Mère de Dieu et notre
Mère
par Père Mathurin de la Mère de Dieu
C’est avec beaucoup de joie au cœur que nous
sommes réunis ici pour célébrer la fête de la Mater-
nité divine de Marie, Mère de Dieu et notre Mère.
Un peu d’histoire
Dès les tout premiers siècles de l’Église, c’était
la coutume d’appeler la Sainte Vierge la Mère de
Dieu, et de L’invoquer sous ce titre. Mais très tôt
aussi, le diable s’est attaqué à cette prérogative de
la Sainte Vierge: la Maternité divine, faveur la plus
extraordinaire qui pouvait être accordée à une créa-
ture. Le privilège insigne d’être conçue sans la
tache du péché originel fut octroyé à Marie précisé-
ment parce qu’Elle devait devenir la Mère de Dieu.
Vers l’an 428, l’hérésiarque Nestorius fut placé,
par intrigue, sur le siège patriarcal de Constanti-
nople. Nestorius prônait qu’en Jésus-Christ il y a
deux personnes: une personne humaine et une
personne divine. Selon lui, c’était la personne
humaine de Jésus qui s’était incarnée et qui avait
souffert, tandis que Sa personne divine était restée
au ciel. Or, la foi nous enseigne qu’il y a deux
natures en Jésus-Christ: la nature humaine et la
nature divine, mais dans la seule et même personne
du Fils de Dieu.
L’hérésie de Nestorius sur la Personne de
Jésus-Christ attaquait, du même coup, la très
Sainte Vierge Marie dans Sa Maternité divine. Elle
n’était pas la Mère de Dieu, prétendait-on, Elle
n’était Mère que de la personne humaine de Jésus.
L’Église condamna cette hérésie. Voici en quelles
circonstances:
Un jour, un prêtre de Nestorius professa ouver-
tement qu’il y avait deux personnes en Jésus-
Christ. À la suite de ce sermon erroné, il se fit une
grande division dans la ville de Constantinople.
L’Empereur et la haute bourgeoisie prenaient parti
pour Nestorius, mais le petit peuple s’y opposait,
réalisant que cet enseignement n’était pas
conforme à la croyance chrétienne.
Les propos hérésiarques de Nestorius furent
alors combattus par plusieurs saints personnages,
notamment par saint Cyrille, patriarche d’Alexan-
drie, qui écrivit plusieurs lettres pour réfuter
l’erreur. La situation s’étant envenimée, on convo-
qua un Concile à Éphèse. C’était en 431. Ce
Concile déclara, avec saint Cyrille d’Alexandrie que
«si quelqu’un ne confesse pas que l’Emmanuel (le
Christ) est vraiment Dieu et que, pour cette raison,
la Sainte Vierge est vraiment Celle qui a enfanté
Dieu – car Elle a donné le jour selon la chair au
Verbe incarné issu de Dieu – qu’il soit anathème.»
Les conciles généraux suivants ont répété et
confirmé cette doctrine.
Notre Mère
Nous nous sentons toujours un peu handicapés
lorsque nous voulons parler des grandeurs de
Marie. Notre raison a peine à s’approcher des
grands mystères accomplis en Elle. Le plus tou-
chant, c’est de pouvoir dire en vérité: «Mère de
Dieu et notre Mère». Sur la croix, Jésus nous a
donné la Sainte Vierge pour Mère lorsqu’Il a dit à
l’apôtre saint Jean: «Voilà votre Mère », et à la
très Sainte Vierge: «Voilà Votre fils».
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Marie est la Mère de Jésus-Christ qui est la Tête
du Corps Mystique, et tous les chrétiens sont les
membres de ce Corps, comme le dit saint Paul.
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Or,
les mères n’enfantent pas seulement la tête, mais le
corps tout entier. Si donc la Sainte Vierge est la
Mère de Jésus, Tête du Corps mystique, Elle est
aussi la Mère de tous les membres de ce Corps. Ce
ne sont pas là de simples figures de style, mais la
réalité. Nous sommes véritablement les enfants de
Marie. Elle est notre Mère.
Aussi vilain que je puisse être ou aussi ingrat
parfois, la Sainte Vierge est ma Mère! Elle a pour
moi les prévenances maternelles qu’Elle avait pour
Jésus. Elle S’intéresse au sort de tous Ses enfants.
Bien sûr, nous ne sommes pas sur le même pied
que Jésus-Christ, mais nous sommes les frères et
les sœurs de Jésus-Christ, les héritiers de Dieu et
cohéritiers du Christ,
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comme le dit saint Paul.
Nous sommes donc à plusieurs titres les enfants de
Marie.
Nous avons pour Mère Celle qui est la Mère de
Dieu: il faut vraiment profiter au maximum de cet
immense privilège. Notre Mère est toute-puis-
sante, Elle a sur Dieu un pouvoir de Mère. Nous
pouvons Lui demander tout ce dont nous avons
besoin. Elle intercédera pour nous auprès de
Jésus: «Tu es Mon Fils, Mon petit Jésus, mais J’ai
d’autres enfants et eux, ils sont dans la misère. Ce
n’est pas drôle, ils en ont des infirmités!» Jésus sait
tout cela, mais quand la supplique vient par la
bouche de Sa Mère, Il ne peut refuser la grâce.
Mes frères et mes sœurs, cette vérité doit nous
encourager à avoir un recours constant à Marie.
Savons-nous vraiment profiter du pouvoir que nous
avons entre les mains, aussi misérables et impar-
faits que nous puissions être?
Des livres complets ont été écrits sur la dévo-
tion des trois Ave Maria. De nombreuses pages
relatent la conversion miraculeuse de scélérats, de
bandits, de gens de rien qui reniaient et blasphé-
maient Dieu, qui L’ont piétiné délibérément et qui,
pire encore, entraînaient d’autres âmes dans le
péché. Pourtant la Sainte Vierge les a sauvés.
Pourquoi? Parce qu’à cause d’une promesse faite à
maman ou à un ami, ces misérables sont restés
fidèles à réciter trois Ave par jour. Si Marie a dai-
gné faire des prodiges en considération d’une petite
pratique de dévotion parfois bâclée, imaginez ce
qu’Elle fera pour Ses enfants qui L’aiment vraiment
et qui, malgré toutes leurs misères, recourent
constamment à Elle. Que ne fera-t-Elle pour ces
âmes! De quelles grâces ne les comblera-t-Elle
pas?
Il faut mettre en pratique ce recours à Marie
pour en expérimenter les effets. Certains craignent
que la dévotion à Marie porte atteinte au culte que
nous devons à Jésus. C’est bien mal comprendre
cette dévotion. Il n’y a pas de rivalité dans le ciel.
Ce n’est pas comme sur la terre où, si l’intérêt est
porté vers une tierce personne, on se sent parfois
brimé, on a tendance à devenir jaloux. Au ciel, c’est
tout le contraire: plus la Sainte Vierge est honorée,
priée, plus Jésus Son Fils est content. Elle est la
Médiatrice de toutes grâces, Celle qui intercède
entre nous et Son divin Fils. Bien plus, c’est le désir
de Jésus-Christ, c’est Sa Volonté que nous passions
par Marie, car Il L’a établie dispensatrice de Ses
grâces.
La véritable dévotion
La véritable dévotion à la très Sainte Vierge
consiste surtout en l’imitation de Ses vertus. C’est
vrai que Marie a été conçue sans péché et que, par
conséquent, la pratique de la vertu Lui était plus
facile qu’à nous. Cependant, Elle a vécu des situa-
tions incomparablement pénibles et Son accepta-
tion de la douleur a prouvé au bon Dieu à quel
point Elle L’aimait. Malgré Son exemption du
péché originel, Elle conservait Sa liberté et aurait
pu ne pas correspondre aux inspirations de Dieu.
Si nous aimons la très Sainte Vierge, nous
devons chercher à découvrir Ses qualités, Ses senti-
ments profonds afin de les imiter. Qu’a fait ma
bonne Mère lorsqu’Elle vivait ici-bas? Comment
S’est-Elle comportée? Très peu de passages de
l’Évangile parlent de la Sainte Vierge: il faut bien
les méditer, les pénétrer pour découvrir notre
Mère. Elle conservait toutes ces choses dans Son
cœur.
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Dans la liturgie, l’Église nous fait lire l’Évangile
de la perte de l’Enfant-Jésus au Temple.
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Nous
voyons saint Joseph et la très Sainte Vierge retour-
nant de Jérusalem à Nazareth, cheminant chacun
de leur côté, et chacun pensant que Jésus était en
compagnie de l’autre. Après une journée de
marche, Marie et Joseph s’aperçoivent que Jésus
n’est pas avec eux. Pendant trois jours d’intermi-
nables angoisses, ils cherchent leur Jésus. La Mère
de Dieu ne sait plus où est Son Dieu incarné, Son
Fils! Elle cherche Son Trésor sans savoir si Elle
finira par Le trouver. La Sainte Vierge vit dans un
grand mystère, une douleur indicible. Et le bon
saint Joseph, comme il a dû souffrir lui aussi!
Enfin, la Mère des Douleurs arrive dans le
Temple et aperçoit Son Jésus! Mon Fils, pourquoi
avez-Vous agi de la sorte avec nous? Votre père et
Moi, nous Vous cherchions tout affligés! La
réponse de Jésus n’était pas, selon nos critères, de
nature à mettre du baume sur la plaie: Pourquoi
Me cherchiez-Vous? Ne saviez-Vous pas que Je
dois être aux choses de Mon Père? Et l’Évangile
conclut en disant: Mais ils ne comprirent pas cette
parole qu’Il leur avait dite.
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Les mots sont forts! La
très Sainte Vierge qui connaît Son Fils plus que
n’importe qui n’a jamais connu Jésus, ne compre-
nait pas!
Tirons de cet épisode une leçon concrète pour
nous, mes frères et mes sœurs. La très Sainte
Vierge avait une sagesse sans mesure, Elle n’avait
jamais offensé le bon Dieu, et cependant Elle dut
souffrir cette épreuve sans comprendre. Et nous
qui sommes des êtres très bornés, qui offensons le
bon Dieu, nous voudrions tout comprendre ce qui
se passe dans nos vies. Dès qu’il nous arrive des
événements pénibles que nous ne comprenons pas,
nous nous posons des tas de questions: «Pourquoi
ceci? Pourquoi cela?» Nous nous mettons à dissé-
quer la contrariété qui nous fait souffrir, l’événe-
ment providentiel qui traverse notre chemin.
Au lieu de nous taire et d’accepter humblement
la souffrance, nous nous mettons à murmurer, ce
qui peut aller jusqu’au blasphème. Nous voulons
tout comprendre, tout analyser. Pourquoi? Parce
que «le moi» a été contrarié et que nous n’aimons
pas assez le bon Dieu pour accepter ce qu’Il nous
présente. On perd la paix de l’âme et parfois pour
un bon moment... Mes frères et mes sœurs, dans
ces situations pénibles, pensons à la Sainte Vierge,
demandons-Lui de nous donner Ses dispositions
d’âme.
Ce n’est pas sans raison que cet épisode a été
relaté dans l’Évangile. La Sainte Vierge l’a vraisem-
blablement raconté à saint Luc pour qu’il l’écrive et
que l’exemple nous serve de leçon. C’est un peu
comme si la Sainte Vierge nous disait: «Vous
voyez, Moi, Je suis la Mère de Dieu et avec tous les
grands privilèges que Dieu M’avait accordés, Je ne
comprenais pas. Et vous?...» Le bon Dieu ne veut
pas que nous comprenions tout, Il veut que nous
marchions dans la foi, comme notre sainte Mère
qui a poursuivi Son chemin en silence.
Cet Évangile doit être pour nous un sujet de
grande méditation, de prise de conscience: tout ce
qui arrive dans nos vies est permis par Dieu, d’une
façon ou de l’autre. Il faut l’accepter en silence:
silence de paroles et silence de cœur surtout. Pour-
quoi tant de plaintes, tant de murmures? Jésus
nous dit que c’est du cœur que vient le péché.
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Ce
qui sort de notre bouche est un faible reflet de tout
ce qui se passe au dedans, parce qu’il y a beaucoup
de contrariétés que nous n’acceptons pas de bon
cœur.
Je suis vraiment reconnaissant à l’Église de
nous avoir présenté cet Évangile de la perte de
l’Enfant-Jésus à l’occasion de la fête de la Maternité
divine de Marie, comme si c’était cette circonstance
qui nous révélait le plus l’âme de la Mère de Dieu.
Il existe beaucoup de révélations sur la vie cachée
de la très Sainte Vierge, mais l’exemple illustré par
cet Évangile est plus fort que tout.
Marie est Celle que Jésus aime le plus, Il ne
peut rien Lui refuser et pourtant, par Son «esca-
pade», Il Lui a servi un traitement qui nous semble
très dur. Corédemptrice avec Son Fils, Elle devait
porter bien des souffrances. Si nous voulons être
des sauveurs d’âmes, il nous faut aussi accepter la
souffrance, sans comprendre.
Mes frères et mes sœurs, encourageons-nous à
pratiquer le recours à Marie. Elle est prompte à
nous accorder ce que nous Lui demandons. Sup-
plions la très Sainte Vierge, en ce jour de Sa Mater-
nité divine, jour où Elle nous donne une si grande
leçon d’humilité, de nous aider à comprendre la
nécessité de cette indispensable vertu de foi.
Qu’Elle nous obtienne surtout de vivre dans l’humi-
lité. Elle fera des miracles pour nous si nous avons
recours à Elle avec instance. Elle tient dans Ses
bras Son Fils, la Toute-Puissance même. Elle est la
Mère de Dieu et notre Mère!
1.
S. Jean 19, 26-27
2.
I Cor. 12, 12-27
3.
Rom. 8, 17
4.
S. Luc 2, 51
5.
S. Luc 2, 41-52
6.
S. Luc 2, 48-50
7.
Cf. S. Matth. 15, 19