Nativité - Peinture ODM - Éditions Magnificat, Mont-Tremblant, Québec
«Ce n’est pas par une coïncidence gratuite que les bergers ont été choisis.  Ces âmes étaient prêtes pour la manifestation divine.  Encore aujourd’hui, le bon Dieu veut Se manifester; Il attend de nous les dispositions.  Pour que nous puissions voir Dieu par la foi, dans toutes les circonstances de notre vie, il nous faut être des âmes humbles, des âmes mortifiées comme les bergers, des âmes qui s’oublient elles-mêmes.» Père Jean-Grégoire de la Trinité

«Si vous ne devenez comme de petits enfants…»(1)

Sermon de Père Jérôme de la Résurrection, o.d.m.

Pour comprendre vraiment le mystère de Noël, il faut descendre, s’abaisser, se faire petit…  Mais quand le bon Dieu nous invite à descendre, malheureusement nous nous révoltons, nous sommes aigris contre Sa sainte Volonté parce que nous ne comprenons pas le mystère de la Crèche.

À Noël, ceux qui ne saisissent pas le mystère d’un Dieu Se faisant petit Enfant, ne penseront qu’à fêter pour s’étourdir, une fête où il y aura le plus de plaisir possible, une fête où il n’y aura place pour aucune souffrance, où il n’y aura place pour aucun acte d’humilité, parce que chacun voudra briller, être quelqu’un et profiter de la vie.

En est-il ainsi pour nous aussi, mes frères et mes sœurs?  Noël est-il pour nous une occasion de nous humilier?  Est-ce pour nous une occasion de nous abaisser intérieurement, de nous reconnaître tels que nous sommes devant Dieu, c’est-à-dire de pauvres mendiants?

Noël, c’est la fête des pauvres.  Nous reconnaissons-nous vraiment comme des pauvres devant Jésus?  Ne nous considérons-nous pas souvent plutôt comme des êtres que le bon Dieu doit combler de faveurs et de grâces?…  Des êtres à qui tout est dû?…

En cette période de Noël, Jésus nous invite à descendre avec Lui à la Crèche de Bethléem, comme de petits enfants, de tout petits enfants, tout petits… si petits que personne ne pourra plus nous reconnaître, tout comme Jésus-Enfant, le Fils de Dieu, n’était pas reconnaissable.  N’est-ce pas que le Fils de Dieu S’est bien caché?  Tous les grands de ce monde, et on peut dire que quasiment toute l’humanité, ont ignoré le sublime mystère qui se passait à la Crèche de Bethléem. C’était pourtant le plus grand événement de toute I’Histoire qui s’accomplissait:  Dieu, Se faisant Enfant pour l’amour de Ses créatures.

Par ce geste, Jésus a voulu nous donner une leçon d’humilité.  Il S’est fait petit par la Volonté de Son Père.  Est-ce que nous aussi, mes frères et mes sœurs, nous voulons accepter de devenir petits, de devenir des êtres malléables entre les mains de Dieu?  Voilà ce que veut dire se faire petit:  être souple entre les mains de Dieu, Le laisser faire de nous ce qu’Il veut.  Regardez les tout petits enfants, par exemple, on en fait ce que l’on veut, ils sont à notre merci, pour ainsi dire.

Voulons-nous, nous aussi, être à la merci de Dieu?  Acceptons-nous d’être petits, cachés, comptés pour rien?  Ou bien, ne voulons-nous pas plutôt être considérés comme des personnages importants, à qui l’on doit quelque chose?  Est-ce que ce n’est pas cela notre malheur de penser que sur la terre nous sommes des êtres importants, à qui les autres doivent du respect, des égards?  Nous attendons le respect de nos semblables, nous attendons la considération, nous voulons grandir, être quelqu’un aux yeux des hommes et même aux yeux de Dieu.  Nous oublions que Jésus, Dieu infiniment grand et parfait, a voulu, Lui, l’abjection, l’abaissement, le mépris.

Sommes-nous prêts à suivre les traces de notre divin Maître?  Acceptons-nous de descendre à la Crèche, pauvres, dénués, sans rien? Acceptons-nous de paraître devant Dieu et de dire:  «Mon Dieu, me voici tel que je suis:  un pauvre misérable, qui mérite le mépris.  Tant de fois, mon Dieu, je Vous ai offensé.  Tant de fois je me suis détourné de Votre sainte Volonté.  Tant de fois Vous m’avez appelé, tant de fois j’ai refusé.»

Voilà, mes frères et mes sœurs, le mystère de Noël:  un Dieu qui nous invite non pas à grandir mais à rapetisser; non pas à faire de nos vies des réussites, selon les vues humaines, mais des vies d’anéantissement, des vies humbles, cachées aux yeux de tous, méprisées du monde, loin de tous les bruits. Comme Jésus sur la terre…

En regardant le beau mystère de Jésus-Enfant, nous avons devant nous tout le mystère de la Rédemption:  la Crèche et le Calvaire.  Jésus est descendu pour être ensuite élevé.  Voilà où nous devons aller:  descendre à la Crèche pour monter au Calvaire, puis à la Résurrection.  Voilà toute notre vie, mes frères et mes sœurs.  Or, nous devons réaliser ce programme avec toute la faiblesse humaine, nous reconnaissant de pauvres êtres déchus, toujours enclins à offenser le bon Dieu, mais aussi toujours fortifiés par Sa grâce, si nous la demandons et y correspondons.  N’est-il pas vrai, mes frères et mes sœurs, que nous sommes beaucoup plus prompts à offenser Dieu qu’à nous humilier devant Lui?  Ne sommes-nous pas toujours plus enclins à renier Jésus qu’à Le reconnaître dans la Crèche et à Le suivre?  Mais la grâce est là.  Je puis tout en Celui qui me fortifie, disait saint Paul.(2)

Formes de pauvreté

Jésus est venu à Bethléem pauvre, parce qu’Il a voulu nous donner l’exemple du plus profond détachement.  Pauvres humains que nous sommes, nous aimons posséder, nous aimons l’abondance, d’abord dans les biens matériels.  Comme nous aimons les choses de la terre!  Nous aimons le confort, le luxe, les beaux vêtements, la bonne nourriture, les belles maisons, les ameublements élégants.  Comme nos cœurs sont portés vers ces choses!  À voir la passion avec laquelle les humains recherchent les biens terrestres et s’y attachent, on dirait parfois que l’homme n’est fait que pour la terre.  Or, il y a dans l’Écriture Sainte une parole terrible:  Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui.(3)  C’est dire que l’amour des biens créés est incompatible avec l’amour de Dieu.

Jésus nous prêche une autre forme de pauvreté.  Souvent, nous aimons démesurément nos parents, nos enfants, nos amis et ceux qui nous entourent.  Je devrais plutôt dire:  nous les aimons mal, nous les aimons comme font les païens.  Nous faisons passer nos êtres chers avant Dieu, et nous faisons passer leurs intérêts temporels avant leurs intérêts éternels.  Combien de parents, par exemple, aiment mieux céder aux caprices de leurs enfants pour ne pas leur causer de peine, alors que ce caprice nuit à leur âme et à leur avancement spirituel?…

Et nous, mes frères et mes sœurs, comment envisageons-nous les choses?  Dieu a-t-Il la première place dans notre cœur et dans nos actions?  Comme il nous est difficile de nous défaire des choses de la terre!  Comme il nous est difficile de dépasser les seuls liens de la chair et du sang!  Comme il nous est difficile de rompre avec le «Monde», c’est-à-dire avec toute cette mentalité générale qui va à l’encontre de l’Évangile et de l’exemple des Saints!

Jésus est venu pauvre dans la Crèche.  Il a souffert de tout.  Voilà l’exemple qu’Il nous donne, voilà ce à quoi Il nous invite!  Vous Le trouverez couché dans une mangeoire d’animaux, avait dit l’Ange aux bergers.(4)  Pensez-vous que c’était très honorable, très confortable pour ce petit enfant?  Nous qui sommes confortablement installés, dans des maisons bien chauffées, il nous arrive même de trouver à redire, si c’est un peu trop froid ou un peu trop chaud.  Mais Jésus, notre Sauveur, a tout enduré, Lui, pour expier nos péchés. Il est venu nous donner l’exemple afin que nous fassions comme Il a fait.(5)

«Je suis respectable!»

Il n’est pas rare, mes frères et mes sœurs, de voir chez les gens qui font de la vie spirituelle, ou chez les personnes de bonne vie, le désir de passer pour saints, ou au moins pour très respectables.  Comme nous aimons être considérés et regardés comme ayant quelque vertu!  Je dirais que ce qui nous fait le plus de tort spirituellement, c’est justement de vouloir passer ainsi pour des gens bons, vertueux, des gens qui ont du crédit auprès de Dieu.

Très souvent on accepterait assez facilement d’être privés de certains biens de la terre, mais on n’accepte pas l’humiliation. On ne veut pas passer pour des êtres méprisables.  Nous voulons paraître devant Dieu et devant les hommes comme des êtres qui ont les mains pleines de bonnes œuvres.  Nous ne voulons pas accepter la misère spirituelle dans laquelle nous nous trouvons; nous ne voulons pas accepter non plus notre condition d’homme, telle qu’elle est, c’est-à-dire de pauvres matériels et spirituels.  Nous sommes des êtres entièrement dépendants de Dieu et qui ne peuvent rien faire de bien sans Lui. Sans Moi vous ne pouvez rien faire, dit Notre-Seigneur.(6)  En Se faisant petit enfant et en naissant dans l’étable de Bethléem, pauvre, petit, diminué, méconnaissable aux yeux des hommes, Jésus était impossible à reconnaître sans une lumière spéciale de Dieu.  Qui pouvait discerner Sa grandeur?  Qui pouvait deviner Ses vertus infinies?  Et nous, nous voudrions paraître bons et grands?…

Nous disons ou nous pensons:  «Eh bien, moi, j’ai tel mérite; j’ai accompli telle grande action.  On doit avoir de la considération pour moi parce que je suis bon, respectable…  Tel égard m’est bien dû…»  Aussitôt, mes frères et mes sœurs, que nous pensons de la sorte, nous tombons quasiment dans la disgrâce de Dieu, aussi parfaits et vertueux que nous ayons pu être.  Parce qu’aux yeux de Dieu, tous tant que nous sommes, nous sommes remplis de misères, de pauvreté, et l’orgueil nous rend insupportables à Dieu.  Sur la terre, rien ne nous est dû; notre seule espérance est en cet Enfant qui est né pour nous racheter.  Et c’est par Lui seul que nous avons quelques mérites, par nos souffrances unies à Ses souffrances à Lui.

Pas de petit programme

Demandons, mes frères et mes sœurs, à l’occasion de ce Noël, la grâce d’accepter la Volonté du bon Dieu telle qu’elle nous est présentée par la vie.  Nous voudrions nous faire une sainteté, une vie spirituelle selon nos vues personnelles.  Nous nous faisons des petits programmes de sanctification, jugeant tout en regard de nous-mêmes et de nos intérêts, et pendant ce temps, nous passons à côté du programme que Dieu nous trace.  Il ne s’agirait que d’accepter tout ce qui se présente, avec esprit de foi et avec amour, pour devenir de grands saints.

Il faut bien l’admettre:  sur la terre, il y en a des souffrances!…  Par exemple, que chacun regarde un peu ce qu’il a eu à souffrir depuis 24 heures.  On va dehors, il fait trop froid; on entre dans la maison, parfois c’est trop chaud; on est mal à l’aise.  Le travail nous a fatigués.  Nous avons peut-être été contrariés, contredits; nous avons eu à souffrir des personnes qui nous entourent, qui ne pensent pas comme nous ou qui ne nous comprennent pas, même si ce sont de saints personnages.

On lit dans la vie de saint Jean de la Croix, pourtant un géant de sainteté, que beaucoup ont eu à souffrir de lui.  C’était inévitable. Cet homme était un réformateur.  Et pensez bien que les réformes qu’il a imposées dans la communauté ont fait souffrir même les religieux qui n’étaient pas mauvais.  Saint Jean de la Croix est entré en scène un peu «comme un cheveu sur la soupe».  Il a dérangé bien du monde.  Mais telle était la Volonté de Dieu.  Et tout ce qui nous fait souffrir est toujours permis par Dieu.  Notre malheur, c’est que nous ne sommes souvent pas assez saints pour voir cette Main de Dieu derrière les souffrances qui se présentent.  Souvent on reconnaît dans nos supérieurs ou dans les gens qui ont bien de la vertu, des gens vraiment guidés par Dieu, des saints, mais ça n’empêche pas qu’ils nous heurtent, qu’ils nous bousculent, qu’ils nous font souffrir.  Je dirais même que le rôle des saints est parfois justement de bousculer pour faire évoluer les âmes, pour les détacher d’elles-mêmes, pour les rendre humbles.

Notre-Seigneur Jésus, notre Modèle par excellence, a voulu passer Sa vie dans des circonstances impossibles.  Humainement parlant, Il aurait bien pu Se révolter contre Dieu quand Il S’est vu naître dans une Crèche.  À supposer que nous aurions été à Sa place, nous aurions dit:  «Ça n’a pas de sens, faire naître un petit enfant, et encore plus un Dieu dans une crèche!  Il fait froid. Il n’y a que des animaux pour Le réchauffer, etc.»  Jésus, en tant qu’homme, aurait eu de quoi Se plaindre.  Mettons-nous à Sa place: dans la pauvreté absolue, accueilli par les plus pauvres parmi les pauvres.

Que ferions-nous, mes frères et mes sœurs, dans des circonstances semblables, nous qui nous disons les disciples de Jésus-Christ?  Est-ce que nous sommes, nous, des petits Jésus dans la Crèche qui ne disent pas un mot, qui acceptent sans se plaindre?  Quand on est vraiment petit et quand on se croit petit, on ne se plaint pas de ceux qui sont autour de nous; on ne se plaint pas des circonstances, parce que l’humilité de cœur fait qu’on considère tout cela comme nous étant dû.

La Rédemption se continue

Plus que le froid, plus que la pauvreté, il y avait une souffrance encore pire pour l’Enfant-Jésus:  c’était celle de savoir que tant de souffrances, tant d’abaissement seraient inutiles pour des légions d’âmes qui ne voudraient pas en profiter.  Encore selon notre manière humaine de voir, Jésus aurait bien pu dire à Son Père:  «J’endure toutes ces souffrances pour rien, parce qu’il y a des multitudes d’hommes qui vont rejeter les grâces que Je leur mérite.  Vous Me soumettez à la souffrance pour rien, Mon Père!»  Mais non, Notre-Seigneur, bien que sachant tout cela à l’avance, n’a pas reculé devant la souffrance. Il a déjà révélé à plusieurs saintes âmes que pour une seule âme, Il aurait volontiers souffert toutes les souffrances de Sa vie et de Sa sainte Passion.  Et l’on peut ajouter que même si aucun homme n’avait profité de l’Incarnation et des souffrances de Jésus-Christ, Il S’y serait quand même soumis, pour accomplir la sainte Volonté de Son Père.  Jésus aimait la Volonté de Dieu, Il l’adorait.  Et mettant de côté toute considération, Il S’est fait obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix.(7)

Le bon Dieu a des volontés bien précises sur chacun de nous aussi, mes frères et mes sœurs.  Parfois cette divine volonté nous paraît pesante, terrible, parce qu’on la comprend trop bien; et on se révolte contre cette Volonté de Dieu.  Il ne faut pas agir ainsi.  Il faut accepter entièrement ce que Dieu veut, à quelque prix que ce soit, mais toujours se rappeler qu’avec Dieu tout est possible, qu’avec l’amour tout devient léger.  Et aussi se rappeler qu’à chaque jour suffit sa peine.(8)  Il ne faut pas envisager toute notre vie à la fois, mais jour après jour, minute après minute.  Ainsi tout devient plus léger.  Mon joug est doux et Mon fardeau léger, dit Notre-Seigneur.(9)

Selon le plan de Dieu, il n’y avait pas que Son Fils Jésus qui devait souffrir pour opérer la Rédemption.  Sur la terre, mes frères et mes sœurs, il y a des êtres qui sont choisis pour accomplir des missions de Dieu; ils doivent les accomplir coûte que coûte.  D’ailleurs, tout chrétien doit être corédempteur.  J’achève en ma chair ce qui manque à la Passion du Christ, dit saint Paul.(10)  La Rédemption, Dieu veut l’accomplir par chacun de nous.  Il veut faire de chacun de nous des corédempteurs, principalement par l’anéantissement de nous-mêmes, par l’humilité.  Jésus nous demande de descendre.  Il faut descendre comme Jésus dans la Crèche, accepter de descendre aux yeux de tous, devenir petits comme des grains de sable qui peuvent être foulés aux pieds ou maniés au gré de la Providence, comme le petit Jésus.  Autrement nous ne serons jamais des instruments dans les mains de Dieu.

Devenir petits

Comme ce mystère de Noël est sublime! Comme nous avons besoin de le méditer, de le faire passer dans nos vies en toutes circonstances, et puis de l’enseigner!  Il faut supplier Dieu de nous faire pénétrer ce grand mystère. La science des choses de Dieu est un don; elle vient de l’intérieur.  Il y a bien des personnes ignorantes, mais humbles et fidèles, qui ont reçu cette science.  Parfois ces personnes savaient à peine lire et écrire, mais elles étaient pour ainsi dire des génies, d’une certaine manière, parce qu’elles avaient compris, dans leur âme, l’essence du christianisme.  Ce n’est pas peu de chose que de saisir l’essence d’une question.  Quand même je dirais beaucoup de paroles ici, si le bon Dieu n’éclaire pas vos âmes, toutes les paroles ne servent de rien.  Si le Saint-Esprit ne nous accorde pas une grâce de compréhension du mystère de Noël, les plus beaux discours nous laisseront vides.

Nous pourrions dire que l’essence du mystère de Noël, c’est l’humilité infinie, incompréhensible, d’un Dieu qui S’abaisse autant qu’il est possible de s’abaisser.  Et par conséquent, il nous faut comprendre que nous, chrétiens, nous devons mettre toute notre application, notre ambition à devenir petits, principalement en acceptant toutes les humiliations que Dieu nous enverra par les personnes et les circonstances.

On se demande pourquoi les humains trouvent tellement difficile de s’humilier, alors qu’ils ont tant de raisons de le faire.  Que de choses nous avons à nous reprocher dans la vie!  Pour ma part, j’ai énormément de choses à me reprocher, et je ne le dis pas par fausse humilité.  C’est la vérité.  Mais je demande au bon Dieu de toujours accepter Sa sainte Volonté sur moi, pour me purifier de mes fautes et me faire gagner le Paradis.  Accepter cette Volonté, parfois cela fait mal; on ne peut pas le nier.  Nous serions des menteurs si nous disions le contraire.  Ça nous fait mal, ça nous crucifie, ça mortifie l’amour-propre de se faire rapetisser…  Mais c’est le chemin nécessaire.  Tout le temps de Sa vie, Notre-Seigneur a exalté l’humilité; Il l’a exaltée au point de la faire une condition de salut:  Si vous ne devenez comme de petits enfants, a-t-Il dit, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux.(11)  Ailleurs Il dit:  Celui qui veut être le plus grand parmi vous, qu’il se fasse le serviteur de tous.(12)  Et encore:  Les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers.(13)

La pauvreté bien acceptée est aussi une forme d’humilité.  Et c’est pourquoi Notre-Seigneur l’a béatifiée:  Bienheureux les pauvres, a-t-Il dit, car le Royaume des cieux est à eux.(14)  C’est humiliant d’être pauvre.  Il faut demander… dépendre des autres… souvent passer pour pas très intelligent, pour une personne qui ne sait pas s’organiser, se débrouiller.  Mais comme c’est bienfaisant et profitable à l’âme qui l’accepte de bon cœur!

Être sans droits

Si l’on savait laisser faire le bon Dieu et se soumettre à ce qu’Il permet dans nos vies, comme nous avancerions vite!  Souvent, dans Sa bonté et Sa miséricorde, le bon Dieu organise tout dans nos vies pour nous faire descendre à la Crèche, parce que c’est là que commence le mystère de la Rédemption.  Elle s’est terminée au Calvaire, mais elle a commencé à la Crèche.  Et c’est là que le bon Dieu veut que nous commencions.  Devenir petits, tout petits, dépouillés de l’estime de nous-mêmes:  c’est la base.  Et tant qu’on n’entre pas dans le jeu de Dieu, on est révolté.  On se révolte contre les personnes, contre les circonstances, on critique sur tout; on est perpétuellement insatisfait.

Si nous avions l’humilité, si nous étions des petits enfants semblables au petit Jésus de Bethléem, nous comprendrions que nous ne sommes que des pauvres qui n’ont rien, qui sont sans droits.  Le véritable chrétien se considère comme étant sans droits, d’une certaine manière, parce qu’il veut imiter son divin Maître qui Lui, a abdiqué tous Ses droits pour l’amour de nous.

De quel droit, dites-moi, réclamons-nous l’estime, l’honneur, les richesses, la santé, etc.?  Y a-t-il dans l’Évangile un seul passage prouvant que ce sont là les droits des chrétiens?  Le véritable chrétien est un homme qui se considère sans droits…  Je veux dire que le chrétien comprend que tout lui est grâce de Dieu, miséricorde de Dieu.  Tout lui est prêté.  Si Dieu en décidait ainsi, tout pourrait lui être enlevé et ce ne serait pas une injustice.  Voilà ce que c’est que d’être chrétien. Il faudrait être prêt à donner sa vie pour cette doctrine, à verser son sang si c’était nécessaire.  Il faut en demander au bon Dieu la grâce.  Chers frères et sœurs, nous qui nous disons chrétiens, nous qui disons avoir compris le christianisme, comment le vivons-nous?  Sommes-nous prêts à cela?

Voulons-nous faire plaisir au petit Jésus?  Eh bien! offrons-nous à Lui pour aller avec Lui à la Crèche, en L’adorant dans Sa sainte Volonté.  Demandons à l’Enfant de la Crèche cette grâce, cette faveur insigne, ce privilège des âmes prédestinées, de devenir de petits enfants, tout petits.  Demandons-le pour chacun d’entre nous, car c’est à partir de cette humilité authentique que se vivra vraiment en nous le mystère de la corédemption.  C’est aussi à partir de cette humilité que se fera la rénovation de l’Église et le salut des âmes.

Noël est un jour où Dieu Se plaît à accorder des faveurs toutes spéciales.  Demandons-Lui cette humilité et cette acceptation amoureuse de Sa sainte Volonté sur nous.  Devenir petits est une des plus grandes faveurs que nous puissions obtenir.  Quand nous l’aurons, la vie changera complètement d’aspect pour nous.  En effet, le jour où l’on accepte de n’être plus rien aux yeux de personne et à ses propres yeux, tout change.  Rien ne nous trouble, rien ne nous attriste, parce que l’on considère que rien ne nous est dû.

À Noël, durant la Messe de Minuit, demandons ces grâces à Jésus-Enfant, par l’intercession de la très Sainte Vierge Marie, qui a si bien compris le mystère de Noël et sa leçon d’humilité.  La très Sainte Vierge, l’Immaculée, qui n’a jamais commis la moindre faute, a été la plus humble des créatures, Elle S’est faite la servante de tous.  Demandons-Lui de nous faire comprendre qu’à plus forte raison, notre place à nous, pauvres pécheurs, est dans la poussière, sous les pieds de tous.

Ce sermon de Noël a été publié dans la Revue Magnificat, Décembre 2017

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  1.    Si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux.  Parole de N.-S. Jésus-Christ, S. Matth. 18, 3
  2.    Phil. 4, 13
  3.    I S. Jean 2, 15
  4.    S. Luc 2, 12
  5.    Cf. S. Jean 13, 15
  6.    S. Jean 15, 5
  7.    S. Paul, Phil. 2, 8
  8.    S. Matth. 6, 34
  9.    S. Matth. 11, 30
  10.    Col. 1, 24
  11.    S. Matth. 18, 3
  12.    S. Marc 9, 34
  13.    S. Matth. 20, 16
  14.    S. Matth. 5, 3
Crèche de la Nativité, Monastère des Apôtres, Mont-Tremblant Québec
«Quand Jésus est né, oh! comprenez, si vous le pouvez, les adorations, les hommages, les attentions de Marie. Adorez Jésus dans Ses bras.  Quel bel ostensoir!  Il a été travaillé avec art par le Saint-Esprit…  Oh! oui, l’Eucharistie commence à Bethléem et dans les bras de Marie:  Elle est l’ostensoir du Verbe naissant.» Saint Pierre-Julien Eymard