Ce qui plaît le plus à
Dieu
par Père Mathurin de la Mère de Dieu
À quelques-uns qui, se prenant pour des
justes, mettaient en eux-mêmes toute
leur confiance et couvraient les autres de
mépris, Jésus dit cette parabole:
«Deux hommes montèrent au Temple
pour prier, un Pharisien et un Publicain.
«Le Pharisien, debout, priait ainsi en lui-
même: “Mon Dieu, je Vous rends grâces
de ce que je ne suis pas comme les autres
hommes, qui sont voleurs, injustes et
adultères, ni comme ce Publicain! Je
jeûne deux fois la semaine, je donne la
dîme de tout ce que je possède.”
«Le Publicain, se tenant éloigné, n’osait
pas même lever les yeux au ciel; mais il
se frappait la poitrine, et disait: “Mon
Dieu, ayez pitié de moi, qui suis un
pécheur!”
«Je vous le déclare, celui-ci s’en retourna
justifié dans sa maison; mais pas l’autre.
Ainsi, quiconque s’élève, sera abaissé, et
quiconque s’abaisse sera élevé.»
1
Toutes les paroles de Jésus sont esprit et vie;
elles nous éduquent, nous enseignent, nous
montrent le chemin à suivre. Et toutes les para-
boles de Jésus s’adressent à nous, autant qu’à ceux
qui les ont entendues il y a plus de 2000 ans. La
parabole du Pharisien et du Publicain s’adresse à
des pécheurs qui recherchent sincèrement le che-
min de la vertu. Le Publicain de la parabole était
une âme humble et sincère. Par contre, il y a des
gens qui se disent pécheurs, mais qui facilement,
quand ils pratiquent un peu la vertu, se font une
petite gloire d’avoir accompli de belles et bonnes
choses et ils aiment se comparer aux autres.
Ces faux «humbles» aiment se comparer à leur
entourage, et généralement ils ne se comparent pas
à des plus saints qu’eux-mêmes. On se compare à
quelqu’un près de soi et que l’on considère comme
pas mieux que soi. Ainsi on se console. «Il n’est
pas mieux, il est même pire que moi! Je Vous
rends grâces, mon Dieu, que je ne suis pas aussi
pire qu’untel...» Ce n’est pas formulé comme cela,
ça ressemblerait trop à l’orgueil ridicule du Phari-
sien de la parabole, mais c’est une attitude inté-
rieure équivalente.
Non, nous agissons souvent d’une façon beau-
coup plus subtile, fine, détournée, dans nos compa-
raisons avec le prochain. On compare des
avantages qu’il pourrait avoir par rapport aux
nôtres. Et si on pratique quelques vertus, on se
sent confortable, satisfait. On oublie vite nos petits
manquements... et même les gros manquements.
On les oublie vite. Ou bien, si l’on s’en souvient, on
en est tout abattu, tout découragé. Tout cela n’est
pas le fruit de l’humilité.
Jésus nous présente cette parabole pour nous
faire réfléchir sur nos dispositions intérieures. Il
nous fait voir le Pharisien convaincu de ses vertus,
satisfait de lui-même. De l’autre côté, il nous pré-
sente le Publicain, resté derrière le temple, n’osant
même pas lever les yeux, tellement il se sent
indigne. «Mon Dieu, ayez pitié de moi qui suis un
pécheur.» C’est comme s’il disait: «Comment
puis-je même me présenter devant Vous? J’ai
besoin de Vous. Je viens à Vous parce que j’ai
besoin de Votre miséricorde, de Votre pitié.»
«Je vous le déclare, dit Jésus, celui-ci s’en
retourna justifié dans sa maison; mais pas
l’autre.» Quand Jésus dit «justifié», Il veut dire
«pardonné». Mais, non pas l’autre. «L’autre»,
c’est le Pharisien qui se complaisait dans ses «ver-
tus» et se croyait meilleur que son prochain. Il
n’est pas reparti pardonné, puisqu’il se vantait de
ne pas avoir besoin de pardon. Il est reparti
condamné.
C’est la grande leçon de cette parabole. Il faut
nous humilier, nous reconnaître pécheur, non pas
seulement comme tout le commun des mortels
autour de nous, mais reconnaître particulièrement
notre propre bassesse, nos défauts de toutes sortes.
Se reconnaître, se voir humblement, sous l’œil de
Dieu. Quand ces dispositions entrent bien profon-
dément dans un cœur, sa relation avec le prochain,
quel qu’il soit, devient tout autre. Tout son com-
portement avec le prochain change et se trans-
forme. Quand on réalise et qu’on admet
humblement notre propre misère, malgré tant
d’abondantes grâces reçues de Dieu, on considère
sincèrement son prochain comme bien meilleur
que soi. On réalise que l’on aurait dû faire bien
davantage, et c’est pourquoi on considère les
autres bien au-dessus de nous. Pas seulement des
lèvres, non, mais du cœur. Ce sont des sentiments
réels, des convictions profondes. «Mon Dieu, mon
Dieu, ayez pitié de moi qui suis un pécheur.»
C’est la réaction contraire à celle du Pharisien.
Jésus ne dit pas que les actes de vertu que ce Phari-
sien s’attribuait à lui-même, il ne les avait pas
pratiqués. Il donnait l’aumône aux pauvres, il
observait la loi. Jésus ne dit pas qu’il ne l’a pas
fait. Ce qu’Il blâme, c’est le fait qu’il regardait les
autres avec mépris et était tout imbu de lui-même.
Les paroles du Pharisien ne sont que la manifesta-
tion des mauvaises dispositions de son cœur.
Dans le cœur... c’est là que tout se passe. Et
Jésus voit le fond des cœurs.
Mes frères, mes sœurs, soyons ce Publicain
devant Jésus. Demandons-Lui de nous donner une
réelle conviction de notre misère. Et la conviction
que si nous faisons le bien, c’est seulement par Sa
grâce. Sans Moi vous ne pouvez rien faire, dit
Notre-Seigneur.
2
C’est facile de se dire pécheur,
tout seul, sur le prie-dieu de la chapelle. Mais en
être convaincu, dans le contact pratique avec mon
prochain, c’est bien autre chose. Quand nous
serons réellement convaincus de notre impuis-
sance sans Dieu, de notre nullité sans Son puissant
secours, notre conduite envers les autres deviendra
tout autre.
Ô Jésus, doux et humble de Cœur,
rendez mon cœur semblable au Vôtre!
1.
S. Luc 18, 9-14
2.
S. Jean 15, 5