La liturgie sacrée célèbre le Précieux Sang durant tout le cours de l’année, et particulièrement lors du Vendredi saint. Par le ­sacrifice des autels, Notre-Seigneur Jésus-Christ ne cesse de répandre Sa vertu purificatrice sur le monde, criant non vengeance, mais miséricorde. Ce Sang d’un si haut prix nous est donné, non avec parcimonie, mais avec une générosité infinie.

Le Sang de Jésus est précieux en lui-même. D’abord, il est précieux dans sa source: c’est dans les veines de Marie, la plus pure des vierges, qu’il a été puisé. Il est précieux surtout, parce qu’il est le Sang d’un Dieu; la divinité lui est unie et il est véritablement un Sang divin, auquel sont dus les hommages d’adoration qu’on rend à Dieu même. Au Calvaire, les Anges adoraient le sang répandu des plaies de Jésus et inondant la terre; à l’autel ils sont encore là, par milliers, adorant ce même Sang caché sous les saintes espèces.

Ô Sang de Jésus, je vous adore présent dans le Saint-Sacrement où vous coulez ­encore dans les veines sacrées de l’Homme-Dieu; je vous adore dans toutes les circonstances de la Passion où vous avez été répandu pour nous; éclairez-moi afin que je comprenne mieux votre excellence infinie, et que je me dévoue plus généreusement à votre culte et à votre gloire.

Considérons comment le Sang de Jésus est précieux pour Dieu Lui-même, puisqu’il Lui a rendu le plus grand hommage de glorification, en réparant l’outrage que le péché Lui avait fait, et qu’il Lui a donné le plus touchant témoignage d’amour. Rappelons-nous qu’au saint Sacrifice de la Messe, c’est ce même Sang qui est encore offert au Père céleste; assistons-y toujours comme au Calvaire, en pensant que nous voyons alors rendre au Seigneur le seul hommage digne de Lui.

Le Sang de Jésus est précieux à notre divin Sauveur Lui-même. C’est Son Sang, principe de Sa vie naturelle, qui est la cause de tous les actes qu’Il a faits sur la terre. Mais surtout Son Sang Lui a été précieux dans Sa Passion, puisqu’il Lui a coûté tant de douleurs lorsqu’Il l’a répandu dans la flagellation, le couronnement d’épines et l’horrible supplice du crucifiement.

Le Sang de Jésus Lui est encore précieux dans ses effets. S’il y a tant de saintes âmes qui L’aiment et Le glorifient, si dans les cœurs de tant de martyrs, de missionnaires, de vierges, il y a des flammes de la plus pure charité et du plus grand zèle pour la gloire de Dieu, cela est dû au Sang de Jésus. S’il y a dans le Ciel tant de milliers d’Élus qui glorifieront éternellement le Seigneur, c’est encore à cause du Sang adorable: c’est lui qui les a rachetés et sanctifiés.

Le Sang de Jésus est aussi bien précieux pour Marie. C’est parce qu’Elle devait fournir les premières gouttes de ce Sang, que Dieu L’a ornée de tant de grâces et de sainteté, et qu’Il en a mis en Elle comme un reflet des perfections divines. Ô Marie, Vous avez été la plus digne adoratrice du Sang de Votre Fils, apprenez-nous comment L’adorer et comment Le glorifier.

Mais surtout, le Sang de Jésus nous est précieux à nous-mêmes. Si nous jetons un regard sur notre vie passée, nous voyons notre pauvre âme flétrie, souillée et répandant l’infection du péché; mais qu’une goutte du Sang de Jésus tombe sur elle par l’absolution, elle est lavée, purifiée; la laideur se change en beauté et l’infection en parfums suaves. Et dans l’Eucharistie, oh! comme le Sang de Jésus nous est précieux! Oui, le Sang de Jésus est pour nous la source du plus grand bonheur.

Mais la vie passe et passe vite; après la mort quelle sera notre place? Hélas! après nos nombreuses iniquités, ce devrait être l’enfer; voyons cet épouvantable cachot qui nous était réservé, ces flammes dévorantes où nous devions brûler éternellement. Mais Jésus a versé Son Sang pour nous empêcher de tomber dans cet abîme de feu: si nous suivons Sa sainte loi, nous irons au Ciel qu’Il nous a acheté par Ses souffrances et l’effusion de Son Sang. Le Ciel, c’est pour les Bienheureux la satisfaction complète de l’amour, c’est une participation à la félicité de Dieu même; c’est une éternité passée sur le sein de Jésus, plongé dans des torrents d’amour et de délices, et tout cela c’est le fruit du Sang divin!

C’est bien avec raison que nous l’appelons le Précieux Sang, puisqu’il est si précieux en toutes manières! Et combien notre propre vie devient précieuse, puisqu’elle est toute consacrée à ce qu’il y a de plus précieux! Combien mon cœur et mon amour sont précieux à Jésus, puisque, pour les posséder, Il a donné jusqu’à la dernière goutte de ce Sang dont la valeur est infinie. Dieu est la souveraine Sagesse, Il ne peut donner une chose de grande valeur pour un objet de peu de prix; combien donc a-t-Il estimé mon âme!

Contemplons souvent le prix du Sang divin; comme cela sera propre à nous faire fuir tout péché, à nous embraser d’amour pour Jésus! Ô Jésus, mon amour Vous est donc bien précieux, puisque pour être aimé de moi Vous avez versé jusqu’à la dernière goutte de Votre Sang divin!

Culte que nous devons au Précieux Sang

Reconnaissons d’abord que la foi, et une foi bien vive, doit être le premier hommage que nous avons à rendre au Sang de Jésus. Nous devons croire que c’est ce Sang divin qui nous a ouvert le Ciel; nous pénétrer de cette pensée qu’un Dieu S’est fait homme et a versé tout Son Sang pour nous préserver du malheur éternel. Cette foi vive embrasera nos cœurs d’amour pour Jésus qui nous a tant aimés, et cet hommage de notre foi sera, en même temps, une réparation pour tant d’infidèles qui ne connaissent pas le Sang de Jésus, tant d’incrédules qui n’y croient pas, tant de chrétiens qui y croient mais qui n’y pensent pas et ne lui rendent aucun hommage.

Le second hommage que nous avons à offrir au Sang de Jésus, c’est celui de la compassion. Dieu fait tout avec une suprême sagesse; Il a voulu Se choisir des cœurs qui, par leur amour et leur compassion, Le dédommagent de la froideur des hommes et des crimes qui L’insultent chaque jour. Cette amoureuse commisération sera propre à nous adoucir nos propres peines, et à nous les faire oublier, en quelque sorte, à la vue d’un Dieu souffrant jusqu’à suer le sang dans Son agonie, et endurant les autres tourments si cruels de Sa Passion. Dans les chagrins inévitables de la vie, si nous voulons que Jésus ait pitié de nous, ayons pitié de Lui; rappelons-nous Ses douleurs et les effusions de Son Sang, et cela non pas ­vaguement, mais de manière à nous toucher, à nous pénétrer de la plus vive douleur. Quand nous regardons le crucifix, exprimons toujours à Notre-Seigneur un sentiment de compassion; ce sera un hommage qui Lui sera bien agréable et qui Le portera à avoir pitié de nous dans toutes nos misères.

Le troisième sentiment à exprimer à Jésus répandant Son Sang pour nous, c’est l’horreur du péché, et la détestation de toute faute, quelque légère qu’elle soit. Considérons que c’est le péché qui a ouvert les veines de Jésus et a fait couler si douloureusement Son Sang; ce sont nos propres fautes, fautes graves, fautes réitérées commises par le passé. Oh! qui de nous voudrait encore commettre une faute volontaire, entretenir un sentiment d’amour-propre, un sentiment contraire à la charité? Ô Jésus, nous voulons éviter le péché, en fuir toutes les occasions, puisqu’il Vous a coûté tant de souffrances.

Mais le sentiment que le Sang de Jésus doit surtout exciter en nous, c’est l’amour. Sans cesse, Son Sang et Ses plaies nous redisent ce mot si doux à nos cœurs: Je vous aime! En effet, comme Jésus l’a dit Lui-même, personne ne peut avoir un plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime;1 l’effusion de Son Sang et Sa mort sur la croix sont les preuves suprêmes de Son amour pour nous. Mais en retour, que nos lèvres, fidèles échos de nos cœurs, Lui redisent aussi à chaque instant: Ô Jésus, je Vous aime, Vous qui m’avez aimé jusqu’à verser pour moi Votre Sang!

Nous sommes tous exposés à la tentation, même dans l’état le plus saint, et l’Apôtre saint Jacques a dit: Heureux l’homme qui est tenté, car lorsqu’il aura été éprouvé, il recevra la couronne de vie que Dieu a promise à ceux qui L’aiment.2 Dans ces combats que le démon nous livre contre une vertu quelconque, ayons recours au Sang de Jésus, ­appliquons-le à notre âme, et nous repousserons victorieusement les attaques de l’enfer. Au moment où l’on est tenté, si on se rappelait toujours les effusions si cruelles du Sang de Jésus, qui voudrait commettre le péché?

Dans tous nos embarras, de quelque nature qu’ils soient, quand nous avons besoin de lumières pour savoir comment agir, ayons encore recours au Sang du Sauveur; on ne peut pas toujours avoir une direction dans toutes les difficultés qui se rencontrent; mais Jésus est toujours prêt à nous écouter et à nous éclairer sur ce que nous avons à faire. Sur la terre, la bonté de Son cœur Lui faisait trouver du plaisir à consoler les affligés, à guérir les malades, à convertir les pécheurs: eh bien! Il est encore le même; Il aime que nous allions à Lui avec confiance, afin d’avoir occasion de nous faire du bien. Ce qu’Il faisait par Sa parole, durant Sa vie mortelle, Il le fait maintenant par Son Sang précieux; c’est le moyen d’action qu’Il emploie pour guérir les maladies spirituelles, purifier les âmes et consoler ceux qui souffrent.

Oui, ô Jésus, nous voulons avoir toujours recours à Votre Sang, l’appliquer sans cesse à nos âmes, pour qu’elles paraissent belles et agréables à Vos yeux. Faites que nous sachions nous servir de Votre Sang précieux dans tous nos besoins, et que nous en fassions l’objet le plus habituel de notre culte et de nos hommages.

Seigneur Jésus, que Votre Précieux Sang purifie les âmes pour lesquelles
Vous êtes mort avec tant d’amour!

Extraits tirés de: Mgr J. S. Raymond, Méditations sur la Passion et le Précieux Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Montréal, Librairie Beauchemin, 1910, p. 262-273.


1           S. Jean 15, 13

2           S. Jacques 1, 12