Le Coeur de Jésus dans l’Évangile

SC0050bDe nos jours, on observe dans certains groupes, un retour à la lecture de l’Écriture Sainte. Malheureusement on a parfois tendance à appuyer un peu trop sur l’Ancien Testament et à négliger le Nouveau Testament, c’est-à-dire le Saint Évangile de Notre-Seigneur Jésus et les Épîtres des Apôtres. Loin de rejeter l’Ancien Testament auquel nous devons respect et vénération puisqu’il a été écrit sous l’inspiration du Saint-Esprit, il convient tout de même de nous rappeler qu’il préparait la venue du Messie, le Christ Jésus; tandis que le Nouveau Testament, c’est le Christ Lui-même en personne qui vient nous enseigner directement. «Ne croyez pas que Je sois venu abolir la Loi ou les prophètes, dit Jésus; Je suis venu non pour les abolir, mais les parfaire.»

L’Ancien Testament pourrait être comparé à l’aurore qui précède et annonce le soleil, la pleine Lumière, Jésus-Christ. «Je suis la lumière du monde, dit Jésus. Celui qui Me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie.»

Nos gouvernants et notre société actuelle veulent la PAIX. On n’a jamais autant parlé de paix, ni peut-être jamais eu autant de guerres et de conflits de toutes sortes. L’homme propose des séries de solutions qui ne règlent rien du tout. Si chaque chrétien mettait en pratique une partie seulement des préceptes évangéliques, que de conflits seraient réglés depuis longtemps! Que de problèmes trouveraient leur solution! En faisant la paix avec Dieu, on ferait fleurir la paix dans notre société corrompue par l’égoïsme et le plaisir sous toutes ses formes. La pratique de l’Évangile est la seule solution. «Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, dit Jésus, et le reste vous sera donné par surcroît.»

Ce qui suit est extrait d’un texte du chanoine Alfred Weber (1843-1912), auteur des «Quatre Évangiles en un seul» et fondateur de l’Oeuvre Catholique de la Diffusion du Saint Évangile à Verdun, France. Il a passé sa vie à répandre et à faire aimer le Saint Évangile. Sa devise et celle de son Oeuvre était: «Au Sacré-Coeur par le Saint Évangile!»

Qu’est-ce que l’Évangile?

Nous cherchons d’instinct la vérité, nous la voulons entière et sans ombre; nous sommes avides de consolation: il y a tant de larmes dans notre coeur! Il nous faut un amour vrai, profond, immense, toujours fidèle, sans quoi la vie devient intolérable et l’âme défaille dans un sombre désespoir… Vérité, consolation, amour, mais l’Évangile en déborde!

L’Évangile, c’est le Coeur où Jean reposa sa tête; les pieds divins que Madeleine arrosait de ses larmes; c’est l’éternel amour et l’éternelle miséricorde pleurant sur Jérusalem, et semant à travers la Judée les paroles de vérité et de vie qui ont renouvelé la face de la terre: «Que sert à l’homme de gagner l’univers, s’il vient à perdre son âme?… Bienheureux les pauvres!… Bienheureux ceux qui pleurent!… Bienheureux les coeurs purs!… Laissez venir à Moi les petits enfants!… Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre … Mon commandement c’est que vous vous aimiez les uns les autres, comme Je vous ai aimés… Et puis, ne craignez pas ceux qui tuent le corps mais qui ne peuvent rien sur votre âme!»

L’Évangile est une histoire, oh! l’histoire la plus belle, la plus attachante, la plus sublime qui soit au monde; une histoire qui doit nous être d’autant plus chère, qu’elle est liée intimement à nos destinées, et nous révèle le mystère de notre propre vie.

Le héros de cette histoire, c’est un Dieu… un Dieu descendu du Ciel et fait Homme pour l’amour de nous. On L’a vu, durant les années de Sa vie terrestre, allant de ville en ville, de bourgade en bourgade, gravissant les montagnes, voguant sur les îlots, arrosant de Ses sueurs tous les chemins de la Palestine, pour annoncer à tous la Bonne Nouvelle qu’Il apportait au monde.

Il a habité au milieu de nous, comme un ami avec ses amis, comme un frère parmi ses frères. — Aussi bien que nous, et plus que nous, Il a travaillé, Il a souffert, Il a pleuré… surtout Il a aimé, Il a aimé jusqu’à en mourir!…

Il était si bon, qu’Il ouvrait Ses bras et Son Coeur à toutes les désolations, à tous les désespoirs: Je suis venu, disait-Il, pour chercher et sauver ce qui était perdu… Je suis le Bon Pasteur, Je donne Ma vie pour Mes brebis… Mes brebis, oh! combien Je les aime! Je suis venu pour qu’elles aient la vie et qu’elles l’aient en surabondance… Je suis le vrai Médecin, et J’appartiens à tous ceux qui sont malades… Venez donc à Moi vous tous qui souffrez et qui êtes accablés, venez et Je vous ranimerai! et vous trouverez en Moi le repos de vos âmes.

Et puis, pour élever les hommes, Ses frères, des tristesses présentes aux radieuses perspectives que leur ouvrait Son Royaume, Il leur enseignait, en d’ineffables entretiens, le secret de la véritable paix qu’on ne trouve pas dans le monde; Il leur traçait la voie royale qui mène à la vertu et au bonheur; Il leur racontait les choses de Dieu et de l’âme, les choses de cette vie qui passe, et de la vie qui ne finit pas. Et ces choses, Il les disait avec tant de charme, que les foules ravies ne se rassasiaient point de L’entendre. Oublieuses même des nécessités de l’existence, elles Le suivaient jusqu’au fond des déserts. Et quand Il cessait de parler, de toutes les poitrines s’échappait ce cri d’admiration enthousiaste: «Non, jamais homme n’a parlé comme cet Homme!»

Cet Homme était Dieu. Sous Sa main se multipliaient les prodiges; prodiges de bonté, d’amour et de miséricorde, autant que de puissance. D’un mot Il calmait la fureur des tempêtes; avec quelques pains, Il nourrissait des milliers de personnes; tous les malades qui L’imploraient, Il les guérissait: Il rendait la vue aux aveugles et l’ouïe aux sourds, Il faisait marcher les boiteux et les paralytiques, Il purifiait les lépreux, Il ressuscitait les morts…

Cette vie, unique en beauté, en bonté, en sainteté, cette vie divine fut couronnée par la plus infamante et la plus cruelle des morts. Ainsi l’avait voulu le Fils de Dieu, qui était venu en ce monde afin de verser Son sang pour la rédemption de tous. Ceux dont Il S’était fait l’Ami, le Frère, le Sauveur, ceux auxquels Il apportait la Vie éternelle L’abreuvèrent d’outrages et Le clouèrent à la croix du Calvaire. Il avait vécu en Dieu, Il mourut en Dieu; trois jours après, Il ressuscitait en Dieu. Puis, Il est remonté vers Son Père dans le triomphe de l’Ascension.

Voilà l’Évangile! «Livre immortel, plus profond que les sages, plus pur que les vierges, plus fort que les rois. Ouvrez-le, et après y avoir imprimé vos lèvres, livrez-vous à lui, comme à l’âme de votre mère. Votre mère venait de Dieu, et elle vous aimait; l’Évangile aussi vient de Dieu, et c’est le seul Livre qui ait reçu le don d’aimer… Chaque Parole de Jésus-Christ est un accent de tendresse et une révélation sublime. Au moment même où Il nous montre l’infini par Son regard, Il nous presse de Ses deux bras sur Son sein: On croit s’envoler par la pensée, on est retenu par l’amour.» (Lacordaire)

Cette histoire incomparable fut d’abord raconté par les Apôtres qui avaient vécu dans l’intimité de Jésus, durant les trois années de Son ministère public. C’était l’Évangile oral. Elle fut dictée ensuite par l’Esprit-Saint à deux Apôtres et à deux Disciples. Les Apôtres, saint Matthieu et saint Jean, avaient vu de leurs yeux le Verbe de vie, ils L’avaient considéré à loisir, ils L’avaient entendu, ils L’avaient touché de leurs mains. Les Disciples, saint Marc et saint Luc, vivaient dans l’intimité, le premier de saint Pierre, le second de saint Paul. S’ils n’avaient pas connu personnellement le Christ Sauveur, ils avaient recueilli avec le plus grand soin le témoignage vivant de Sa divine Mère, de Ses Apôtres et de tous ceux qui L’avaient vu et entendu.

Déjà le Sauveur vivait et nous parlait dans Son Église, Il vivait et nous aimait dans Son Eucharistie; Il voulut à la fois, VIVRE, nous PARLER, et nous AIMER dans Son Évangile: trois survivances de Jésus, très dissemblables l’une de l’autre, assurément; mais dont chacune est, à sa manière, une révélation divinement touchante de Son Coeur.

Vie, parole et Coeur de Jésus dans l’Évangile

Jesus_HofmanOn ne le sait pas assez! et pourtant c’est une des vérités les plus capables de toucher un chrétien: Notre-Seigneur Jésus-Christ vit dans l’Évangile.

«Le Fils de Dieu, observe Bossuet, n’est pas seulement venu pour Ses contemporains de Judée; Il est venu apporter le salut à tous les hommes. Il convenait donc que le Sauveur de tout le monde Se manifestât à tout le monde. — C’est dans ce dessein, affirme le grand Origène, qu’Il S’est fait de l’Évangile une sorte de second corps, pour être porté, jusqu’à la fin des siècles, sur toutes les plages de l’univers.»

Ce prodige, Napoléon, le grand exilé de Sainte-Hélène, le pressentait, quand il disait à l’un de ses fidèles compagnons d’infortune: «…Non, vois-tu, l’Évangile n’est pas un livre, c’est un Être Vivant avec une action, une puissance, qui envahit tout ce qui lui résiste. Le voici sur cette table, je ne me lasse pas de le lire… L’âme, une fois séduite par la beauté de l’Évangile, ne s’appartient plus. Dieu S’en empare, elle est toute à Lui.»

Jésus-Christ vit dans l’Évangile, et Il parle. «L’Évangile, dit saint Augustin, c’est la bouche du Christ. Au ciel, Il trône dans la gloire; sur la terre, Il ne cesse de parler.» Et Sa Parole est toujours aussi pénétrante, aussi vibrante, aussi débordante de lumière et d’amour qu’aux jours bénis où Ses accents retentissaient aux pentes du mont des Béatitudes, dans les plaines de Galilée, sur les rivages de Génésareth, sous les portiques du Temple de Jérusalem.

Jésus habite nos Tabernacles; mais Il S’y enveloppe de silence. Il Se tait, parce que Son Livre parle. Et Son Livre, c’est Lui! Était-ce possible que Jésus, voulant demeurer au milieu de nous, S’y soit personnellement condamné à un mutisme perpétuel?… Et nous, Ses disciples, Ses enfants, pouvions-nous nous résigner à ne L’entendre jamais?

Toujours, sans doute, l’Église nous parle au nom de Jésus, et qui écoute l’Église, écoute Jésus Lui-même. Cependant, n’est-il pas des heures dans la vie, où l’âme a besoin que retentissent à son oreille les accents mêmes de la voix de son Dieu?… où il lui faut, ne fût-ce qu’un seul mot de Jésus? Alors elle s’écrie: «Non! que ce ne soit pas Moïse qui me parle, ni aucun de Vos Prophètes. Vous seul parlez-moi, ô mon Seigneur et mon Dieu!» Et ce seul mot de Jésus lui dit infiniment plus que tous les discours des hommes, fussent-ils les plus saints parmi les Prophètes.

C’est à ces heures qu’il fait bon s’agenouiller, l’Évangile entre les mains, tout près du Tabernacle, et savourer, comme Madeleine, les Paroles de Vie qui tombent des lèvres du bon Maître… Le Saint Évangile, au pied de l’autel, est-il recueil de méditations plus efficacement sanctifiantes?

Oh! de grâce, ne mutilons pas le Don de Dieu! Il nous faut notre Emmanuel tout entier, sans division, sans amoindrissement, autant du moins que le comportent les conditions de l’exil… Il ne me suffit pas de savoir que Jésus est là, dans Son Sacrement, et qu’Il me regarde, il faut que le son de Sa voix fasse tressaillir mon âme; il faut que Son Coeur réponde aux épanchements du mien; qu’Il me dise et me redise tout ce que Son amour a imaginé et continue de faire pour moi; tout ce que mon amour doit s’efforcer de faire pour Lui! Communications indicibles qui se font de bien des manières; mais en est-il une plus sûre, plus ravissante, que de recueillir la réponse même du Maître dans Son Évangile?

C’est pourquoi les saints Docteurs n’ont jamais cessé d’exhorter les chrétiens à se nourrir de ce Pain divinement substantiel. «Ignorer les Écritures, dit saint Jérôme, c’est ignorer Jésus-Christ Lui-même.»

Jésus-Christ vit donc, et Il parle dans l’Évangile. Par-dessus tout Il aime! Les Paroles jaillissent brûlantes de Son Coeur, elles sont toutes chaudes d’amour. Jadis, on ne pouvait L’entendre sans se sentir l’âme embrasée: «Est-ce que notre coeur ne s’enflammait pas au-dedans de nous, tandis qu’Il parlait?» s’écrient les disciples d’Emmaüs. Eh bien! ce sont toujours les mêmes accents; ils n’ont rien perdu de leur vertu aimante. L’Évangile est la plus haute révélation du Sacré-Coeur. Ce Coeur adorable rayonne à travers toutes les pages, palpite sous chaque mot du Livre Sacré. C’est l’Évangile qui nous introduit dans cet abîme d’amour, et nous fait comprendre la Croix et l’Eucharistie.

Dans l’Évangile comme au Tabernacle, le Coeur de Jésus est accessible à tous; Il vit pour tous; Il parle à tous; Il rayonne pour tous en bonté, en amour, en tendresse; Il opère des miracles de grâce. Un de ces miraculés du Saint Évangile, François Coppée, en porte ce témoignage ému en tête de sa Bonne Souffrance:

«Pendant des semaines et des mois passés au lit et à la chambre, j’ai donc vécu avec l’Évangile; et peu à peu chaque ligne du Livre saint est devenue vivante pour moi. Dans tous les mots j’ai vu briller la vérité comme une étoile; je l’ai sentie palpiter en moi comme un coeur. Comment ne croirais-je pas désormais aux miracles après celui que ce Livre vient d’opérer en moi? Mon âme était aveugle à la lumière de la foi, et elle la voit maintenant dans toute sa splendeur. Elle était sourde au Verbe de Dieu, et elle L’entend aujourd’hui dans toute Sa persuasive suavité. Elle était paralysée par l’indifférence, et à présent elle s’élève vers le ciel de tout l’élan de son amour. Et les démons impurs dont elle était possédée en sont chassés à jamais.»

Coeur évangélique de Jésus, ils ne se comptent plus aujourd’hui ces aveugles, ces sourds, ces paralysés, ces possédés des démons impurs. Ayez pitié de tant d’infortunés et faites-leur entendre la parole qui purifie et guérit!

Le Disciple de Notre-Seigneur Jésus-Christ

sc de quitoLe devoir primordial, essentiel d’un disciple, c’est d’apprendre. Et que doit apprendre un disciple? La personne de son maître, d’abord, et ensuite sa doctrine…

Ces deux études n’en font vraiment qu’une, lorsqu’il s’agit du divin Maître et de Ses adorables enseignements. Elles ont de si étroites affinités que nous les verrons souvent rentrer l’une dans l’autre, et même se confondre l’une avec l’autre.

Savoir Notre-Seigneur Jésus-Christ, c’est la science des sciences, la science éminente, comme l’appelle saint Paul, science, au regard de laquelle tout le reste est moins que rien: «Je ne vois en tout cela qu’un dommage en regard de ce bien suprême: la connaissance de Jésus-Christ mon Seigneur. Pour Lui, j’ai renoncé à tout et considère tout comme une ordure, afin de gagner le Christ.» Elle prime, domine, et j’oserai dire, embrasse toutes les autres.

Le vrai savant est celui qui sait bien Jésus-Christ; celui qui ramène tout à Jésus-Christ; celui qui voit tout en Jésus-Christ. À ce compte, fut-il jamais plus grand savant que saint Paul, lui qui se faisait gloire de ne pas savoir autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié?

Nous ne finirions pas si nous relevions, dans l’Évangile et dans les Épîtres, les textes sacrés qui exaltent cette science éminente, et en proclament l’absolue nécessité. L’auteur de l’Imitation en est tellement saisi, qu’il en tire cette pressante conclusion: «Que notre principale étude soit de méditer la vie de Jésus-Christ.» Évidemment, dès lors que c’est la science éminente, elle exige le summum de notre application et de notre zèle. Oh! la belle devise, pour le digne emploi et la sanctification d’une vie de chrétien, d’une vie de prêtre!

C’est dans l’Évangile que l’Esprit-Saint a tracé, pour tous ceux qui veulent Le voir, l’image authentique et vivante de la Personne de Jésus. C’est dans l’Évangile qu’Il nous apparaîtra, toujours plein de grâce et de vérité. C’est dans l’Évangile que nos yeux émerveillés Le contempleront dans la succession de Ses ineffables mystères. De Bethléem à Nazareth, de Nazareth à Jérusalem, et à travers toutes les provinces de Palestine, de Jérusalem au Calvaire et au Mont des Oliviers, toute Sa divine carrière s’y déroule comme dans un vivant et lumineux panorama.

Écoutons Lacordaire: «Là, dans Sa chair, expression de Son âme et voile transparent de Sa divinité, vous Le verrez Lui-même. Ce n’est pas Moïse, ni David, ni le prophète Isaïe, si grands qu’ils soient, qui vous parleront de Lui. C’est Sa propre bouche qui vous dira Sa pensée, Ses regards qui vous diront Son amour, Sa main qui pressera la vôtre, pour vous encourager en vous bénissant.»

Et n’avons-nous pas ce touchant témoignage d’une belle âme de poète, au lendemain de son illumination et de sa conquête par le Saint Évangile: «Prodigieuse vertu, persuasive suavité de l’Évangile où dans chaque mot, j’ai vu la vérité briller comme une étoile, je l’ai sentie palpiter comme un coeur!» (François Coppée)

Il est donc bien vrai! Dans l’Évangile, se découvre à moi, comme au travers d’une glace très pure, la physionomie divinement attachante de mon bien-aimé Sauveur. Mêlé aux Disciples, en compagnie de Sa divine Mère et des saintes femmes, je Le suis pour ainsi dire pas à pas dans Ses courses apostoliques. J’entends les acclamations enthousiastes des foules et aussi les murmures des Pharisiens. J’assiste aux innombrables prodiges qu’Il sème le long de Sa route, et quand je le veux, Il est là, seul à seul avec moi, au désert, dans un commerce ineffablement intime.

Il ne tient qu’à nous de partager le privilège des Apôtres. Ce qu’ils ont vu et entendu, ils l’ont pieusement recueilli. Ces paroles, ces merveilles, toutes ces choses ravissantes, ils les ont consignées dans un Livre qui tient plus du ciel que de la terre. Et ce Livre est un si fidèle portrait de Jésus, une reproduction si saisissante et toujours si actuelle de Sa divine histoire qu’on peut dire de l’Évangile que c’est encore Jésus-Christ.

C’est Jésus-Christ toujours vivant, agissant sous nos yeux et Se manifestant à tous les siècles jusqu’au dernier.

C’est Jésus-Christ parlant, Se faisant entendre à chacun de nous, et dont la voix atteint toutes les générations, jusqu’à la dernière.

C’est Jésus-Christ aimant, et découvrant Son Coeur à toute créature, jusqu’à la révélation finale qui préludera au triomphe éternel de Son amour.

Et c’est la mission glorieuse de l’Église de nous apprendre et de nous montrer Jésus-Christ dans le Saint Évangile, comme de nous Le donner dans la Sainte Eucharistie.

La doctrine du divin Maître

Sacré-Coeur de Jésus

Sacré-Coeur de Jésus

Il ne suffit pas au disciple d’étudier son maître, il doit apprendre sa doctrine, et pour cela, se mettre à son école. À tout bien prendre, et par une exception unique, nous le disions tout à l’heure, la doctrine de Jésus-Christ c’est Jésus-Christ Lui-même, et Son école, c’est l’Évangile.

Les soixante-douze disciples revenaient, pleins d’allégresse, de leur mission en Judée. Ils y avaient obtenu de merveilleux succès. Eux, les simples et les ignorants, ils avaient confondu l’enfer et brisé toute force de l’ennemi. En ce moment, dit l’Évangile, dans un tressaillement de joie venu de l’Esprit-Saint, Jésus S’écrie:

«Ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, Je Vous bénis d’avoir caché ces choses aux sages et aux prudents, et de les avoir révélées aux petits. Oui, Père, qu’il en soit ainsi, puisque Vous l’avez trouvé bon!»

Et quelles sont ces choses révélées aux petits? Celles qu’Il raconte Lui-même, en nous ouvrant toute Son âme et tout Son coeur, en nous manifestant toutes Ses volontés, et en nous donnant de Lui-même cette adorable définition: «Moi, Je suis la Voie et la Vérité et la Vie.»

«Je suis la Voie!» Je ne la montre pas seulement comme les guides ordinaires des âmes; c’est Moi-même qui suis la Voie qui mène à Dieu: «Nul ne vient au Père que par Moi.» Or, toute l’humanité doit aller à Dieu. Donc, son premier et essentiel besoin est de Me connaître, Moi, la Voie par laquelle il faut passer pour aller à Dieu.

«Je suis la Vérité!» Je ne l’enseigne pas, à la manière des docteurs. C’est Moi qu’il faut connaître, si l’on veut savoir la vérité, toute la vérité. Je ne discute pas, comme les philosophes, J’affirme! «En vérité en vérité Je vous le dis!» Et les foules s’écriaient après M’avoir entendu: «Nul homme n’a parlé comme cet Homme. Il parle comme ayant l’autorité.»

À Mes Apôtres, à Mes Prêtres, Je n’ai donné d’autre mission que d’être Mes témoins, de Me raconter jusqu’aux extrémités du monde, comme J’ai raconté Mon Père. «Vous serez Mes témoins jusqu’aux confins du monde.» Quand ils M’auront rendu témoignage devant les hommes, ils leur auront appris toute vérité: c’est-à-dire la science du Père et du Fils.

«Je suis la Vie!» Je n’en découvre pas les sources ailleurs qu’en Moi. «En Lui était la vie.» Qu’il vienne donc à Moi, celui qui a soif de vie, «Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à Moi et qu’il boive!» Oh! qu’ils Me navrent le coeur, ceux qui n’éprouvent pas le besoin de vivre de Moi! À ces infortunés, Je ne cesse de redire par la voix de l’Évangile, de l’Église et de leur conscience: «Vous ne voulez donc pas venir à Moi pour avoir la vie!»

Imaginez une mère au chevet de son enfant qui va mourir; elle tient entre les mains le remède qui peut le sauver, et celui-ci la repousse de tout ce qui lui reste de forces. Cette mère trouverait-elle dans son coeur des accents d’une tendresse plus désolée?

Encore une fois, la vie, la vraie vie, la vie sans ombre et sans déclin, celle qui satisfait toutes les aspirations de l’âme, c’est la connaissance aimante et adorante de Jésus. «Quiconque voit le Fils de l’homme et qui croit en Lui a la vie éternelle.» C’est la connaissance du Père en Jésus et par Jésus.

Eh bien! cette science éminente que Jésus est venu nous apporter du sein de Son Père; cette science, principe de vie, de paix, d’amour et de félicité; cette science, flambeau ardent et luisant, feu sacré qui consume toutes les basses et déprimantes convoitises et allume en nous la flamme des saints désirs, Jésus veut en éclairer, en incendier le monde: «Je suis venu jeter le feu sur la terre, et combien Je désire qu’il soit déjà allumé.»

Et cependant comme autrefois les Juifs, combien d’hommes, combien même de chrétiens, indignement séduits par le père du mensonge, s’enfoncent en des ténèbres de plus en plus épaisses: nuit affreuse du péché avec ses mortelles angoisses et ses cruelles désespérances! Jésus les voit sur toutes les plages de l’univers, courbés sous un joug d’iniquité et de honte. Alors, de Son Coeur, ému d’une immense compassion, s’échappe ce miséricordieux et pressant appel:

«Venez donc tous à Moi!» Car Son regard a franchi les limites de l’espace et du temps; il s’arrête sur tous les peuples, sur toutes les générations, sur toutes les âmes égarées, sur tous les coeurs brisés, et, avec d’irrésistibles accents de tendresse, Il leur dit: Ne suivez plus ces aveugles, conducteurs d’aveugles qui vous mènent aux abîmes! Venez à Moi, infortunées victimes, épuisées par un stérile labeur et qui ployez sous le fardeau de toutes les misères. «Venez à Moi et Je vous soulagerai.»

«Portez Mon joug sur vous!» Rejetez loin de vous le joug abominable de Satan, marque de votre servitude, et prenez le Mien. C’est un joug de gloire et de liberté, le joug des enfants de Dieu. — Dans l’ancien Orient, ce terme de «joug» signifiait la direction, l’enseignement, le système doctrinal d’un maître. Or Jésus proclame qu’Il est notre unique Maître: «Vous n’avez qu’un seul maître, le Christ.»

«Et devenez Mes disciples!» Apprenez la science que Je vous apporte du ciel, ouvrez Mon Évangile! N’appréhendez pas de vous mettre à Mon école, parce que Je suis un bon Maître. Il n’y a rien en Moi de dur, de mauvais, d’impérieux: «Je suis doux et humble», non à la façon de ces loups qui viennent à vous sous des peaux de brebis, mais par le fond du coeur.

Jésus poursuit: «Et dans Mes leçons, vous trouverez le repos de vos âmes.» Il y a si longtemps que vous vous fatiguez à poursuivre vos illusions, que vous vous épuisez dans les sentiers de l’erreur et de l’iniquité. En Moi, dans Mon Évangile, vous trouverez enfin ce que vous demandez vainement à ces hypocrites et à ces menteurs. Alors, vous vous écrierez comme saint Augustin, cet illustre égaré, devenu l’un des plus grands docteurs de Mon Église: «Seigneur, Vous nous avez faits pour Vous, et notre coeur est dans l’agitation et le trouble, jusqu’à ce qu’il repose en Vous!»

Oui, bannissez toute crainte, car le joug que J’impose n’est que douceur et suavité. Mon fardeau n’écrase pas, son poids disparaît sous l’impression du bonheur qu’il procure et de l’amour qu’il inspire.

La conclusion pratique de ces divines leçons c’est que, mieux encore que par le passé, nous voulons devenir de vrais et ardents disciples du bon Maître.

Nous mettrons tous nos soins, notre plus généreuse constance à l’acquisition de la science éminente du Christ Jésus. Nous la puiserons dans une étude assidue, quotidienne, persévérante de Son Évangile. Et pour qu’elle porte tous ses fruits, nous nous y livrerons dans un esprit surnaturel et de prière, le seul qui nous fasse découvrir la manne cachée, manne divine, aliment supersubstantiel qui sera plénitude de lumière pour notre intelligence, célestes délices pour notre coeur, énergie surhumaine pour notre volonté.

Et par là, nous donnerons au Père la gloire qu’Il ambitionne le plus et qu’Il attend de nous, car Jésus a dit: «Devenez Mes disciples, c’est là ce qui glorifie Mon Père.» En général, on isole trop le Coeur de Jésus-Christ de Sa Personne adorée. Pour savoir le Sacré-Coeur, il faut savoir TOUT Jésus, car Jésus est TOUT COEUR. Si l’on se borne à se répandre en savantes dissertations ou en pieuses effusions sur ce sujet sans montrer TOUT Jésus dans Son Évangile, on ne prêche qu’une dévotion en l’air, une dévotion que rien ne soutient, n’illumine et ne vivifie. Jamais une telle dévotion ne produira les fruits du sincère et ardent amour qui fait les grands chrétiens et les saints.

Donne-t-on son coeur au coeur d’un inconnu? A-t-on l’idée de se soumettre à ses lois, qu’on ignore; de souffrir, de se sacrifier, de mourir pour lui? Non! Encore une fois, la première condition pour s’attacher au Coeur de Jésus, c’est de Le connaître; on ne saurait donc aller à ce divin Coeur, sans passer par l’Évangile. L’Évangile, voilà le manuel indispensable de la dévotion au Sacré-Coeur.

Semons donc l’Évangile dans les âmes, et nous verrons infailliblement se lever et s’épanouir partout, en une floraison merveilleuse, une vraie, solide, ardente et féconde dévotion au Sacré-Coeur, dévotion qui est à vrai dire, le sommet de la Religion chrétienne.

De là, cette devise que nous avons adoptée pour notre chère Oeuvre de la diffusion du saint Livre: Au Sacré-Coeur par le Saint Évangile!

Extraits de: Chanoine Alfred Weber, À l’Évangile! Pourquoi et comment lire, méditer, enseigner le Saint Évangile, Verdun (Meuse), France, 1911.

Tiré de: Revue Magnificat, Juin 2013, disponible aux Éditions Magnificat, No 2687

1.S. Matth. 5, 17 et la suite jusqu’au verset 48.
2.S. Jean 8, 12
3.S. Matth. 6, 33
4.S. Matth. 16, 26
5.S. Matth. 5, v. 3, 4 et 8
6.S. Marc 10, 14
7.S. Jean 8, 7
8.S. Jean 15, 12
9.S. Matth. 10, 28
10.S. Luc 19, 10
11.S. Jean 10, v. 10, 14 et 15
12.Cf. S. Luc 5, 31
13.S. Matth. 11, 28-29
14.S. Jean 7, 46
15.L’Imitation de Jésus-Christ, Liv. III, ch. 2.
16.S. Luc 24, 32
17.Phil. 3, 8
18.Cf. I Cor. 2, 2
19.L’Imitation de Jésus-Christ, Liv. I, ch. 1.
20.S. Jean 1, 14
21.S. Matth. 11, 25-26
22.S. Jean 14, 6
23.Ibid.
24.S. Marc 1, 22
25.Act. 1, 8
26.S. Jean 1, 4
27.S. Jean 7, 37
28.S. Jean 5, 40
29.S. Jean 6, 40
30.S. Luc 12, 49
31.S. Matth. 11, 28
32.Ibid.
33.Ibid. 29
34.S. Matth. 23, 10
35.S. Matth. 11, 29
36.Ibid.
37.Ibid.
38.S. Jean 15, 8