Le Mystère Pascal

Le Christ est ressuscité comme Il l’a dit![1]

Jésus ressuscité ODM pinxit

Jésus ressuscité
ODM pinxit

Jésus avait Lui-même annoncé plusieurs fois Sa résurrection:  Détruisez ce temple, avait-Il dit en montrant Son propre corps, et Je le rebâtirai en trois jours.[2]  Aux pharisiens obstinés qui Lui demandent un prodige dans les airs, Il répond qu’Il en fera un et que ce sera celui de Sa résurrection:  De même, dit-Il, que le prophète Jonas est resté trois jours dans le sein d’un poisson, ainsi le Fils de l’Homme restera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre.[3]  À Ses disciples, Il parle de la façon la plus claire:  Voici que nous montons à Jérusalem, leur dit Jésus, et le Fils de l’Homme sera livré aux princes des prêtres et aux scribes, et ils Le condamneront à mort; et ils Le livreront aux gentils, pour qu’ils se moquent de Lui, Le flagellent et Le crucifient; et Il ressuscitera le troisième jour.[4]  Impossible de parler plus clairement.  Quand Je serai ressuscité, leur disait-Il encore, Je vous précéderai en Galilée.[5]

Ces nombreuses prophéties, Jésus les a réalisées en ressuscitant de fait le troisième jour après Sa mort, comme Il l’avait dit.

Suivons le récit évangélique…  Vous verrez les témoignages s’accumuler:  témoignages de femmes et d’hommes, témoignages des Apôtres et des ennemis même de Jésus.  Vous y verrez apparitions sur apparitions de la part du Sauveur qui apporte Lui-même d’irrécusables preuves de Sa résurrection, devant de nombreux témoins à la fois.

— C’est Marie Madeleine qui, dans l’empressement de son amour, précède l’aurore pour se rendre au tombeau et qui, apercevant la pierre renversée, s’enfuit toute bouleversée vers les Apôtres et s’écrie:  Ils ont enlevé le Seigneur et je ne sais où ils L’ont mis.[6]

— Ce sont les apôtres, Pierre et Jean, qui courent au sépulcre, font la même constatation, et n’y trouvent que des bandelettes et le suaire.[7]

— Ce sont les Anges qui rendent témoignage du triomphe de leur roi:  Ne vous effrayez pas; vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié; Il est ressuscité, Il n’est point ici; voici le lieu où on L’avait mis.  Mais allez dire à Ses disciples, et à Pierre, qu’Il vous précède en Galilée; c’est là que vous Le verrez, comme Il vous l’a dit.[8]

Après ces témoignages, ce sont les apparitions qui se succèdent et se déroulent, de jour en jour plus claires, plus saisissantes, plus irrésistibles.

Voici que Marie Madeleine retournée au tombeau, près duquel elle se lamente, voit tout à coup le Divin Maître qui Se présente sous la forme d’un jardinier et qui l’appelle par son nom:  «Marie!»  Celle-ci tombe à genoux et s’écrie:  Rabonni, bon Maître!  Ne Me touche pas, lui dit Jésus, car Je ne suis pas encore remonté vers Mon Père; mais va trouver Mes frères, et dis-leur:  «Je monte vers Mon Père et votre Père, vers Mon Dieu et votre Dieu.»  Et Madeleine devint le premier apôtre de la résurrection.  J’ai vu le Seigneur, dit-elle aux Apôtres.[9]

Un groupe de femmes reviennent du tombeau où elles ont vu les Anges du ciel et entendu leur témoignage.  Sur le chemin, Jésus vint au-devant d’elles, en disant:  Je vous salue.  Elles s’approchèrent, embrassèrent Ses pieds et L’adorèrent.  Alors Jésus leur dit:  Ne craignez point; allez, dites à Mes frères de partir pour la Galilée; c’est là qu’ils Me verront.[10]

Pierre, le chef du collège apostolique, voit aussi le Seigneur et le bruit de cette apparition se répand:  Le Seigneur est vraiment ressuscité, et Il est apparu à Simon.[11]

Presque en même temps, deux disciples s’en allant à Emmaüs sont rejoints sur la route par un étranger.  À la tombée du jour, ils entrent ensemble pour le repas du soir.  L’étranger bénit le pain qui se trouve sur la table, les yeux des deux disciples s’ouvrent et ils reconnaissent le Sauveur.[12]

Le même soir, les disciples sont cachés dans le Cénacle.  Les portes en sont barrées par crainte des Juifs.  Tout à coup, à travers la porte close Jésus entre dans le Cénacle et paraît au milieu d’eux.  La paix soit avec vous!  C’est Moi, ne craignez point, leur dit-Il.  Les Apôtres sont pris de frayeur et croient voir un esprit…  Voyez Mes mains et Mes pieds; c’est bien Moi; touchez et voyez:  un esprit n’a ni chair ni os, comme vous voyez que J’en ai.  Et parce qu’ils hésitent encore, Jésus S’assied au milieu d’eux, leur demande à manger, leur explique les Écritures et leur promet le Saint-Esprit.[13]

Mais l’apôtre Thomas n’était pas là.  Il refuse de croire à ce que ses confrères lui disent.  Alors Jésus apparaît de nouveau et S’adresse à Thomas:  Introduis ton doigt ici, lui dit-Il, et vois Mes mains; approche aussi ta main, et mets-la dans Mon côté; et ne sois pas incrédule, mais fidèle.[14]

Jésus ne veut cependant pas quitter la terre sans honorer de Sa présence la Galilée, patrie de Son enfance, témoin de Ses premières prédications et de Ses premiers miracles.  Pendant que les Apôtres sont à pêcher dans le lac de Tibériade, Jésus apparaît tout à coup sur la grève.  N’avez-vous rien à manger? leur dit-Il.  — Non, répondirent les Apôtres.  — Jetez votre filet à droite de la barque et vous trouverez.  Et voilà qu’ils ne peuvent plus retirer le filet tant il est chargé de poissons.  Jean alors s’écrie:  C’est le Seigneur.  Et Pierre se jette à la nage pour Le rejoindre sur la grève.  Et Jésus, après lui avoir demandé trois fois:  Pierre, M’aimes-tu? l’établit Pasteur suprême des agneaux et des brebis de Son bercail.[15]

Enfin Jésus convoque en Galilée tous ceux qui ont gardé Son souvenir.  Ils sont là près de cinq cents.  Et devant cette foule, Jésus apparaît de nouveau et donne à Ses Apôtres la mission de convertir le monde:  Toute puissance M’a été donnée dans le Ciel et sur la terre.  Allez, enseignez les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, et leur enseignant à observer tout ce que Je vous ai commandé.  Voilà que Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation des siècles.[16]

Voilà en résumé, le récit évangélique des apparitions du Sauveur.  Admirons la sagesse et la bonté de Jésus qui a voulu multiplier les preuves de Sa résurrection.  Les Apôtres en sont définitivement convertis et transformés.  De peureux et hésitants qu’ils étaient, ils bravent maintenant la torture et la mort pour affirmer la résurrection de leur Maître.  Les foules se convertissent par milliers à la fois.  Le sang des martyrs commence à couler.  Devant les fouets, la dent des bêtes féroces, le feu, le glaive, les témoins de la résurrection ne reculent pas.  Le Christ est vraiment ressuscité:  ils le proclameront au prix même de leur vie; ils donneront jusqu’à la dernière goutte de leur sang pour attester cette vérité.

Que ce rappel serve à raviver notre foi en la divinité de Jésus-Christ, et que l’exemple des Apôtres et des premiers témoins de la résurrection nous entraîne à montrer nous aussi dans notre vie de tous les jours que nous sommes les disciples de Jésus ressuscité, et que nous voulons Lui rendre témoignage par une conduite digne de Lui.

«Si vous êtes ressuscités avec le Christ»

Jésus glorieux ODM pinxit

Jésus glorieux, ressuscitez les âmes à la grâce et donnez-leur la vie éternelle.
ODM pinxit

Comment pouvons-nous imiter Jésus-Christ dans Sa vie ressuscitée?  L’état de Jésus ressuscité comporte deux choses:  le détachement et l’éloignement de tout ce qui est terrestre et l’union et l’application constante à Dieu.  Comment alors, nous qui vivons sur la terre et qui sommes pris par tant de choses, pouvons-nous aspirer à imiter cet état de Jésus-Christ ressuscité?  Et pourtant, c’est bien à tous les baptisés que saint Paul s’adresse quand il dit:  Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut où le Christ est assis à la droite du Père.  Goûtez les choses d’en haut et non les choses de la terre.[17]

Ce qui est demandé aux chrétiens vivant dans le monde, ce n’est donc pas de quitter leurs emplois et leurs occupations journalières, de fuir la tâche que le bon Dieu leur a confiée; mais c’est un changement de mentalité, c’est un changement dans leurs dispositions intérieures.

Pour imiter Notre-Seigneur ressuscité, nous devons détacher notre coeur de toutes les choses d’ici-bas, n’avoir ni estime, ni enthousiasme, ni goût pour les choses de la terre:  richesses, honneurs, gloire humaine, plaisirs de la chair; et considérer tout cela comme quelque chose de vain, de peu de valeur, mis à notre usage par Dieu, mais dont nous ne devons pas faire la fin ou le but de la vie.  Si vous vivez vraiment de la foi, elle vous fera voir le fond de toutes choses et vous découvrira vite la vanité et le néant de tout ce qui passe; le mensonge et le faux mirage du monde.  C’est en cultivant peu à peu ces dispositions, surtout à l’occasion des épreuves que le bon Dieu vous envoie, que vous acquerrez cette première disposition, cette mentalité de Jésus ressuscité.

En outre, Notre-Seigneur sorti du tombeau ne S’applique plus qu’à Dieu.  Il ne vit plus que pour rendre des adorations et des louanges continuelles à Son Père.  La gloire de Son Père, Ses intérêts, Son bon plaisir, voilà Son occupation constante.  Il est possible au chrétien vraiment ressuscité avec le Christ d’imiter cette autre disposition de son Maître, en faisant de la volonté de Dieu et de Son bon plaisir la règle de sa vie.  Pour cela, il faut se river à son devoir d’état quel qu’il soit, voyant dans son devoir de chaque jour l’expression la plus claire de la volonté de Dieu sur nous.  Il faut écouter avec soin la voix de sa conscience, qui n’est autre chose que la voix de Dieu nous parlant au coeur pour nous presser de fuir le mal et de faire le bien.  Il faut suivre aussi les inspirations de la grâce nous invitant sans cesse à mieux faire.  Il faut prier souvent et s’exercer à vivre avec Dieu présent dans notre âme.

Enfin, pour imiter Jésus ressuscité, il faut nous appliquer à faire grandir en nous Ses vertus.  Nous serons cet homme nouveau que nous devons être, dans la mesure où nous reproduisons en nous les vertus de Notre-Seigneur, surtout Son humilité sans fond, Sa douceur et Sa patience inépuisables, Sa charité incommensurable pour le prochain.

C’est ainsi que se forme et grandit en nous l’homme nouveau, sur les ruines du vieil homme.  C’est ainsi que les vertus, les dispositions, et l’Esprit de Notre-Seigneur deviennent comme un vêtement intérieur qui pénètre et recouvre notre âme et nous rend agréables aux yeux du Père.  Puissions-nous comprendre la grandeur de notre vocation chrétienne et travailler chaque jour généreusement à devenir cet homme nouveau, à l’image de Jésus crucifié.

Extraits de:  Abbé Anselme Longpré, Instructions pour les Dimanches et Fêtes de l’Année liturgique, Laprairie, Éditions Apostolicum, 1954, p. 232-238 et 246-248.

Cet article est tiré de la revue Magnificat, Avril 1998, disponible aux Éditions Magnificat, Mont-Tremblant QC

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[1]. S. Matth. 26, 6

[2]. S. Jean 2, 19

[3]. S. Matth. 12, 40

[4]. S. Matth. 20, 18-19

[5]. S. Matth. 26, 32

[6]. S. Jean 20, 1-2

[7]. Cf. S. Jean 20, 3-8

[8]. S. Marc 16, 6-7

[9].  S. Jean 20, 14-18

[10]. S. Matth. 28, 9-10

[11]. S. Luc 24, 34

[12]. Cf. S. Luc 24, 13-35

[13]. Cf. S. Luc 24, 36-49

[14]. S. Jean 20, 24-29

[15]. Cf. S. Jean 21, 1-23 S. Matth. 28, 16-20; I Cor. 15, 6.

[16]. S. Matth. 28, 16-20; I Cor., 15, 6.

[17]. Col. 3, 1-2