Pour préparer la
venue de Jésus
par Père Mathurin de la Mère de Dieu
Je voudrais vous dire quelques mots à l’occa-
sion du saint temps de l’Avent, période pendant
laquelle les chrétiens doivent se préparer spiri-
tuellement à la grande fête de Noël.
Dans la liturgie, le premier dimanche de
l’Avent ouvre une nouvelle année liturgique. Le
Cycle liturgique a pour but d’inviter les chrétiens
à graviter autour des grands mystères de la vie de
Jésus, tout au long d’une année. On peut ainsi
revoir et contempler tous les plus grands mys-
tères de la vie de Jésus et de Sa sainte Mère et en
approfondir le sens.
Quand une nouvelle année liturgique com-
mence, c’est donc l’occasion d’un nouveau recom-
mencement. Comme notre vie sur la terre doit
être, en quelque sorte, un perpétuel recommence-
ment. Tous les jours, chaque matin quand nous
commençons notre journée, il faut s’y mettre avec
ardeur, comme si c’était la première journée que
nous entreprenions le service de Dieu.
Il n’est pas rare de commencer avec élan et
enthousiasme, mais au fur et à mesure que le
temps passe, que la routine et les contrariétés se
font sentir, l’élan est porté à diminuer... C’est
pourquoi il faut se remettre à la tâche continuel-
lement, se remettre avec entrain, avec cœur,
même si cet entrain n’est pas ressenti.
Quand ils enseignent aux débutants dans la
vie de perfection évangélique, les maîtres de la
vie spirituelle les exhortent toujours à fixer très
haut leur idéal. «Visez haut, très haut, disent-ils,
parce qu’avec le temps, l’enthousiasme tend à
diminuer; la nature nous entraîne vers le bas.»
Cela me rappelle une anecdote: un certain
petit garçon avait l’habitude de faire son signe de
croix de manière très déployée et exagérée. Son
père lui demande un bon jour: «Qu’est-ce qui
t’arrive, mon p’tit gars? Pourquoi cet immense
signe de croix? – Je me suis aperçu, dit le petit,
qu’en vieillissant presque tout le monde fait rape-
tisser le signe de croix et il devient tout petit.
Alors je me dis qu’en le faisant très grand mainte-
nant, peut-être que je le ferai juste bien quand je
serai plus vieux!»
Ce n’est qu’une histoire, mais elle illustre un
peu notre tendance vers le moindre effort, vers la
facilité. Ceux qui ont déjà tiré à l’arc, et même au
fusil, savent que pour atteindre la cible, il faut
viser un peu plus haut parce que la trajectoire du
projectile va toujours vers le bas. Cette loi de la
gravité existe même dans l’ordre spirituel. Mais
dans l’ordre spirituel, il y a heureusement de
puissants moyens pour y remédier.
Le temps de l’Avent, par exemple, est un
temps pour réajuster le tir, un temps pour réfor-
mer ce qu’il y a de défectueux dans notre vie. Ce
mot de réforme nous fait un peu peur... et pour-
tant c’est une nécessaire réalité: il faut toujours
se réformer, réajuster notre vie pour qu’elle soit
de plus en plus conforme à la Volonté de Dieu.
C’est ce que prêchait saint Jean-Baptiste, le
Précurseur de Jésus Sauveur: Préparez les voies
du Seigneur, redressez devant Lui les sentiers.
Que toute vallée soit comblée; que toute mon-
tagne et que toute colline soient abaissées. Que
les voies tortueuses deviennent droites, que les
raboteuses soient aplanies: Alors tout homme
verra le salut qui vient de Dieu.
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Tout le ministère, toute la mission de saint
Jean-Baptiste se résume à cette préparation des
voies du Seigneur. Sa vie, ses énergies, sa sain-
teté, son don de prophétie sont consacrés, desti-
nés à cette grande mission. Et de quelle façon
saint Jean-Baptiste prépare-t-il les voies du Sei-
gneur? En prêchant un baptême de pénitence.
Pour voir le salut qui vient de Dieu, saint
Jean-Baptiste nous exhorte donc à faire péni-
tence. Et de quelle façon? La grande pénitence à
laquelle il nous invite, c’est l’ajustement de notre
vie à la Volonté de Dieu. Il nous invite à nous
détacher de tout ce qui est contraire à Dieu, de
tout ce qui est tortueux dans nos vies, de tout ce
qui ne va pas en droite ligne vers Dieu. Il est
venu enseigner la pénitence, la réforme des
cœurs. Parce que c’est le cœur qui pèche; c’est le
cœur qui s’éloigne de Dieu et qu’il faut réorienter.
Préparez les voies du Seigneur... C’est l’invi-
tation que je veux vous faire pour l’Avent, et cette
invitation en est une au renoncement, parce que
Jésus a dit: Si quelqu’un veut venir après Moi,
qu’il renonce à lui-même, et qu’il porte sa croix
tous les jours, et qu’il Me suive.
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Cela veut dire
d’abord renoncer au péché, à tout ce qui offense
Dieu, à ce qui Lui déplaît dans notre vie. Renon-
cer à nos caprices, à nos sensualités.
Après les quatre semaines de l’Avent, nous
célébrerons la belle grande fête de Noël. Mais
pour reconnaître l’Enfant-Jésus, pour qu’Il Se
manifeste à nous, il nous faut, mes frères et
sœurs, nous appliquer à redresser toute notre vie,
à purifier notre cœur. Jésus veut Se manifester
au monde et spécifiquement à chacun de nous,
d’une façon très personnelle, mais nous devons
d’abord enlever les obstacles, c’est-à-dire toutes
les attaches désordonnées aux choses et aux plai-
sirs de la terre.
Celui qui aime le monde, l’amour du Père
n’est pas en lui, dit saint Jean.
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C’est une parole
très grave. Il faut donc renoncer au Monde, c’est-
à-dire à son esprit d’orgueil, son amour des
plaisirs et des honneurs... Le Monde, c’est
l’égoïsme, c’est la sensualité, c’est tout ce qui
flatte mes passions de toutes manières. Voilà ce à
quoi il faut renoncer pour être vraiment disciple
de Jésus, pour qu’Il Se communique à notre âme
et nous fasse entrer dans Son intimité.
Il va bientôt venir ce divin petit Jésus. Mes
voies seront-elles redressées?... Préparons-nous
avec application, mes frères et mes sœurs, à cette
si belle fête de Noël à laquelle sont attachées de
très précieuses grâces. Même si la Naissance de
Jésus, l’Incarnation du Verbe de Dieu, a eu lieu il
y a plus de 2000 ans, à chaque célébration de la
Nativité et d’autres grandes fêtes, le bon Dieu
réserve des grâces très particulières aux âmes
bien disposées, aux âmes qui ont préparé Sa
venue.
Disons à Jésus: «Mon Dieu, Vous allez venir
et je voudrais tellement pénétrer dans Vos divins
mystères, je voudrais tellement être en commu-
nion avec Vous, entrer dans Votre intimité, être
en tout conforme à Votre bon plaisir. Mais
voilà... j’ai tous mes goûts humains, naturels, qui
sont opposés à Vous; aidez-moi à m’en déta-
cher...» Jésus a laissé Son Ciel par amour pour
nous, Il veut nous communiquer Sa sagesse.
Mais comment pourrons-nous pénétrer Ses
leçons si nous demeurons si terre à terre?
L’Église compare les quatre semaines de
l’Avent aux quatre mille ans d’attente, d’aspira-
tion de l’humanité à la venue du Messie. Et c’est
cela que doit être aussi notre Avent, mes frères et
mes sœurs, un état d’aspiration vers Dieu, vers ce
divin Enfant qui va venir. Sainte Thérèse de
l’Enfant-Jésus nous fait chanter: «Et moi je choi-
sis pour mon purgatoire, Ton amour brûlant, ô
Cœur de mon Dieu». Notre maîtresse spirituelle
nous enseigne que c’est l’amour brûlant de Dieu
qui doit être notre purification, notre purgatoire.
Cet amour ne va pas sans souffrance, c’est un
amour qui fait mal et qui en même temps nous
remplit de joie. Il y a là un paradoxe, mais qui se
comprend un peu lorsqu’on considère l’amour
humain. Quand vous aimez quelqu’un, vous en
souffrez et en même temps vous éprouvez la joie
de l’aimer. Souffrance et joie, il y a les deux, et
parfois il est difficile de dire lequel des deux est le
plus grand ou de la souffrance ou de la joie. Il en
est ainsi parce que la terre n’est pas le Ciel; un
jour, au Ciel, le bonheur sera sans mélange, sans
aucune souffrance.
Chers frères et sœurs, je vous invite d’une
façon spéciale, avant Noël, au recueillement, à ne
pas vous laisser distraire tout en étant actifs, pré-
sents à votre devoir. Préparons la venue de
l’Enfant-Jésus en compagnie de la Sainte Mère de
Dieu et du bon saint Joseph. Soyons attentifs à
Jésus, pensons à compenser pour l’humanité qui,
en général, prépare Noël dans la frivolité. Au lieu
de jeter la pierre et dire: «Ah! le monde est
léger!», disons plutôt: «Mon Dieu, pardonnez-
leur, ils ne savent pas la grandeur du Mystère de
Noël. Moi-même je devrais savoir, et voyez
comme je suis distrait, léger, peu attentif. Je me
laisse encore gagner par le clinquant, pardonnez-
moi, aidez-moi à bien préparer Votre venue.»
Noël sera pour nous une journée du Ciel dans
la mesure où nous aurons mis de côté ce qui
déplaît à Dieu, la vaine recherche des plaisirs et
des consolations de la terre. Rappelons-nous
cette formule de notre Père Jean-Grégoire:
«Quand la terre nous manque, le Ciel Se
penche».
C’est la grâce que je demande pour moi-même
et pour chacun de vous, que nous soyons attentifs
à l’Enfant-Jésus qui va venir. Préparons les voies
du Seigneur afin de connaître le salut qui vient
de Dieu.
Sermon
pour
l’Avent
1.
S. Luc 3, 4-6
2.
S. Luc 9, 23
3.
I S. Jean 2, 15