En ce début de Carême, nous devons prendre des résolutions afin de vivre non pour la terre, mais pour le Ciel.  Que nous le voulions ou non, la vie présente n’a pas d’autre sens.  Aussitôt que nous acceptons cette vérité, que nous nous y conformons, que, du moins, nous ne la rejetons pas, notre vie change d’optique.  Nous considérons les choses de la terre dans l’optique de Dieu.  Chacun de nous, nous avons la responsabilité de notre âme.  Profitons de ce temps du Carême pour renouveler en nous cette pensée de la responsabilité que nous avons devant Dieu de travailler à notre sanctification. Nous y sommes obligés, car c’est la volonté de Dieu que nous soyons des saints.  Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait, dit Notre-Seigneur.
Père Jean-Grégoire de la Trinité, ODM

Le saint Temps du Carême

Autel de la chapelle de Jésus Crucifié – Monastère des Apôtres – Carême

Le saint temps du Carême qui commence avec le mercredi des Cendres et se termine à la fête de Pâques, a été institué par les premiers Apôtres pour imiter le jeûne de quarante jours que fit Notre-Seigneur au désert.«Au jour de Son baptême, Jésus a été proclamé le Fils bien-aimé du Père, le Maître qu’il faut suivre et imiter; poussé par l’Esprit de Dieu, Il va passer quarante jours et quarante nuits dans le désert.  Chef de l’humanité pécheresse, Il veut lui montrer le chemin de la pénitence.  Sans doute Il est la sainteté même; mais Il a pris sur Lui le poids de nos iniquités et Il nous montre comment il faut les expier.  Il veut en même temps prier et Se mortifier spécialement pour ceux qu’Il va bientôt choisir comme disciples.»(1)

Le Carême est donc un temps de pénitence et de purification, pour implorer la divine miséricorde et obtenir le pardon de nos péchés.  Et rien n’est plus capable de porter nos coeurs à ces saints exercices que la considération des souffrances que Jésus a bien voulu endurer par amour pour nous, durant Sa vie, et particulièrement durant Sa douloureuse Passion.  Tandis que les mondains, aux approches du Carême, cherchent les distractions et les divertissements trop souvent coupables du carnaval, commençons à méditer les souffrances de notre Sauveur.

Sachant combien plaisent à Jésus-Christ ceux qui pensent fréquemment à Sa Passion, tous les Saints ont été presque sans cesse occupés à méditer les douleurs et les mépris que ce doux Rédempteur a soufferts pour nous.  Selon saint Augustin, rien n’est utile, rien n’est propre à nous conduire au salut éternel, comme de penser tous les jours aux peines que Jésus-Christ a souffertes pour nous.

«Ô Passion admirable, s’écrie saint Bonaventure, tu rends céleste celui qui te contemple!»  Saint Thomas d’Aquin lui demanda un jour, de quel livre il s’était le plus servi pour consigner dans ses ouvrages tant de beaux enseignements.  Saint Bonaventure lui montra son crucifix, qu’il avait noirci à force d’y coller ses lèvres:  «Voilà, répondit-il, le livre où je prends tout ce que j’écris; c’est Lui qui m’a enseigné le peu que je sais.»

Saint Léonard de Port-Maurice professa une dévotion toute spéciale pour la Passion de notre divin Rédempteur.  «Le bon moyen, écrivait-il, de sanctifier le monde catholique, et de le délivrer de la tyrannie de Satan, c’est de faire tous ses efforts pour que les fidèles pensent souvent à la Passion du Sauveur et qu’ils l’aient toujours gravée dans leur coeur; je contribuerais volontiers à ce résultat au prix de tout mon sang, de mon dernier soupir et de ma vie.»(2)

«C’est en étudiant le crucifix que tous les Saints sont devenus habiles dans l’art d’aimer Dieu…  Jésus crucifié, tel doit être notre livre.  En le lisant assidûment, comme tous ces Saints, nous apprendrons, d’une part, à craindre le péché, et de l’autre, à brûler d’amour pour un Dieu si aimant; car dans Ses plaies nous verrons les marques de la malice du péché, qui a condamné un Dieu à souffrir une mort si cruelle pour satisfaire à la justice divine, et les gages de l’amour que le Sauveur nous a témoigné, en souffrant tant de douleurs précisément afin de nous faire comprendre combien Il nous aimait.»(3)

Pour que ce Carême soit un temps propice à notre purification et à notre sanctification, essayons de faire chaque jour une méditation ou une lecture spirituelle, utilisant le récit de la Passion dans l’Évangile ou un livre traitant du même sujet, ou encore l’exercice si salutaire du Chemin de la Croix.

Rédaction O.D.M.

  1.    Tanquerey, La vie de Jésus dans l’Église, p. 9-10.
  2.    Sa vie, par le R.P. D’ormea.
  3.    R.P. Paul Wittebolle, C.Ss.R, Le Carême sanctifié, Québec, L.-J. Demers, 1899, p. 11, 4. S. Matth. 5, 48

Cet article est tiré de la revue Magnificat de Janvier-Février 2002

Demandons à Dieu l’esprit de pénitence.  Et si nous ne pouvons embrasser les austérités volontaires pour nous châtier nous-mêmes, du moins acceptons volontiers les peines, les travaux, les accidents et les sacrifices que la Providence nous impose.
R.P. Théodore Ratisbonne

Le Mercredi des Cendres

À l’exemple des Ninivites qui firent pénitence sous la Cendre et le cilice, l’Église, pour humilier notre orgueil et nous rappeler la sentence de mort que nous devons subir par suite du péché, répand en ce jour sur nos têtes un peu de cendre en nous disant : Souviens-toi, ô homme, que tu es poussière et que tu retourneras en poussière. (Gen.  3, 19)  Nous venons de la poussière et nous y retournerons.  Voilà de quoi abattre notre orgueil.  La cendre est le symbole de la pénitence et, devenue par la bénédiction de l’Église un sacramental, elle nous porte à développer en nous l’esprit d’humilité et de sacrifice.  C’est le vestige d’une ancienne cérémonie:  les chrétiens qui avaient commis des fautes graves devaient se soumettre à la pénitence publique.  Le Mercredi des Cendres, le Pontife bénissait les cilices qu’ils allaient porter durant la sainte Quarantaine.  Puis, tandis que les fidèles chantaient les sept psaumes de la pénitence, on expulsait les pénitents du lieu saint à cause de leurs péchés, comme Adam, le premier homme, avait été chassé du paradis à cause de sa désobéissance.  Ils ne déposaient leurs vêtements pénitentiels et ne rentraient dans l’église que le Jeudi-Saint, après avoir obtenu leur réconciliation par le labeur de la pénitence quadragésimale, par la confession et l’absolution sacramentelles.

La cérémonie de la bénédiction et de l’imposition des Cendres en est comme une généralisation; les premières traces dans la liturgie romaine remontent au XIe siècle, et c’est le Pape Urbain II qui, au concile de Bénévent (1091) prescrivit que les Cendres fussent imposées aux simples fidèles.  Afin que ce puissant sacramental nous obtienne de Dieu les grâces que l’Église implore en les bénissant, nous devons les recevoir dans un esprit d’humilité et de pénitence.

La liturgie du Mercredi des Cendres nous rappelle que Dieu pardonne, en effet, les péchés des hommes à cause de leur repentir. (Intr.)  Il est riche en bonté pour ceux qui se convertissent à Lui de tout coeur, dans le jeûne, les larmes et les lamentations…  Ce ne sont pas nos vêtements que nous devons déchirer en signe de douleur, comme le faisaient les Pharisiens, mais bien nos coeurs, (Ép.) car ce ne sont pas les hommes que nous devons rendre témoins de nos jeûnes, mais notre Père qui voit dans le secret de nos âmes et qui nous le rendra. (Év.)

Dom Gaspar Lefebvre, Missel quotidien et vespéral, Abbaye de St-André, Bruges, Grande Édition 1932, p. 631 -632.

Cet article a été publié dans la Revue Magnificat, Mars 1991

Lectures et prières suggérées pour le Carême:

  • La Cène et la Passion de Notre-Seigneur, tirés de «Les quatre Évangiles en un seul», par le Chan. Weber.
  • De Gethsémani au Golgotha, toute la Passion de Notre-Seigneur, méditée par le Chanoine Weber.
  • La Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ commentée par Lui-même à Sr Josefa Menendez.
  • Sur le Chemin du Calvaire, ou chemin de la Croix médité par Père Jean-Grégoire.
  • Chemin de la Croix, médité par Père Jean-Grégoire.

Disponible aux Éditions Magnificat

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