Saint Jacques le Mineur, Apôtre ODM pinxit

Saint Jacques le Mineur, Apôtre ODM pinxit

Saint Jacques, que l’on appelle le Mineur pour le distinguer de saint Jacques, fils de Zébédée, était cousin germain de Notre-Seigneur et Son aîné de quelques années. Il grandit avec Lui dans le petit bourg de Nazareth. Il s’attacha aux pas du Sauveur dès les premiers temps de Son ministère, comme nous pouvons le déduire du récit évangélique: après cela, Jésus descendit à Capharnaüm, avec Sa Mère, Ses frères et Ses disciples…[1] Il n’était certes pas de ces proches qui ne crurent pas en Lui[2], car l’année suivante, Jésus l’éleva au rang d’Apôtre, avec Jude, son frère.

Dès lors, l’Évangile se tait entièrement à son sujet, jusqu’à l’aube du glorieux jour de Pâques. Ce jour-là, le Christ ressuscité favorisa Son disciple d’une apparition particulière.[3] Il lui communiqua alors, selon saint Clément d’A­lexandrie[4], le don de science, comme Il le fit pour saint Pierre et saint Jean.

Saint Jérôme et saint Épiphane nous apprennent encore que le Seigneur, au moment de Son ascension, recommanda à saint Jacques l’Église de Jérusalem. Toutefois, il n’entra en fonction qu’après le martyre de saint Étienne. La persécution qui suivit agita fortement la jeune Église, et les Apôtres voulurent lui donner un pasteur capable de la soutenir par son exemple, ses prières et ses sages instructions.

Saint Jacques s’acquitta de sa charge avec tant de sagesse et de piété, qu’il était aimé de tous les fidèles et respecté des Juifs eux-mêmes, pourtant si acharnés contre les Chrétiens. On poussait la vénération jusqu’à embrasser le bord de sa robe. Eusèbe nous a laissé un portrait de sa sainteté:

«Jacques vécut toujours dans la virginité. Il était Nazaréen, c’est-à-dire qu’il fut consacré à Dieu dès le sein de sa mère. En cette qualité, il ne se faisait jamais couper les cheveux. Jamais, il ne buvait de vin ni rien qui put enivrer. Il ne mangeait rien qui eût eu vie, excepté l’agneau pascal, qui était de précepte… Il portait une simple tunique de lin; un manteau d’étoffe grossière et point de sandales.» Saint Épiphane ajoute qu’il «priait tant et si souvent, prosterné en terre, que la peau de son front et de ses genoux s’était endurcie comme celle d’un chameau».

Une sainteté aussi éminente lui mérita de la part des Juifs le surnom de Juste. On lui accorda droit d’entrée dans le sanctuaire du Temple, ainsi que le privilège de porter la robe de lin, faveurs réservées aux seuls prêtres de Jéhovah.

Au cours de l’an 51, quelques nouveaux Chrétiens de Judée troublèrent l’Église d’An­tioche en voulant forcer les Gentils à la circoncision et à d’autres cérémonies légales. La confusion fut telle que l’on convoqua un Concile dans la Ville sainte. Les Apôtres, saint Paul et plusieurs éminentes figures de Jérusalem y assistèrent. Quand chacun eut dit son sentiment, saint Jacques le Mineur prit la parole. Après avoir confirmé le discours de saint Pierre, il forma la décision finale qui fut approuvé de tous et envoyée aux Chrétiens que les Juifs convertis avaient voulu inquiéter. Ce fait démontre l’influence du saint évêque de Jérusalem au sein de l’Église primitive et l’autorité de sa sagesse.

Quelques années plus tard, vers l’an 59, il écrivit l’épître canonique qui porte son nom, et qu’on désigne aussi sous le titre de catholique ou universelle, car elle n’est adressée à aucune Église en particulier, mais à l’ensemble des fidèles répandus dans tout le monde connu de son époque. L’Apôtre s’y propose de réfuter de faux prédicateurs qui, abusant de quelques expressions de saint Paul, enseignaient que la seule foi suffit dans l’affaire de notre justification, et par conséquent l’inutilité des bonnes œuvres. Il donne aussi des règles excellentes pour mener une vie sainte, exhortant les fidèles à la foi, l’allégresse et la confiance en Dieu. Il dénonce en termes très saisissants les péchés de la langue, si courants, hélas! et si peu réprimés.

Le digne évêque embauma encore quelque temps la Ville sainte du parfum de ses vertus, prêchant à tous le Nom de Jésus-Christ. Beaucoup de Juifs se convertirent, dont plusieurs personnages de bonne condition. À cette vue, les Pharisiens et les Docteurs de la Loi, saisis de crainte, résolurent de se défaire de lui. Ils firent donc comparaître l’Apôtre devant le Sanhédrin, l’accusèrent de blasphème et de violation de la Loi, puis le condamnèrent à être lapidé.

Avant d’exécuter leur terrible sentence, sachant la profonde influence du saint évêque sur le peuple, les Pharisiens le firent monter sur le faîte du Temple et lui commandèrent de nier hautement la mission divine de Jésus de Nazareth. «Ce sera là, dirent-ils, le moyen de détromper ceux que tu as séduits.» Or, le Saint se mit à confesser Jésus-Christ de la manière la plus solennelle. Élevant ensuite le ton, il ajouta que ce Jésus, Fils de l’Homme, crucifié par les Juifs, était assis à la droite de la Majesté souveraine, comme Fils de Dieu et qu’Il viendrait un jour, porté sur les nuées du ciel, pour juger tout l’univers. Les Scribes et les Pharisiens, transportés de fureur, s’écrièrent: «Eh quoi! Le Juste s’est égaré aussi!» Puis, ils le précipitèrent en bas.

Brisé par sa chute, saint Jacques eut encore la force de se mettre à genoux; levant les yeux au ciel, il pria Dieu de pardonner à ses meurtriers, répétant les paroles de son divin Maître: Ils ne savent pas ce qu’ils font.[5] La populace fit pleuvoir sur lui une grêle de pierres. Finalement, un bourreau l’acheva d’un coup de levier sur la tête. Ceci se passait le jour de Pâques, 10 avril 61.

Le saint Apôtre fut enterré près du Temple, à l’endroit même de son martyre. On éleva une petite colonne sur son tombeau. Ses reliques furent transportées à Constantinople vers l’an 572. Saint Jacques le Mineur est fêté le 1er mai, avec l’Apôtre saint Philippe.

Sources: M. Jacques Collin de Plancy, Grande Vie des Saints, Paris, Louis Vivès, libr.-édit., 1878, tome IX, p. 4-8; Alban Butler et Godescard, Vie des Saints, Lille, L. Lefort, impr.-libr., tome 2, p. 343-345

Cet article est paru dans la Revue Magnificat de Mai 2018, Éditions Magnificat, Mont-Tremblant QC, Canada.

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[1] S. Jean 2, 12

[2] Cf. S. Jean 7, 5

[3] S. Paul, I Cor. 15, 7

[4] Saint Clément d’Alexandrie, Père de l’Église, mort vers l’an 215.

[5] S. Luc 23, 34

Prière à saint Jacques le Mineur

Glorieux Apôtre saint Jacques, plus encore que les liens du sang, c’est votre accomplissement fidèle de la Volonté divine qui fit de vous un frère du Seigneur, selon cette parole de Jésus-Christ: Car quiconque fait la Volonté de Mon Père qui est dans les cieux, celui-là est Mon frère, et Ma sœur, et Ma mère. Si vous avez faibli un instant, comme les autres Apôtres, au moment de la Passion, votre amour et votre sincère repentir ont vite attiré Jésus près de vous: après saint Pierre, vous fûtes le premier des Apôtres auquel Il Se manifesta en particulier. Par cette faveur et par vos nombreux mérites, obtenez-nous, généreux Apôtre, d’aimer notre doux Sauveur comme vous-même L’avez aimé. Que nous Le confessions avec la fermeté qui convient à Ses disciples et que nous n’hésitions jamais lorsqu’il s’agit de proclamer Ses droits sur toute créature.

Ainsi soit-il.

Extraits de l’épître de saint Jacques

MES frères, que sert-il à quelqu’un de dire qu’il a la foi, s’il n’a pas les œuvres? Est-ce que la foi peut le sauver? Si un frère ou une sœur sont dans la nudité, et qu’ils manquent de la nourriture de chaque jour, et que l’un de vous leur dise: «Allez en paix, chauffez-vous et rassasiez-vous», et que vous ne leur donniez pas ce qui est nécessaire au corps, à quoi cela servira-t-il? Il en est de même de la foi: si elle n’a pas les œuvres, elle est morte en elle-même.

Mais quelqu’un dira: «Tu as la foi, et moi j’ai les œuvres.» Montre-moi ta foi sans les œuvres, et moi je te montrerai ma foi par les œuvres. Tu crois qu’il n’y a qu’un Dieu, tu fais bien; les démons le croient aussi, et ils tremblent. Mais veux-tu savoir, ô homme vain, que la foi sans les œuvres est morte? Abraham, notre père, ne fut-il pas justifié par les œuvres, lorsqu’il offrit son fils Isaac sur l’autel? Tu vois que la foi coopérait à ses œuvres, et que par les œuvres sa foi fut rendue parfaite. Et ainsi s’accomplit cette parole de l’Écriture: Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice, et il fut appelé ami de Dieu. Vous voyez que l’homme est justifié par les œuvres, et non par la foi seulement.

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SI quelqu’un ne pèche pas par ses paroles, c’est un homme parfait, et il peut tenir en bride tout son corps. Si nous mettons un mors dans la bouche des chevaux, pour qu’ils nous obéissent, nous dirigeons aussi tout leur corps. Voyez aussi les navires: quoique si grands et poussés par des vents impétueux, ils sont dirigés avec un petit gouvernail, selon la volonté de celui qui les conduit. Ainsi la langue n’est qu’un petit membre, et elle se vante de grandes choses. Voyez quelle grande forêt un petit feu peut incendier.

La langue aussi est un feu; c’est un monde d’iniquité. La langue est placée parmi nos membres; elle souille tout le corps, elle embrase le cours de notre vie, embrasée elle-même au feu de l’enfer. Toutes les espèces de bêtes sauvages, d’oiseaux, de reptiles, et d’autres animaux peuvent se dompter, et ont été domptés par la nature humaine; mais la langue, aucun homme ne peut la dompter; mal impossible à réprimer, elle est pleine d’un venin mortel.

Par elle nous bénissons Dieu notre Père, et par elle nous maudissons les hommes, qui ont été faits à l’image de Dieu. De la même bouche sortent la bénédiction et la malédiction. Il ne faut pas, mes frères, qu’il en soit ainsi.

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C’EST pourquoi l’Esprit-Saint dit: Dieu résiste aux superbes, et Il donne Sa grâce aux humbles. Soumettez-vous donc à Dieu; mais résistez au diable, et il fuira loin de vous. Approchez-vous de Dieu, et Il S’approchera de vous. Lavez vos mains, pécheurs; et purifiez vos cœurs, vous qui êtes irrésolus. Sentez votre misère, prenez le deuil et pleurez; que votre rire se change en pleurs, et votre joie en tristesse. Humiliez-vous en présence du Seigneur, et Il vous élèvera.

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ET maintenant, vous qui dites: Aujourd’hui ou demain nous irons dans telle ville; nous y passerons une année, nous trafiquerons, et nous ferons des profits; vous qui ne savez pas ce qui arrivera demain. Car qu’est-ce que votre vie ? C’est une vapeur qui paraît pour un peu de temps, et qui ensuite s’évanouit. Vous devriez dire au contraire: Si le Seigneur le veut, ou: Si nous vivons, nous ferons ceci ou cela. Mais maintenant, vous vous glorifiez dans votre orgueil. Toute jactance de ce genre est mauvaise.

Épître de saint Jacques chap. 2, 14-24; 3, 2-10; 4, 6-10; 4, 13-16