Préparer les voies du Seigneur

Sermon pour l’Avent par Père Mathurin de la Mère de Dieu, O.D.M.

Nous sommes entrés, mes chers frères et  soeurs, dans le saint temps de l’Avent qui prépare la grande fête de Noël.  Les fêtes sont grandes, importantes, selon le soin apporté à leur préparation.  Du seul point de vue humain, même si souvent les gens ne savent pas exactement ce qu’ils fêtent à Noël, voyez tous les préparatifs entourant cette célébration.  Que d’activités, de brouhaha, d’allées et venues, de mises en scène!  C’est incroyable tout ce que le monde peut consacrer d’énergie à préparer cette fête parce que inconsciemment, du moins dans sa tradition, Noël est pour eux une grande fête.  En effet, Noël est une des grandes fêtes de l’année.  Et je le redis, l’importance des fêtes est proportionnée au soin que l’on apporte à s’y préparer.

C’est l’objet du sermon d’aujourd’hui:  la préparation que nous devons nécessairement apporter aux fêtes en général, mais tout particulièrement à celle que nous célébrerons bientôt, la grande fête de Noël, la naissance de l’Enfant-Dieu.

L’Évangile du dernier dimanche de l’Avent nous parle de saint Jean-Baptiste prêchant un baptême de pénitence afin d’ouvrir les voies au Seigneur, de préparer Sa venue.  Tout le ministère, toute la mission de saint Jean-Baptiste se résume à cette préparation des voies du Seigneur.  Sa vie, ses énergies, sa sainteté, son don de prophétie sont consacrés, destinés à cette grande mission.  Et de quelle façon saint Jean-Baptiste prépare-t-il les voies du Seigneur?  En prêchant un baptême de pénitence et en disant aux foules:  Préparez le chemin du Seigneur, redressez devant Lui les sentiers.  Que toute vallée soit comblée; que toute montagne et que toute colline soient abaissées.  Que les voies tortueuses deviennent droites, que les raboteuses soient aplanies:  Alors tout homme verra le salut qui vient de Dieu. (S. Luc 3, 4-6)

Saint Jean-BaptistePour voir le salut qui vient de Dieu, saint Jean-Baptiste nous exhorte donc à faire pénitence.  Et de quelle façon?  La grande pénitence à laquelle il nous exhorte, c’est l’ajustement, «l’alignement» de nos vies.  Les mécaniciens savent ce que veut dire «aligner un véhicule»; par un réglage des roues avant, on empêche le véhicule de dévier en roulant.  Le grand message de saint Jean-Baptiste, son invitation, c’est de nous détacher de tout ce qui est contraire à Dieu, de tout ce qui est tortueux dans nos vies, de tout ce qui ne va pas en droite ligne vers Dieu.

En même temps qu’il exhorte à aplanir les montagnes — on pourrait dire la haute montagne de notre orgueil — il nous dit aussi de combler les vallées.  C’est vraiment le propre des orgueilleux que nous sommes d’être fiers de nous-mêmes, enthousiastes de notre personne un jour, mais tout abattus le lendemain.  Autant on peut être content de soi, autant on peut se retrouver dans le fond du gouffre, déprimé, parce qu’on a réalisé sa misère, on s’est rendu compte, comme on dit familièrement, qu’on n’était «rien de rare».  À cause de l’orgueil, nous allons ainsi de haut en bas… et par des chemins tortueux.  Saint Jean-Baptiste dit:  redressez tout cela, aplanissez les voies du Seigneur, allez contre ces tendances afin de reconnaître le salut du Seigneur.

Dans quelques jours, nous célébrerons la belle grande fête de Noël.  Pour reconnaître le petit Jésus, pour être capable de Le contempler, je dirais pour qu’Il Se manifeste à nous, il nous faut, mes frères et soeurs, nous appliquer à redresser notre conduite et toute notre vie.  Redresser les voies du Seigneur, c’est aussi être attentif à l’action de Dieu dans nos vies, à la manifestation de Sa très sainte Volonté pour s’y conformer, s’y ajuster.  Jésus veut Se manifester au monde et spécifiquement à chacun de nous, d’une façon très personnelle.

En quelque sorte, la saison de l’Avent est comparable au purgatoire.  Le purgatoire est un lieu de pénitence, de purification, de rectification, d’ajustement.  Par la souffrance du purgatoire, tout ce qui a été tortueux dans nos vies, tout ce qui a été raboteux est aplani, redressé.

Selon l’enseignement de plusieurs Saints, la plus grande souffrance du purgatoire vient du fait que les âmes voient clairement tout ce qui a déplu à Dieu dans leur vie.  Elles réalisent qu’elles sont allées à l’encontre de l’amour infini de Dieu, malgré toutes Ses manifestations de bonté et de miséricorde à leur endroit, malgré Sa divine Providence toujours attentive à leurs besoins.  Cette prise de conscience, cette expérience de l’amour infini de Dieu est le plus grand tourment des âmes du purgatoire.  Le bon Dieu avait planifié leur vie pour les amener à un haut degré de sainteté, chacune d’elles, et elles ont l’immense douleur de ne pas avoir correspondu aux prévenances d’un Dieu si bon.  C’est leur plus grand tourment.

Ce qui veut dire que la souffrance du purgatoire est essentiellement une souffrance d’amour.  Ces âmes sont aimantes, éprises de Dieu, elles en sont peinées au-delà des mots, en sorte que même si le bon Dieu leur disait:  «Venez, venez, joignez-vous à Moi», elles ne le pourraient même pas, car elles se sentent trop indignes de cet Amour.  Elles en souffrent; cette souffrance les consume et consume tout ce qui est contraire à Dieu.  Mais cet amour qui les fait souffrir est un amour sans liberté, parce que, au moment de la mort, l’âme est fixée pour l’éternité.  Ce qu’elle a fait durant sa vie avec pleine liberté est fixé pour l’éternité.  Après la mort, nous ne pouvons plus choisir entre le bien et le mal, entre l’amour de Dieu et l’amour de soi, de la créature, l’amour du monde.  Au purgatoire il n’y a plus de liberté.

Et voici le parallèle que je désire faire, mes frères et soeurs, entre le purgatoire qui est un temps de pénitence et l’Avent qui est aussi un temps de pénitence.  Pourquoi ne pas faire la même chose que les saintes âmes du purgatoire, mais en toute liberté, vraiment par un acte de volonté, par un acte d’amour libre:  «Mon Dieu je veux librement, par un acte de ma volonté, souffrir de ce qui Vous déplaît dans ma vie.  Je veux m’efforcer d’avoir de la peine pour tout ce qui est contraire à Votre volonté dans ma vie.»  Ce n’est pas une peine négative, c’est une peine d’amour.

Il va bientôt venir ce petit Jésus, Il veut Se manifester à moi.  Mes voies sont-elles redressées?  Hélas! non, il y a tant d’éléments tortueux dans ma vie, tellement de choses peut-être contraires à l’amour de Dieu, pas toujours dans des matières très graves.  Pensons à tout ce qui devra être purifié au purgatoire, à tout ce qui serait indigne d’aller directement au Ciel au moment de la mort.  Tout ce qui est indigne de Dieu réclame purification.

Ayons cette peine, qui n’est pas simplement naturelle, cette peine d’avoir eu de l’agrément sur la terre aux dépens de Dieu.  Cultivons cette peine, ce regret, par des vues de foi.  C’est ce que font les âmes du purgatoire, mais sans le mérite de la liberté.  Moi, librement, pour préparer les voies du Seigneur, je veux cultiver cette peine, ma première pénitence, et corriger ce qui déplaît à Dieu.

Préparons-nous avec application à la belle fête de Noël.  Disons à Jésus:  «Mon Dieu, Vous allez venir et je voudrais tellement pénétrer dans Vos divins mystères, je voudrais tellement être en communion avec Vous, entrer dans Votre intimité, être en tout conforme à Votre bon plaisir. Mais voilà… j’ai tous mes goûts humains, naturels, qui sont opposés à Vous, je veux au moins en avoir de la peine…»  Appliquons-nous à cette peine d’amour.  Jésus-Enfant a laissé Son Ciel par amour pour nous, Il veut nous communiquer Sa sagesse.  Mais comment pourrons-nous pénétrer Ses leçons si nous demeurons si terre à terre?

Bien souvent les personnes disent:  «Ah! moi je ne ressens aucune peine d’aller contre Dieu…»  La vraie contrition est une grâce.  Il faut demander au bon Dieu ces sentiments de vraie contrition:  «Mon Dieu, donnez-moi la peine, le regret de tout ce qui Vous déplaît dans ma vie, autant dans les détails que dans les plus grandes fautes, daignez m’accorder cette grâce!»  Pensez bien qu’au purgatoire, sans liberté, cet état de souffrance purifie les âmes et les amène à l’état de sainteté à laquelle Dieu les destinait.  Imaginez maintenant l’effet que ces mêmes actes d’amour, faits en toute liberté, produit sur le Coeur de Dieu.

L’Église compare les quatre semaines de l’Avent aux quatre mille ans d’attente, d’aspiration de l’humanité à la venue du Messie.  Et c’est cela que doit être aussi notre Avent, mes frères et mes soeurs, un état d’aspiration vers Dieu, vers ce divin Enfant qui va venir.  Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus nous fait chanter:  «Et moi je choisis pour mon purgatoire, Ton amour brûlant, ô Coeur de mon Dieu».  Notre maîtresse spirituelle nous enseigne que c’est l’amour brûlant de Dieu qui doit être notre purification, notre purgatoire.

Cet amour ne va pas sans souffrance, c’est un amour qui fait mal et qui en même temps nous remplit de joie.  Il y a là un paradoxe, mais qui se comprend un peu lorsqu’on considère l’amour humain.  Quand vous aimez quelqu’un, vous en souffrez et en même temps vous éprouvez la joie de l’aimer.  Souffrance et joie, il y a les deux, et parfois il est difficile de dire lequel des deux est le plus grand ou de la souffrance ou de la joie.  Il en est ainsi parce que la terre n’est pas le Ciel; un jour, au Ciel, le bonheur sera sans mélange, sans aucune souffrance.

Chers frères et soeurs, je vous invite d’une façon spéciale, avant Noël, au recueillement, à ne pas vous laisser distraire tout en étant actifs, présents à votre devoir.  Préparons la venue de l’Enfant-Jésus en compagnie de la Sainte Mère de Dieu et du bon saint Joseph.  Soyons attentifs à Jésus, pensons à compenser pour l’humanité qui, en général, prépare Noël dans la frivolité.  Au lieu de jeter la pierre et dire:  «Ah! le monde est léger!», disons plutôt:  «Mon Dieu, pardonnez-leur, ils ne savent pas la grandeur du Mystère de Noël.  Moi-même je devrais savoir, et voyez comme je suis distrait, léger, peu attentif.  Je me laisse encore gagner par le clinquant, pardonnez-moi, aidez-moi à bien préparer Votre venue.»

Noël sera pour nous une journée du Ciel dans la mesure où nous aurons mis de côté ce qui déplaît à Dieu, la vaine recherche des plaisirs et des consolations de la terre.  Rappelons-nous cette formule inspirée de notre Père:  «Quand la terre manque, le Ciel Se penche».

C’est la grâce que je demande pour moi-même et pour chacun de vous, que nous soyons attentifs à l’Enfant-Jésus qui va venir.  Préparons les voies du Seigneur afin de connaître le salut qui vient de Dieu.

Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, et de la Mère de Dieu.  Ainsi soit-il.

Cet article a été publié dans la revue Magnificat, Décembre 2004, Éditions Magnificat, Mont-Tremblant QC Canada

Saint Jean-Baptiste a été le premier converti de l’Enfant de Bethléem, Sa première et plus gracieuse conquête.
L’attrait pour saint Jean-Baptiste est une des voies qui nous mènent à Jésus, voie qu’Il a établie Lui-même et à laquelle par conséquent sont attachées des grâces particulières.  Heureux ceux que Dieu favorise d’un attrait spécial pour ce grand Saint!
Père Frédéric William Faber