Jésus, Lumière du monde
par Père Mathurin de la Mère de Dieu
Mes chers frères et
sœurs, c’est dans la joie
que nous fêtons la Résur-
rection de Jésus.
1
Durant
la Semaine sainte, la
Grande Semaine que nous
venons de vivre, nous
avons médité et contem-
plé Jésus dans ce qu’Il a
fait de plus grand pour
nous: mourir sur une
croix. Après avoir vécu
trente-trois ans sur la
terre, Jésus est mort, on
L’a mis au tombeau, et Il est ressuscité. C’est ainsi
qu’Il a répandu Sa lumière.
Je me souviens comment, étant petit garçon, la
cérémonie de la lumière de la Veillée pascale
m’impressionnait énormément. Ce n’est pas au
hasard que l’Église a voulu une cérémonie aussi
forte en images et en symboles pour justement frap-
per les esprits des enfants de tous âges.
Au début de la Veillée pascale, on éteint toutes
les lumières. Tout est dans le noir, dans l’obscurité
et le silence. Puis vous percevez un rayon de
lumière très faible venant du fond de la chapelle,
symbole de Jésus sortant du tombeau. Le prêtre
s’avance portant le Cierge pascal, tandis que le
diacre entonne Lumen Christi, «Lumière du
Christ». Plus le Cierge avance, plus tout devient
lumineux.
Durant la cérémonie, les enfants tendent leur
petit cierge vers la flamme du grand Cierge pascal.
Ensuite, chaque assistant allume sa chandelle au
contact des cierges des enfants. Puis de cierge en
cierge, la flamme se communique à toute l’assem-
blée.
C’est exactement ainsi que cela se passe dans le
domaine surnaturel. Le petit enfant doit faire
l’effort personnel de s’approcher du grand Cierge
pour avoir la lumière. À peine reçoit-il la lumière,
qu’il peut déjà la communiquer à un autre, faisant
lui aussi le geste de tendre son cierge. C’est ainsi
que Jésus Se sert de Ses enfants pour communiquer
la lumière au monde. Mais il y a un geste à poser.
Chacun doit fournir son effort, chacun doit
faire des actes dans sa vie pour recevoir la
lumière offerte, pour recevoir tout l’ensei-
gnement de Jésus.
Jésus est venu de la part de Son Père nous com-
muniquer Son enseignement. Je suis la lumière du
monde. Celui qui Me suit ne marche pas dans les
ténèbres, mais il aura la lumière de la vie.
2
Par
nous-mêmes, nous sommes dans les ténèbres. Qui
de vous n’a jamais expérimenté les ténèbres, l’obs-
curité? Le moindrement que nous laissons Dieu un
peu de côté, nous l’expérimentons. Plus nous nous
éloignons de Lui, plus nous sommes dans les
ténèbres. Pour être dans la lumière, il faut volontai-
rement, comme dans la cérémonie de la Veillée
pascale, s’approcher de Jésus. Nous devons nous
mettre en Son contact, au contact de l’Évangile, au
contact de la prière, au contact de l’Eucharistie, de
la Communion, de la sainte Messe. Ensuite, il faut
garder ce contact avec Dieu pour conserver la
lumière. C’est l’explication de cette belle cérémonie
que nous venons de célébrer.
Jésus, Lumière du monde, est venu, Il a fait
toute Sa part, Il a donné Sa vie sur la croix. La veille
de Sa Passion, Il S’est donné en Eucharistie, en
nourriture. Mais il nous faut faire l’effort de com-
munier dignement, correctement. Ainsi Jésus nous
éclaire, Il illumine notre vie. Notre cierge tout petit
s’allume et nous commençons à distinguer le che-
min.
Comment se fait-il que les gens ne savent pas
trop où ils vont? Approchez-vous de Jésus, vraie
Lumière, et vous verrez le chemin! Mettez-vous en
prière. Mettez-vous au contact de l’Évangile. Appli-
quez-vous à le vivre. Suppliez Jésus qu’Il vous en
donne la grâce, et vous aurez la lumière. Dieu va
guider vos vies. Je vous l’assure, mes frères, mes
sœurs et mes amis. Ceux qui veulent se mettre au
contact de la Lumière et fournissent leur effort per-
sonnel, la reçoivent. Les trois principales voies pour
s’approcher de la lumière sont la prière, la médi-
tation de l’Évangile et la fréquentation des
Sacrements. Jésus l’a voulu ainsi.
Il est ressuscité
comme Il l’a dit
Les chefs, les
pharisiens, les
prêtres avaient peur
de Jésus mort.
Témoins de Ses
miracles, ils se rap-
pelaient qu’Il avait
dit qu’Il ressuscite-
rait. Quand ils
demandèrent à
Jésus: Quel signe
as-Tu à nous mon-
trer pour agir de la sorte? – Détruisez ce temple,
répondit-Il, et en trois jours Je le relèverai.
3
Et à
une autre occasion, les Scribes et les Pharisiens Lui
dirent: Maître, nous voulons de Vous un signe que
nous voyions. – Il ne vous sera donné d’autre signe
que le signe du prophète Jonas. Comme Jonas a été
trois jours et trois nuits dans le ventre d’un poisson,
ainsi le Fils de l’Homme sera trois jours et trois
nuits dans le sein de la terre.
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Les Juifs ont tellement compris que, dès la mort
de Jésus, ils se sont adressés au gouverneur Pilate,
qui représentait l’autorité de Rome en Judée. Ils lui
dirent: «Nous nous sommes souvenus que cet
imposteur a dit, lorsqu’Il vivait encore: Après trois
jours Je ressusciterai. Ordonnez donc que le
sépulcre soit gardé jusqu’au troisième jour, de peur
que Ses disciples ne viennent dérober Son corps et
ne disent au peuple: Il est ressuscité d’entre les
morts. Cette dernière imposture serait pire que la
première.»
5
Il faut garder le mort pour ne pas qu’il
sorte du tombeau! Exaspéré, Pilate leur répond:
«Vous avez des gardes, mettez-les! et ne m’importu-
nez plus.»
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Je vous mets dans le contexte pour vous faire
mieux saisir ce qui s’est passé. Les Apôtres eux, ont
oublié que Jésus a annoncé à plusieurs reprises qu’Il
ressusciterait le troisième jour. Les disciples de
Jésus, Ses amis, Ses proches ont peur, ils se sont
cachés. Mais apparemment, Ses ennemis croient
tellement à la résurrection de Jésus qu’ils font gar-
der le tombeau par des soldats. Jésus avait donné
de nombreuses preuves qu’Il était vraiment le Fils
de Dieu. Bien des signes ont marqué Sa mort, entre
autres un fort tremblement de terre le Vendredi
saint au moment où le Sauveur expira sur le Cal-
vaire. L’Évangile rapporte que de nouveau au matin
de Pâques, la terre tremble violemment.
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Les sol-
dats foudroyés, tombés comme morts de peur,
assistent au spectacle: un Ange brillant comme
l’éclair roule la pierre du tombeau et s’assit dessus.
Remis un peu de leur effroi, les soldats vont jeter
un coup d’œil dans le tombeau et découvrent qu’il
est vide. Jésus était déjà parti quand l’Ange a roulé
la pierre. Les gardes vont se rapporter aux prêtres,
aux autorités juives qui les ont mis en poste, et
racontent ce qu’ils ont vécu. Ils en tremblent encore
de tous leurs membres. Ceux-ci se réunirent en
conseil avec les Anciens du peuple, dit l’Évangile,
et, après avoir délibéré, ils remirent aux soldats
une forte somme d’argent, en leur imposant cette
consigne: «Dites que Ses Disciples sont venus
durant la nuit et l’ont enlevé tandis que vous dor-
miez. Et si le gouverneur vient à savoir quelque
chose, nous le gagnerons et nous vous mettrons à
l’abri de toute peine.»
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Or la loi romaine condamnait à mort ipso facto
toute sentinelle qui dormait au poste. Les soldats
ne savaient peut-être pas lire ni écrire, mais ils
savaient que ce propos mettait leur vie en danger.
«Dire qu’on dormait? On va se faire tuer!» L’Évan-
gile ne relève pas ce détail mais la réponse des
scribes le laisse entendre: «Ne vous inquiétez pas
pour le gouverneur, nous allons nous occuper de lui.
Nous vous donnons de l’argent, nous en avons aussi
pour lui. Tout va s’arranger. Nous connaissons le
gouverneur, cela fait longtemps que nous faisons
affaire avec lui. Vous direz que les Apôtres ont
emporté le corps de Jésus pendant que vous dor-
miez.»
D’abord, quand vous dormez, savez-vous ce qui
se passe? Si les gardes dormaient, comment
auraient-ils pu voir les Apôtres prendre le corps? Et
si les Apôtres l’avaient pris, le gouverneur romain et
toutes les autorités de Jérusalem se seraient mis en
branle pour trouver le cadavre. Pensez-vous qu’ils
les auraient laissé faire si facilement? Et ce propos,
aussi absurde qu’il était, a passé à l’histoire. Le
démon se pense bien fin, mais son affaire est loin
d’être brillante. Le fait d’avoir placé des gardes au
tombeau a fourni une preuve de la vérité de la
Résurrection. S’il n’y avait pas eu de gardes, nous
pourrions dire: Nous n’avons pas de preuves. Mais
nous en avons.
En quelque sorte plus que les Apôtres, ces Juifs
infidèles croyaient à la Résurrection de Jésus.
Voyez jusqu’où peut mener l’endurcissement du
cœur. Malgré des signes évidents on peut s’endurcir
et lutter contre Dieu, parce qu’on ne veut pas Lui
obéir. On veut suivre ses caprices, on veut suivre
son orgueil, sa vanité, et Dieu nous contrarie.
Jésus, la Voie, la Vérité et la Vie
Peu avant de mourir sur la croix, Jésus nous a
dit, à chacun de nous: «Mes petits enfants, Mes
petits garçons, Mes petites filles, si vous voulez être
Mes disciples, renoncez-vous, prenez votre croix
chaque jour, et marchez à Ma suite.»
9
Si Jésus
n’était pas Dieu, ce serait pas mal effronté de dire
une telle chose. Mais Il est Dieu, Il l’a prouvé.
Pour prouver qu’Il est vraiment le Fils de Dieu, Il
annonce Sa Résurrection: «Ils vont Me détruire, Me
tuer, mais Je vais ressusciter.» Saint Paul dit: Si le
Christ n’est pas ressuscité, vaine est votre foi.
10
Si
Jésus n’est pas ressuscité le jour de Pâques, tout ce
qu’Il nous a enseigné ne tient pas. Mes frères, mes
sœurs qui êtes religieux, et vous qui vous êtes dépla-
cés pour venir prier pendant trois jours avec nous, si
Jésus n’était pas ressuscité, vous perdriez votre
temps. Vous auriez pu aussi bien rester chez vous et
avoir du plaisir.
Mais Jésus est ressuscité, et Il est ressuscité
parce qu’Il est Dieu. S’Il est Dieu, Son ensei-
gnement, Ses exemples sont vrais, et nous
sommes tous obligés de les suivre. Dès Sa
naissance, et durant les trente ans qu’Il a vécu
caché, Jésus nous enseigne par Ses exemples, pour
que nous fassions comme Il a fait. Et durant les
trois années de Sa vie publique, Il nous enseigne par
Ses paroles inscrites dans l’Évangile. C’est sérieux.
Nous ne pouvons plus nous amuser. Tout se tient
dans notre religion, il n’y a pas de pièce manquante.
La pièce centrale, nous la voyons aujourd’hui: la
Résurrection de Jésus, preuve suprême de Sa divi-
nité.
Jésus est Dieu incarné. Il a quitté le Ciel et a pris
un corps d’homme pour me montrer le chemin. Je
suis la Voie, la Vérité et la Vie, nous dit-Il. Nul ne
vient au Père que par Moi.
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Nous ne pouvons pas
aller à Dieu, au Ciel, vers l’éternité bienheureuse,
sans suivre Jésus. En ce jour de la Résurrection, un
beau jour de joie, nous parlons encore de la croix, de
la Passion, on ne s’en sort pas. Je vous parle de la
Résurrection, mais tant que nous sommes sur la
terre, nous sommes toujours ramenés à la Passion
de Jésus. Nous aussi, nous sommes appelés à res-
susciter et à participer un jour à Son bonheur. Mais
pour ressusciter nous-mêmes avec Lui, il faut
d’abord Le suivre, non pas seulement pour un petit
bout de chemin, pour s’enfuir ensuite quand les
choses commencent à se corser. Quand cela devient
coûteux, difficile, douloureux, nous serions tentés
de prendre une tangente, de prendre une autre
direction? Non, il faut suivre Jésus jusqu’au bout.
C’est cela notre religion. C’est cela la vérité.
Amour plus fort que la mort
Au petit matin,
Marie-Madeleine
était partie vers le
tombeau de Jésus
avec des aromates,
voulant encore
témoigner son res-
pect pour Lui.
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Tan-
dis que les Apôtres
sont craintifs et les
soldats apeurés,
Marie-Madeleine,
elle, est pleine
d’amour. Arrivée au
sépulcre, trouvant la
pierre déjà roulée, elle se précipite à l’intérieur sans
hésitation. Quand on aime, on n’a pas peur,
on suit, même jusqu’au calvaire. Marie-Made-
leine aimait vraiment. Grande pécheresse convertie
par le Maître, elle est restée au Calvaire. Aucun sol-
dat ne l’a effrayée. Et elle est la première au tom-
beau qu’elle trouve vide.
Les Apôtres aimaient aussi Jésus, mais leur
amour étant trop faible, la peur a pris le dessus.
Madeleine, qui sait où ils se sont cachés, va voir
Pierre et Jean et leur dit: «Ils ont enlevé le Seigneur
du sépulcre, et je ne sais où ils L’ont mis.» Aussitôt
Pierre et Jean courent au tombeau. Jean, arrivé le
premier, est resté à l’entrée du sépulcre, attendant
Pierre qui, plus âgé, courait moins vite. Ce sont de
petits détails qui disent beaucoup. Déjà à ce
moment, Jean reconnaît l’autorité de Pierre, établi
par Jésus chef de Son Église. Il est conscient de la
chute de Pierre, de son reniement; il sait qu’il n’a
pas suivi le Sauveur sur le Calvaire, tandis que lui,
Jean, y était. Il reste humblement à l’entrée, lais-
sant Pierre entrer le premier, par respect pour son
autorité. En voyant le tombeau vide, ils ont vu et ils
ont cru, dit l’Évangile. Ils n’ont pas cru à la Résur-
rection, remarquez-le bien. Ils ont cru à la parole de
Madeleine qui disait que Jésus n’était plus là.
Revenant au sépulcre, Madeleine tout en pleurs
aperçoit deux Anges dans le tombeau. Et se retour-
nant, elle voit Jésus, mais elle ne Le reconnaît pas.
Pensant que c’est le jardinier, elle lui demande: «Si
c’est vous qui L’avez enlevé, dites-moi où vous
L’avez mis, et j’irai Le prendre. Je veux Le voir.»
Jésus lui dit: «Marie!» Le reconnaissant aussitôt,
Marie répond: «Rabonni! Mon Maître, mon Dieu!»
Croyant instantanément, elle se précipite vers
Jésus. Celui-ci la retient: «Ne Me touche pas, garde
ta distance, car Je ne suis pas encore monté vers
Mon Père. Mais va vers Mes frères, et dis-leur: Je
monte vers Mon Père et votre Père, vers Mon Dieu
et votre Dieu.» Va dire à Mes frères, ce mot est
très touchant. Jésus Se servira de ces mêmes mots
quand Il apparaît aux saintes femmes. «Allez dire à
Mes frères que Je vais les précéder en Galilée.»
Les Apôtres demeurent Ses enfants, ils
demeurent Ses amis, comme Il les avait appelés à la
dernière Cène. Mais maintenant que Jésus est res-
suscité, les choses prennent une nouvelle dimen-
sion. Jésus les appelle «Mes frères». Le Maître doit
bientôt partir et eux doivent prendre la relève. Ils
sont Ses Apôtres, ils sont d’autres Christ. Ils
doivent aller enseigner la vérité au monde.
Quand Marie-Madeleine revient annoncer aux
Apôtres qu’elle a vu Jésus, ils ne la croient pas. Ils
ne croient pas non plus les saintes femmes qui
affirment L’avoir vu elles aussi.
«Ne fallait-il pas
que le Christ
souffrît ces
choses?»
Un autre épisode
se passe en cette
même journée de
Pâques. Il s’agit des
«disciples
d’Emmaüs». Ayant
suivi Jésus et vécu en
Sa compagnie si
agréable, ils avaient écouté Sa voix et L’avaient vu
agir. Ils voyaient en Lui l’espérance d’Israël, le Mes-
sie attendu depuis des millénaires. Jésus était leur
espoir, leur amour. Mais le Maître est mort. Ils
L’ont vu condamné, humilié, bafoué, conspué de la
pire manière, montant au Calvaire, crucifié, mis au
tombeau. Pour nos deux hommes, Jésus étant
mort, il n’y a plus rien à faire à Jérusalem. Alors ils
retournent chez eux dans un abattement mortel. Je
vous invite à lire l’épisode raconté dans l’Évangile.
13
Leur histoire vient nous chercher.
En retournant vers Emmaüs, on les voit tristes et
abattus, comme ayant vécu des déceptions à tous les
niveaux. Vous avez déjà vu des gens découragés, au
bord du désespoir? Ils se traînent les pieds, les
épaules arrondies, le soleil ne brille plus. Pour eux,
il n’y a plus rien qui compte, c’est la mort. Les deux
disciples s’en retournent en plein jour, le dimanche
de la Résurrection, dans une tristesse extrême, car
ils ne croient pas encore que Jésus était ressuscité,
malgré les affirmations des saintes femmes.
Chemin faisant, un étranger croise leur route, Se
joint à eux et engage conversation: «Mes bons
amis, vous avez l’air tristes. Qu’est-ce qui vous
arrive?» Cléophas et son compagnon répondent:
«Êtes-vous donc un étranger en Israël? Vous ne
savez pas ce qui s’est passé ces derniers jours? –
Non, quoi donc? – Jésus était un prophète parmi
nous, un homme puissant en œuvres et en paroles.
Si vous L’aviez entendu! quand Il parlait, les foules
vibraient. Nous, nous étions des gens terre à terre,
nous ne vivions que pour la matière. Une fois que
nous avons entendu cet Homme, la terre ne comp-
tait plus pour nous. Nous voulions vivre pour Dieu,
faire quelque chose pour Lui. Nous avons été
témoins des miracles qu’Il opérait. Mais Ses enne-
mis ont réussi à s’en débarrasser. Nous ne compre-
nons pas ce qui s’est passé. Nous Le croyions le Fils
de Dieu, le Messie. Voilà le troisième jour qu’on L’a
tué. Il est mort, tout est fini. – Ô hommes sans
intelligence, leur dit Jésus, ô cœurs lents à croire
tout ce que les Prophètes ont annoncé! Ne fallait-il
pas que le Christ souffrît toutes ces choses, et
qu’ainsi Il entrât dans Sa gloire?»
Et tout en marchant avec eux, Il commence à
développer l’Écriture sainte, citant les prophéties de
l’Ancien Testament. «N’est-ce pas que tel prophète a
annoncé le rejet du Messie par les Siens; qu’Il serait
abandonné, méprisé, humilié, et qu’Il mourrait de la
mort la plus cruelle? Regardez! Tel prophète l’avait
prédit, ainsi que tel et tel autre. Ce Jésus dont vous
parlez a réalisé les Écritures. Il est donc vraiment le
Messie.»
Ils arrivent chez
eux au petit bourg
d’Emmaüs à la fin du
jour; il commence à
faire sombre.
L’Étranger fait mine
de continuer Sa
route. Nos deux
hommes Le
retiennent: «Il fait
nuit. Vous ne pouvez
pas poursuivre votre
route. Entrez souper
chez nous.» Leur
invitation est un peu
intéressée. Ils veulent continuer à se réchauffer le
cœur! Cet homme leur parle tellement bien des
choses de Dieu, ils veulent en entendre davantage.
L’Étranger accepte. Assis au milieu d’eux, Celui-ci
prend le pain et le rompt. L’Évangile dit qu’à ce
moment précis, les disciples ont reconnu Jésus. Ils
avaient été témoins le soir du Jeudi saint de l’insti-
tution de la sainte Eucharistie. Vous imaginez
combien leur cœur a fondu, combien grande a été
leur confusion de se voir en train d’abandonner
Jésus après L’avoir suivi, aimé. Par une miséricorde
immense, Jésus Lui-même caché sous l’aspect d’un
étranger, vient à eux, leur révèle le sens des Écri-
tures. Les disciples ont raconté ensuite: «Notre
cœur était tout brûlant d’amour lorsqu’Il nous par-
lait en chemin et nous révélait le sens des Écri-
tures.»
Mais Jésus n’est déjà plus là, Il est reparti. Se
retrouvant seuls tous les deux, ils repassent ces évé-
nements dans leur esprit. Ces mêmes hommes qui
de jour au grand soleil, avaient marché de Jérusa-
lem à Emmaüs tout abattus, la mort dans l’âme
comme deux condamnés, partent maintenant au pas
de course pour refaire le chemin à l’inverse, en
pleine nuit, séance tenante, dit l’Évangile. Ils s’en
retournent à Jérusalem pour annoncer aux Apôtres:
«Il est ressuscité! Nous L’avons vu! Nous avons
marché avec Lui. Nous avons parlé avec Lui. Il
nous a expliqué les Écritures. Il nous a tout révélé.»
Lorsque la foi des disciples d’Emmaüs a vacillé,
ils ont tout abandonné. En recouvrant la foi, ils ont
tout repris en main. Mes frères, mes sœurs, quand
on a la foi, quand on a l’espérance, quand on a
l’amour en nous, on court, on vole. On ne se traîne
plus les pieds. Pourquoi nous traînons-nous parfois
les pieds? C’est parce qu’on perd la foi, parce qu’on
perd l’amour, on perd l’espérance. On se traîne:
«Ce n’est pas drôle ce que le bon Dieu nous
demande. C’est bien dur. Il nous fait monter au
calvaire.» Mais quand on a la foi, quand on a l’espé-
rance, quand on a l’amour, ce n’est plus pareil. On
entre dans la voie de Dieu, on marche sur Ses traces,
on Le suit avec une ardeur, une volonté, une éner-
gie, et la grâce de Dieu nous porte.
Mes frères, mes sœurs, en ce jour de Pâques,
c’est la grâce que je vous souhaite: la grâce de la
foi, de la vraie foi. Quand on a la foi, on
aime. Quand on a la foi, on espère. Gardez la
foi, mes frères. Augmentez-la. Quand on perd la
foi, on perd tout. On la perd par ses négligences, par
l’habitude du péché, par l’amour et l’attache à ses
petits péchés. Si on ne fréquente pas les Sacre-
ments, ou on les fréquente avec négligence, avec
distraction, indignement, on perd la foi. On ne joue
pas avec les grâces de Dieu.
La Vierge Marie,
Corédemptrice avec
Jésus
En terminant, je vou-
drais ajouter un mot en
l’honneur de notre bonne
Mère du Ciel, la Vierge
Marie. Nous L’avons
accompagnée durant ces
jours dans Sa douleur,
surtout hier, Samedi
saint, spécifiquement
consacré à contempler la
Vierge douloureuse. Son
Fils est mort, Il est au
tombeau, mais Elle demeure. Notre bonne Mère est
là, seule, qui tient l’Église, tandis que les Apôtres
pris de peur se sont tous enfuis. Elle a gardé la foi et
Elle sait que Jésus ressuscitera.
Mais quelle douleur est la Sienne! une
douleur immense, incommensurable, infi-
nie. En ce Samedi saint, Elle porte seule
toutes les souffrances du monde. La Vierge
Marie continue la Rédemption. Elle a la foi,
Elle a l’espérance, Elle a l’amour à son plus
haut niveau.
Jésus est parti, Il S’est fié à Elle. Il savait à qui
Se fier. L’Évangile ne le rapporte pas mais on peut
croire que la toute première manifestation de Jésus
a été pour Sa Mère. S’il y avait une personne heu-
reuse le dimanche de la Résurrection, c’était la
Vierge Marie. Elle a exulté davantage de joie, parce
que c’est Elle qui avait le plus souffert, en suivant
Son Fils sur Son chemin de douleur, Son chemin de
croix.
À la Vierge Marie, en ce jour de Pâques, toute la
louange, toute la gloire qu’Elle mérite. Elle a porté
l’Église, Elle a porté la croix, Elle a continué de souf-
frir. Jésus le Lui rend bien aujourd’hui, Il Lui
donne un réconfort qui dépasse toute conception
humaine. L’Évangile n’en dit rien. La Vierge Marie
S’est effacée. Quand Elle Le voit ressuscité, ce Fils
qu’Elle a vu mourir et dont Elle a tenu le cadavre,
quelle joie est la Sienne! Quel drame douloureux
Elle a vécu avec Son Fils, ce qu’Elle a souffert après
la mort de Son Jésus! Maintenant Il est ressuscité!
Nous Vous demandons, Sainte Vierge Marie,
Notre-Dame de la Résurrection, la grande grâce de
la foi. Nous Vous la demandons pour nous-mêmes,
et pour tous nos frères et sœurs.
La foi, fondement de l’édifice
surnaturel
Le jour de la Résurrection, l’Église nous recom-
mande, et avec beaucoup de raison, de demander la
foi. La foi est le fondement de tout l’édifice surnatu-
rel. Nous allons offrir ce saint Sacrifice de la Messe
pour demander ce don immense de la foi. Que rien
ne nous arrête. Que nous croyions vraiment que
Jésus est Dieu.
La vraie foi nous rend agissant. Une foi qui ne
fait pas agir est une fiction. La foi sans les œuvres
est une foi morte,
14
dit saint Jacques. Si je dis que je
crois, et que je n’agis pas, est-ce que j’ai la foi? non.
Ce ne sont que de vains mots. La vraie foi nous fait
agir. Si nous croyons que Jésus est le Fils de
Dieu, il nous faut Le suivre, il faut marcher
sur Ses traces, suivre Son chemin de croix,
Sa voie douloureuse. Il faut monter au calvaire avec
Lui.
Durant cette messe pascale, demandons la grâce
de la foi, d’être vrais, de vivre pleinement cette foi.
La foi n’est pas très répandue aujourd’hui. Il n’y en
a pas beaucoup sur cette terre, malheureusement,
même parmi les chrétiens et peut-être parmi nous,
qui ont une foi vraie et agissante, une foi qui les fait
suivre ce chemin du calvaire. Nous devons être
vrais devant Dieu. C’est la grâce que nous allons Lui
demander, ce don suprême de la vraie foi qui va
nous mettre en mouvement, pour vraiment suivre
Jésus.
Tandis que Jésus va S’immoler dans mes mains
sur l’autel, faisons ensemble cette prière pour tous
nos frères et sœurs de la terre, pour toutes les âmes
de bonne volonté. Voyez les disciples d’Emmaüs, ils
étaient de bonne volonté, ils n’étaient pas méchants.
Mais ils perdaient la foi et étaient en train d’aban-
donner Jésus. Faisons une prière attentive, une
prière d’Église, pour demander ce don de la foi pour
toutes les âmes de bonne volonté. Une quantité
d’âmes sont rendues plus loin que les disciples
d’Emmaüs dans leur abandon de la foi. Ces gens ne
sont pas méchants, ils n’ont peut-être pas mauvaise
volonté, mais ils ont abandonné le chemin de la foi.
Demandons ce don de la vraie foi qui va nous mettre
nous-mêmes et nos frères et sœurs sur le vrai che-
min. C’est cette grâce inestimable que je vous
souhaite et que nous allons demander.
1.
Sermon donné le dimanche de Pâques.
2.
S. Jean 8, 12
3.
S. Jean 2, 19
4.
S. Matth. 12, 39-40; S. Luc 11, 29-30
5.
S. Matth. 27, 62-64
6.
Les Grands-Prêtres avaient une garde à leur
disposition pour le service du Temple. Pilate
les autorisa à s’en servir pour leur dessein.
7.
S. Matth. 27, 62-66; 28, 11-15
8.
S. Matth. 28, 12-14
9.
S. Matth. 16, 24; s. Marc 8, 34; S. Luc 9, 23;
S. Luc 14, 27
10.
I Cor. 15, 14
11.
S. Jean 14, 6
12.
Cf. S. Jean 20, 1-18
13.
S. Luc 24, 13-35
14.
S. Jacques 2, 26