptoirement les restrictions apportées par les Juifs au grand précepte de l’amour.

Si toute perfection est renfermée dans l’amour, si sans lui nulle vertu ne produit de fruit pour le ciel, l’amour n’est vrai qu’autant qu’il s’étend au prochain; et c’est même surtout dans ce dernier sens, remarque saint Paul, que l’amour accomplit toute la loi, qu’il en est la plénitude. Car c’est le prochain qu’ont en vue directement la plupart des préceptes du Décalogue et la charité envers Dieu n’est complète, elle aussi, qu’en aimant avec Dieu ce qu’Il aime, ce qu’Il a fait à Son image. En sorte que l’Apôtre, ne distinguant même pas, comme le fait l’Évangile, entre les deux préceptes de l’amour, ose bien dire: «Toute la loi est contenue dans cette seule parole: Vous aimerez votre prochain comme vous-même».