Le sacrifice d'Abraham

Le sacrifice d’Abraham

Pour obéir à l’ordre de Dieu, Abraham accepta d’immoler son fils Isaac, lorsqu’un Ange surgit pour l’en empêcher.  Surnommé le père des croyants, Abraham est une figure du Père Éternel qui a tellement aimé le monde qu’Il a envoyé Son propre Fils pour nous racheter par Sa mort sur la Croix. (Cf. S. Jean 3, 16)

Tableau peint au Monastère des Apôtres et reproduit dans le calendrier Magnificat, janvier 2018

Le Sacrifice d’Abraham – figure du Christ S’immolant sur la Croix

Le fils de la promesse, Isaac, grandissait sous les yeux du Seigneur. Il avait environ vingt-cinq ans; il était plein de grâces et de vertus. Le saint patriarche pouvait mourir; son fils multiplierait sa race comme les étoiles du ciel. Il se berçait de ces pensées enchanteresses, lorsqu’un jour il entend une voix qu’il reconnaît pour la voix de Jéhovah:

«Abraham, Abraham.

— Me voici, Seigneur.

— Prends ton fils unique, ton fils chéri, ton Isaac, et conduis-le dans la terre de Moriah.[1] Là, tu Me l’offriras en holocauste sur une des montagnes que Je te désignerai.»

À ce commandement qui broyait son cœur et déconcertait sa raison, Abraham resta comme frappé de stupeur. Cependant il n’eut pas même la tentation de se plaindre, ni de désobéir. Dieu avait parlé: l’homme n’avait qu’à s’incliner et à espérer contre toute espérance. Il se leva donc avant le jour, sella son âne pour le voyage, et coupa du bois pour l’holocauste. Puis, prenant avec lui deux jeunes serviteurs et son fils Isaac, il s’achemina vers le pays marqué par le Seigneur.

Il marcha ainsi pendant deux jours, accablé de mortelles angoisses, n’osant ni regarder son fils ni lui parler. Le troisième jour, en levant les yeux sur la région qui s’ouvrait devant lui, il vit se dresser la montagne du sacrifice. «Restez ici avec l’âne, dit-il aux deux serviteurs: mon fils et moi nous gravirons ces hauteurs, et quand nous aurons adoré Jéhovah, nous viendrons vous rejoindre.»

Il prit alors le bois de l’holocauste et le plaça sur les épaules d’Isaac. Lui-même, tenant en main le glaive et le feu, donna le signal du départ. Le père et le fils marchaient côte à côte, en silence, lorsque Isaac hasarda une question:

«Mon père?

— Eh bien, mon fils?

— Je vois le bois et le feu pour l’holocauste, mais où est la victime?

— Mon fils, Dieu y pourvoira», répondit Abraham en étouffant ses sanglots.

Cependant ils continuaient à gravir la colline, sans prononcer une parole. Arrivé au sommet, Abraham dressa un autel et disposa le bois qui devait dévorer la victime. Puis, il révéla au fils de sa tendresse l’ordre formel du Seigneur: Prends ton fils Isaac, et conduis-le sur la montagne pour Me l’offrir en holocauste. Comme un innocent agneau, Isaac se laissa lier sans résistance, et coucher sur l’autel au-dessus du bûcher. Alors le père étendit la main, saisit le glaive, et son bras allait frapper, quand un cri retentit au-dessus de sa tête:

«Abraham, Abraham.

— Me voici, Seigneur, dit le patriarche, reconnaissant un Ange de Dieu.

— Abaisse ton glaive et ne touche point l’enfant. Je sais maintenant que tu crains Dieu, puisque tu n’as pas hésité, pour M’obéir, à sacrifier ton fils unique.»

Un cri d’allégresse et de reconnaissance s’échappa du cœur et du père et de l’enfant, qui se prosternèrent et adorèrent la divine Majesté. En se relevant, Abraham aperçut un bélier dont les cornes s’étaient embarrassées dans un buisson. Il le mit sur l’autel, à la place qu’occupait tout à l’heure son fils, et l’offrit en sacrifice au Seigneur. En souvenir du Dieu qui voit tout et pourvoit aux situations les plus étranges, ce lieu fut appelé la montagne de la divine Vision. Depuis ce temps, quand vient l’heure des difficultés, le peuple juif répète ce proverbe: Dieu y pourvoira, comme sur la montagne.

Abraham ne tarda pas à recevoir la récompense de son dévouement absolu à Jéhovah. La voix de l’Éternel l’appela une seconde fois, et lui fit entendre ces solennelles paroles: «Parce que tu n’as pas reculé pour Ma gloire devant le sacrifice de ton fils unique, J’en fais le serment par Moi-même, Je te bénirai, Je multiplierai ta race comme le sable des mers, ta postérité étendra sa domination sur les cités ennemies, et toutes les nations de la terre seront bénies en Celui qui naîtra de toi. Tel sera le prix de ton obéissance.»

Celui qui parlait ainsi n’était autre que le Fils unique de Dieu, le Messie promis à l’humanité déchue. Abraham attendait le Libérateur, il savait qu’Il naîtrait de sa race, il aspirait de tous ses désirs après le jour béni de la Rédemption; par les transports de son âme, il s’élançait dans le lointain des âges pour saluer le Rédempteur. Le Fils de Dieu voulut récompenser sa foi et son amour en lui manifestant les secrets de l’avenir. Dans une vision sublime, le saint patriarche contempla le Fils unique de Dieu descendu sur la terre, incarné pour le salut des hommes, et devenu vrai fils d’Abraham. Il Le vit, nouvel Isaac, portant sur Ses épaules le bois du sacrifice, à l’endroit même où Dieu avait commandé d’immoler son fils. Le Sang coulait, la Victime expirait, le monde était sauvé. Au souvenir des angoisses qu’il avait ressenties sur la montagne, Abraham comprit l’amour d’un Dieu qui sacrifie Son fils unique, et tressaillit de joie en voyant tous les peuples de la terre, régénérés dans le Sang du divin Agneau, chanter l’hymne de la délivrance au pied de Jéhovah.

Ainsi se réalisa cette parole de Jésus:  «Abraham a désiré voir Mon jour; il l’a vu et s’est réjoui.»[2]

Source: R.P. Auguste Berthe, C.Ss.R., Jéhovah et Son Peuple, depuis Adam jusqu’à Jésus-Christ, Mont-Tremblant, Éditions Magnificat, 2015, p. 71-74. Récit d’après la Genèse, chap. 22, 1-18.

[1] Ce pays de Moriah serait la région de Jérusalem.  Une tradition rapporte que le sacrifice eut lieu dans l’endroit même où devait plus tard s’élever le temple de Salomon.  D’autres auteurs très sérieux soutiennent que le sacrifice d’Abraham fut offert sur le mont du Calvaire où Jésus devait verser Son Sang environ 1833 ans plus tard.

[2] S. Jean 8, 56

Le sacrifice d’Isaac est une vive image du sacrifice futur de Jésus-Christ.  La figure et la vérité se ressemblent si fort, qu’on ne peut voir l’une sans se souvenir de l’autre.

  • C’est un Ange qui annonça à Sara la naissance d’Isaac. C’est l’Archange Gabriel qui annonça à Marie la naissance de Jésus.
  • Isaac est le fils bien-aimé de son père. Notre-Seigneur est le Fils bien-aimé de Dieu le Père: Celui-ci est Mon Fils bien-aimé, en qui J’ai mis toutes Mes complaisances.
    (S. Marc 1, 11; S. Matth. 17, 5)
  • Isaac, innocent, est condamné à mourir. Notre-Seigneur, l’Innocence même, est condamné à mourir.
  • C’est Abraham, père d’Isaac, qui doit exécuter la sentence. C’est Dieu le Père qui exécute Lui-même, par la main des Juifs, la sentence de mort contre Son Fils. Dieu n’a pas épargné Son propre Fils, dit saint Paul, mais Il L’a livré à la mort pour nous tous. (Rom. 1, 2)
  • Isaac, chargé du bois qui doit le consumer, monte sur la montagne du Calvaire. Notre-Seigneur, chargé du bois de la Croix, gravit cette même montagne du Calvaire.
  • Isaac se laisse attacher sur le bûcher, et présente doucement sa gorge au glaive qui doit l’immoler. Notre-Seigneur Se laisse attacher à la Croix et, comme un tendre agneau, Se laisse immoler. Voici l’Agneau de Dieu, voici Celui qui efface les péchés du monde.  (S. Jean 1, 29)
  • Isaac n’est pas mis à mort, parce qu’il n’était qu’une figure. Notre-Seigneur, qui était la réalité, est vraiment mis à mort.
  • Abraham a immolé à Dieu un bélier à la place de son fils. Dieu a souffert que Jésus fût sacrifié à la place de l’homme coupable.
  • Le bélier avait les cornes embarrassées dans un buisson. Jésus eut la tête couronnée d’épines, et toute Sa vie fut semée de difficultés et de contradictions.
  • Jésus-Christ est représenté par Isaac, figure du Verbe qui ne meurt pas, et aussi par le bélier, figure de l’humanité du Christ qui a été mise à mort. Le Christ est à la fois Prêtre et Victime: Il offre la victime au Père puisqu’Il ne meurt pas comme Verbe, mais Il est aussi la Victime offerte sur l’autel de la Croix, puisqu’Il connaît la mort dans Son humanité: Le Verbe S’est fait chair. (S. Jean 1, 14)
  • Le lieu des deux sacrifices fut sur le Golgotha, bien que quelques-uns pensent que celui d’Abraham se fit sur le mont Moriah, montagne voisine de Jérusalem.
  • Isaac descend de la montagne plein de vie et comblé de bénédictions: une nombreuse postérité lui est assurée. Notre-Seigneur sort du tombeau plein de vie, comblé de gloire; et, en récompense de Son obéissance, Il reçoit en héritage toutes les nations.

Sources:

Mgr Jean-Joseph Gaume, Catéchisme de Persévérance, Paris, Gaume Frères et J. Duprey, éditeurs, 1872, Tome II, p. 115-116; P. Paul Grenet, dit D’Hauterive, Grand Catéchisme de la Persévérance chrétienne, Paris, Hippolyte Walzer, Libraire-éditeur, 1903, Tome III, p. 95; Origène, Homélies sur la Genèse II, 5.