D’après un sermon du Bx Père Frédéric de Ghyvelde, o.f.m.

Fils de saint François d’Assise, le Troubadour de N.-D. des Anges, au milieu de l’Ordre franciscain qui a défendu l’Immaculée Conception et l’a propagée avant même la proclamation du dogme, le Bon Père Frédéric pouvait-il ne pas exercer une action mariale?  Auteur de nombreux écrits et sermons exaltant les grandeurs de la T.-S. Vierge Marie, il fut aussi d’un grand secours au curé Désilets dans la réalisation de son projet marial du Cap-de-la-Madeleine dédié à Notre-Dame du T.-S. Rosaire.  Arrivé le grand jour de la dédicace, il prophétisa en chaire l’avenir brillant de ce qui était alors un coin ignoré.  Il poussa la hardiesse jusqu’à déclarer au pasteur que la Vierge manifesterait Son approbation la journée même.  De fait, à sept heures du soir, la Madone de l’église ouvrit les yeux devant trois personnes:  le curé, un paralytique et le bon Père Frédéric.  Par ses prédications à l’extérieur dans les diocèses des Trois-Rivières, Nicolet, Québec et Montréal, le Père Frédéric faisait connaître le nouveau centre marial et même demandait aux familles d’y envoyer des délégués.  C’est ainsi que commencèrent les grands pèlerinages qui, loin d’être un genre de tourisme, étaient alors de véritables journées de prière, de sacrifice et d’hommage aimant à la Reine du Ciel.

Voici quelques extraits d’un sermon du Bon Père Frédéric donné à l’occasion de la fête de la Nativité de la Sainte Vierge, célébrée le 8 septembre.

La Nativité de Marie

Représentation de l'Enfant-Marie au Monastère du Magnificat

Représentation de l’Enfant-Marie au Monastère du Magnificat

Le Tout-Puissant a fait en Moi de grandes choses.  Ce sont les propres expressions de Marie dans ce cantique admirable du Magnificat que l’on peut appeler l’effusion de Sa reconnaissance.  Quelle abondance de grâces, de bénédictions, de prérogatives, de merveilles ne renferment pas ces courtes, mais énergiques paroles:  Le Tout-Puissant a fait en Moi de grandes choses.  Ô abîme des richesses de la miséricorde et de la bonté du Seigneur, qui pourra vous approfondir?  Que Ses desseins sur Marie sont admirables!  Gardons-nous, oh! oui! gardons-nous de prescrire des bornes à la libéralité d’un Dieu qui a voulu déployer toute Sa magnificence sur une créature qu’Il avait destinée à être la Mère du Verbe incarné et la coopératrice de la Rédemption du monde.  Que la Sainte Église a donc raison de dire:  Ô aimable Enfant, Votre naissance a annoncé la joie à l’univers tout entier.

Ce qui distingue entre toutes les autres, cette incomparable Enfant dont nous célébrons avec joie la naissance, c’est d’avoir été rendue participante, dans toute la plénitude dont une pure créature soit capable, à la sainteté de Dieu, par l’exemption du péché; à la gloire de Dieu, par le titre de Mère de Dieu; à la puissance de Dieu, par le crédit extraordinaire qu’Elle a auprès de Dieu.

La plus sainte des vierges

L’homme, si on le considère en soi, n’est que faiblesse:  ses actions de valeur, si recommandables aux yeux des humains, portent toujours le caractère du néant dont il est sorti; elles se dissipent comme le nuage qui passe.  À Dieu seul appartient la gloire; à Lui seul la Sainteté suréminente.  Et cependant ce Dieu, tout Saint qu’Il est, pour opérer l’oeuvre de notre Rédemption, a résolu dans Ses desseins éternels, de prendre une forme semblable à la nôtre, et comme le chante la Sainte Église:  Il n’a pas dédaigné de prendre naissance dans le sein d’une Vierge.

Jugez donc des merveilles qu’Il va opérer en faveur de Marie.  Le temps où le soleil de justice devait briller sur la terre approchait déjà, la terre était prête à germer le Messie si longtemps attendu.  Dieu Se hâte de sanctifier et de favoriser Marie qui devait entrer dans l’exécution de ce grand mystère.  Il détourne Ses pas du torrent de corruption; Il fait pour Marie ce qu’Il a fait pour les Anges dans leur création.  D’une main, Il La comble des plus excellents dons de la nature, et de l’autre, Il répand sur Elle les plus riches trésors de Sa grâce.  Disons donc que Marie qui devait être le tabernacle du Seigneur a été admirablement sanctifiée;1 et c’est en ce jour de douce allégresse que Marie commence à paraître au monde comme la fleur des champs et comme le lis qui croit dans les vallées avec toute Son innocente blancheur.

Cependant Marie, exempte de péché dans Sa conception, Marie née dans la grâce, Marie confirmée dans la grâce, y persévérera librement et volontairement, afin de donner lieu au mérite où Elle ira toujours croissant depuis le moment de Sa conception, jusqu’au moment béni où Elle S’éteindra d’amour sur la terre pour renaître resplendissante au firmament des cieux.  Et c’est pour cela, dit un pieux auteur, que semblable à cette plante qu’on dirait douée de sentiment et pour cela appelée sensitive, qui replie rapidement ses feuilles au simple frôlement des ailes d’un petit insecte, mais surtout devant la main indiscrète qui voudrait folâtrer avec elle, la jeune vierge craintive Se hâte de fermer Ses oreilles et Son cœur aux séductions du siècle, et va cacher dans l’asile sacré du Temple la fleur de Sa tendre et précieuse innocence.

La colombe envoyée par Noé demandait à rentrer dans l’arche, parce qu’elle n’avait pas trouvé, dit l’Écriture, où reposer son pied délicat; ainsi la prudente Marie, ayant à peine mis le pied dans le monde S’empresse de le quitter; colombe craintive, immaculée, Elle S’envole dans la solitude, résolue d’abriter Sa vertu à l’ombre du Sanctuaire et de consacrer pour toujours au Seigneur Son cœur, innocent et virginal.

Et c’est dès Sa plus tendre enfance, au témoignage des saints Pères, qu’Elle fait à Dieu, dans le Temple de Jérusalem, le vœu d’une perpétuelle virginité; exemple sans précédent jusque là, la stérilité étant regardée comme un opprobre parmi les filles de Juda.  Mais Marie, instruite intérieurement par l’Esprit-Saint, comprenait tout le prix de cette angélique vertu, et Elle l’estimait si fort qu’Elle eut plutôt renoncé à l’incomparable titre de Mère de Dieu, si pour cela eût-Elle dû renoncer à Son voeu.  Et c’est pourquoi Elle Se trouble à l’apparition de l’Ange:  mais ne craignez pas, ô non Marie, ne craignez pas, car Vous avez trouvé grâce devant le Seigneur.

Mais qu’est-il besoin de tant de discours, rappelons-nous seulement que Marie est la plus sainte des vierges:  Elle a été préservée de la tache originelle, dans le moment même de Sa conception; Elle est demeurée vierge avant, pendant et après la Naissance de Son divin Fils; Elle n’a jamais commis dans toute Sa vie le plus petit péché véniel.

Où se trouve-t-il donc, ô chrétien bien-aimé, une vierge semblable à Marie?  Nous Vous saluons, ô Marie, la plus sainte de toutes les vierges, et nous Vous invoquons avec amour et confiance, priez pour nous.

Mère de Dieu et notre Mère

Mes frères, dans la Salutation Angélique les vrais enfants de l’Église prononcent toujours avec bonheur et avec fierté, ces douces, mais glorieuses paroles:  Sainte Marie, Mère de Dieu.

Marie, Mère d’un Dieu!  L’orgueilleux et impie Nestorius veut Lui disputer ce titre de gloire et voilà, dit l’historien, que toute l’Église se lève, court à Éphèse, et là lance solennellement, anathématise contre cet hérésiarque…  L’ennemi du Christ est renversé…

Marie, Mère d’un Dieu!  À ce nom, quelle foule de merveilles, quel enchaînement de mystères s’offrent à notre âme étonnée.  Rien parmi les pures créatures, dit saint Augustin, non rien n’est égal à Marie.  Que toute créature se taise, s’écrie saint Pierre Damien, à la vue de cette immense dignité que nulle pure créature ne saurait comprendre.  Ne craignez pas d’en dire trop, disait le savant et pieux chancelier de Paris (Gerson), lorsque vous parlez des grandeurs de Marie, riche des seuls biens de Son Fils, inférieure à Son Dieu, Elle sera toujours supérieure aux plus magnifiques éloges des hommes et des Anges.

Tous les Docteurs et la Sainte Église elle-même ont employé les éloges les plus magnifiques pour glorifier Marie sous le titre de Mère de Dieu, et n’en soyons pas surpris; cette Maternité divine renferme à elle seule tous les éloges.  C’est là la source et le titre primordial de tous les privilèges de Marie.  De là cette conception immaculée, cette virginité sans exemple, cette plénitude de grâces, cette universalité de vertus; de là tous ces titres consolants, de Reine du ciel et de la terre, de Mère des Miséricordes, Secours des chrétiens, etc.

Donnez à Marie, disait saint Bernard écrivant aux chanoines de Lyon, donnez à Marie les justes louanges qui Lui appartiennent.  Dites qu’Elle a trouvé pour Elle et pour nous la source de la grâce.  Dites qu’Elle est la Médiatrice du salut et la restauratrice des siècles; c’est ce que toute l’Église publie et ce qu’elle chante tous les jours…

Fier du triste avantage qu’il avait remporté sur nos premiers pères, Satan se flattait d’étendre son cruel empire sur tout le reste de leur postérité; mais son empire est renversé, son sceptre de fer est brisé.  Le Seigneur tout-puissant est venu à son encontre, et Il l’a livré à la main d’une femme.  Une femme l’arrête, une femme le terrasse, une femme écrase sa tête hideuse, sous son pied virginal, et cette femme, c’est Marie.  Et n’est-ce pas, chrétiens, dans cette Vierge Mère que s’est accomplie à la lettre la promesse faite au premier homme le jour même de sa chute?  N’est-ce pas cette nouvelle Ève qui répare ce que l’ancienne Ève avait détruit et qui introduit dans le monde la justice et la vie, comme l’autre y avait introduit le péché et la mort?  N’est-Elle pas cette Vierge prédite par le prophète Isaïe d’où devait naître l’espérance de Sion, le Rédempteur, l’Emmanuel?  N’est-Elle pas cette Femme que saint Jean nous dépeint dans l’Apocalypse, revêtue du soleil, couronnée d’étoiles, la lune sous Ses pieds, toujours aux prises avec le dragon et toujours victorieuse de ses attaques?

Les expressions nous manquent, ô Vierge Marie, pour représenter les titres de gloire dont Vous êtes décorée et le ministère consolant que Vous avez exercé à notre égard.  Pénétrés de la plus vive reconnaissance, nous croyons toujours que c’est à Votre Fils Jésus-Christ que nous devons le bienfait inestimable de notre rédemption; mais nous n’oublierons jamais que c’est Vous qui nous avez donné le Rédempteur!  Nous bénirons le jour fortuné où Il est descendu sur la terre; mais nous appellerons bienheureux le sein qui L’a porté et nous célébrerons toujours avec allégresse le jour de Votre propre naissance.

La plus puissante des créatures

Nous pouvons tout d’abord juger de la puissance de Marie, par le pouvoir qu’Elle a exercé lorsqu’Elle était encore sur la terre:  c’est à la prière de Marie, vous le savez, que Jésus-Christ opère à Cana le premier de Ses miracles.  Miracle d’autant plus frappant, dit un Père de l’Église, que Jésus dit Lui-même que Son heure n’est pas encore venue.  C’est par le moyen de Marie que s’opère en quelque sorte la sanctification de Jean-Baptiste:  Élisabeth entend la voix de Marie et, à l’instant, l’enfant qu’elle porte tressaille de joie et il est sanctifié.  Or, si Jésus-Christ a tant fait pour Marie sur la terre, que ne fera-t-Il point pour Elle dans le ciel?  Le pouvoir des Saints auprès de Dieu est plus ou moins grand, selon que leur amour pour Notre-Seigneur a été plus ou moins grand sur la terre.  Or, y a-t-il jamais eu aucun Saint qui ait plus aimé Jésus-Christ, qui ait fait plus pour Sa gloire, qui Lui ait été plus obéissant, plus attaché, plus fidèle, plus reconnaissant que Marie?  Donc personne n’a plus de pouvoir dans le ciel que Marie.

Nous pourrions employer mille raisons pour prouver que si l’intercession des Saints, qui sont les amis de Dieu, est si puissante auprès de Lui, l’intercession de Marie qui a eu le bonheur d’être Sa Mère doit être infiniment plus puissante.  Si Dieu Se plaît à exécuter la volonté de ceux qui Le craignent, si dans une circonstance particulière, on L’a vu obéir à la voix d’un homme et suspendre en faveur de Josué le cours de la nature; si résolu de punir Israël de ses ingratitudes réitérées, Il S’est laissé mille fois fléchir par Son serviteur Moïse, est-il surprenant qu’Il Se rende aux voeux d’une Mère qu’Il a toujours tendrement aimée?  Est-il surprenant qu’en Sa faveur, Il relâche quelque chose des droits de Sa justice et que, prêt à foudroyer les pécheurs, Il aime à être désarmé par des mains qui Lui sont si chères, par des mains qui L’ont porté dans Son enfance, qui L’ont dérobé à la fureur d’Hérode et dont le travail a fourni à Sa subsistance?

Quelle foule de preuves ne pourrions-nous pas apporter pour vous convaincre du crédit puissant de Marie auprès de Dieu.  Car, enfin, que penser de ce zèle unanime des Pères et des Docteurs de tous les siècles pour accréditer Son culte; de cette multiplicité de fêtes, instituées en Son honneur, dont chacune a un mystère différent pour objet et une grâce spéciale pour fruit.  Que penser de ce nombre presque innombrable de temples et d’autels érigés sous Son invocation?  Mais, ô âmes confiantes en la puissance maternelle de Marie, qu’est-il besoin de preuves étrangères, quand nous en avons de personnelles.  J’en appelle de vous-même à vous-mêmes:  avez-vous jamais invoqué Marie avec foi et avec confiance sans éprouver les effets de Sa puissance, dans vos afflictions et dans toutes les épreuves de la vie?

Si donc Marie est si sainte, si élevée en gloire, si puissante auprès de Dieu, ô ne doutons pas qu’Elle ne soit aussi extrêmement sensible à tous nos besoins.  Non, non, ce n’est point à tort que la sainte Église L’invoque sous les titres consolants de Mère de toute grâce, Mère de Miséricorde.  Ce n’est point à tort qu’elle L’appelle l’asile des pécheurs, la Consolatrice des affligés, le Secours des chrétiens, notre vie, notre douceur, notre espérance.

Prière

Je Vous adore, ô mon Dieu, dans la naissance de cette nouvelle Créature que Vous donnez au monde, en ce jour, et que Vous y faites paraître entre tous les enfants d’Adam, comme un lys entre les épines, par la grâce et la sainteté qui distinguent Sa naissance de la naissance des autres hommes….  Vous L’aviez promise, ô mon Dieu, cette nouvelle Créature, en qui commence à luire l’espérance des pécheurs.  Et l’inimitié que Vous aviez mise entre cette Femme et le serpent commence à paraître dès Son entrée dans le monde comme Elle a paru dans Son Immaculée Conception.  C’est donc ici le prélude de la victoire que Son Fils doit un jour remporter sur les puissances de l’enfer.  Soyez loué et béni, Seigneur, du choix que Vous avez fait de Marie pour une prérogative si singulière, et que toutes les grâces et toutes les miséricordes dont Vous L’avez prévenue Vous louent et Vous glorifient éternellement.

Soyez Vous-même bénie, ô Enfant donnée du Ciel pour le salut de toute la terre, et que toutes les créatures Vous saluent déjà dès Votre naissance, pleine de grâces, sans crainte de prévenir le salut de l’Ange.  Car ce coeur qui ne fait que naître est néanmoins le coeur le plus rempli de la plus haute sainteté qui ait été jusqu’à présent et qui sera jamais dans une pure créature.  L’Esprit du Seigneur qui travaille à en faire le temple de la Sagesse éternelle en fait par avance l’image la plus vive de toutes les vertus dont cette Sagesse incarnée doit être le véritable modèle.  Et jusqu’au moment où cet Esprit adorable formera de Votre sang virginal un corps au Fils de Dieu même, Il ne cessera point de répandre en Vous de jour en jour de nouvelles grâces et une nouvelle sainteté, afin de rendre Votre âme et Votre corps une digne demeure du Tout-Puissant.

Revue Marie, Septembre-Octobre 1957, Nicolet Québec, Centre Marial Canadien, p. 42-45.

Revue Magnificat, Septembre 2013, Éditions Magnificat, Mont-Tremblant Québec Canada

 

 

Représentation de l'Enfant-Marie

Au-dessus de l’autel de la Chapelle de Jésus-Crucifié au Monastère des Apôtres, Mont-Tremblant Québec Canada

Autel principal

À la Chapelle de Jésus-Crucifié au Monastère des Apôtres, Mont-Tremblant Québec Canada

Représentation de l'Enfant-Marie

Statue fabriquée par les Religieuses au Monastère des Apôtres, Mont-Tremblant Québec Canada

La Bambina Maria (L'Enfant-Marie)

Statue reproduite et peinte par les Religieuses au Monastère des Apôtres, Mont-Tremblant