Le Purgatoire,
instrument de la miséricorde divine
par Père Mathurin de la Mère de Dieu
Sainte Catherine de Gênes a reçu du Ciel des
révélations sur le purgatoire,
qui ont été consignées dans un petit traité.
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Inspiré par ces écrits, Père Mathurin nous parle
du purgatoire, ce lieu d’expiation où les âmes sont
purifiées avant d’entrer au Paradis, là où rien de
souillé ne saurait pénétrer.
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Chers frères et sœurs,
Au moment de la mort, l’âme, dans une vision
instantanée, voit toute sa vie se dérouler devant elle.
Elle revoit tout ce que Dieu a investi en sa faveur, ce
qu’Il a opéré par Son Verbe et ensuite par Ses grâces
particulières. L’âme se souvient des grâces de préve-
nance reçues au cours de sa vie: les grâces sancti-
fiantes du baptême et des sacrements. Elle revoit les
grâces actuelles et personnelles que Dieu, dans Son
Amour infini, lui a accordées, instant après instant.
Elle s’aperçoit que, malgré son manque de corres-
pondance, le bon Dieu n’a jamais cessé de l’aimer et
de la poursuivre de Sa grâce.
Au même moment, l’âme réalise qu’elle a sou-
vent rejeté la grâce divine, par égoïsme et amour-
propre, pour satisfaire ses intérêts immédiats,
sensuels, vaniteux. Elle prend conscience de sa dis-
traction, sa nonchalance, son incurie, ses péchés
nombreux plus ou moins considérables et non adé-
quatement réparés. Et l’âme conçoit un chagrin
immense en découvrant cet amour que Dieu lui a
témoigné et qu’elle Lui a refusé, s’étant préférée elle-
même à Lui. À cette vue, elle entre dans un tour-
ment extrême qui la brûle: son purgatoire
commence.
Le purgatoire est un moyen que la miséricorde
divine nous offre pour réparer notre vie passée. Ce
n’est pas Dieu qui envoie Ses enfants au purgatoire.
L’âme y va d’elle-même, éprouvant le besoin irrésis-
tible de se purifier avant de se présenter devant
Dieu. Elle réalise que son amour-propre est un obs-
tacle à ce face-à-face, à cette intimité éternelle avec
Dieu.
Quoique dans un état de souffrance immense,
l’âme du purgatoire est complètement unie à la
volonté de Dieu. Elle ne désire pas autre chose que
ces tourments jusqu’à sa complète purification.
Consciente d’avoir manqué d’amour envers Dieu
durant sa vie terrestre et réalisant que tous ses
péchés sont venus de son égoïsme, elle s’applique
uniquement à aimer le bon Dieu. C’est un amour
douloureux, certes, mais il est pur. L’âme ne se
replie pas sur son sort et ne se tracasse pas de rai-
sonnements égocentriques: «J’aurais dû faire ceci ou
cela pour éviter ces souffrances.»
Sur la terre, les humains ont constamment des
retours égoïstes sur eux-mêmes. «Si je désobéis à
Dieu, est-ce que je vais être puni?» Au purgatoire,
l’âme ne pense plus à ses petits intérêts personnels.
Une seule pensée la tourmente: «Le bon Dieu m’a
aimée et je ne L’ai pas aimé en retour. Je me suis
aimée moi-même plus que Lui.» Ce chagrin
immense la purifie de son amour-propre. Mais
comme cette opération s’effectue en dehors de la
liberté, elle est beaucoup plus douloureuse.
Faisons ici-bas notre purgatoire
Puisque la plus grande souffrance purificatrice
du purgatoire est l’amour, combien et à plus forte
raison la plus grande purification possible sur terre
s’opère-t-elle aussi par l’amour! L’amour est la pers-
pective qui guide et motive tous les amants de Dieu.
En tout, ils cherchent à Lui être agréables et veulent
répondre à toutes Ses avances amoureuses unique-
ment dans le but de Lui plaire et de Lui rendre
gloire, et non pas dans la crainte d’être puni ou d’évi-
ter le purgatoire et l’enfer.
Ceux qui, dès ici-bas, s’appliquent à aimer Dieu
et souffrent de si peu L’aimer en retour, font déjà en
quelque sorte leur purgatoire. Nous offensons si
souvent le bon Dieu. Dès que nous avons le malheur
de tomber, tournons-nous aussitôt vers Lui: «Mon
Dieu, pardon!» Ne perdons pas une minute. Avec
amour commençons dès maintenant à nous purifier,
à réparer nos fautes à mesure.
Tout le monde souffre, mais il faut tout accepter
avec docilité et soumission: ainsi, nous faisons notre
purgatoire sur la terre. Quand nous embrassons
avec amour, volontairement, toutes les souffrances
que la Providence de Dieu nous envoie ici-bas, cet
amour est très méritoire et il est bien plus purifica-
teur qu’au purgatoire où l’on souffre en dehors de sa
liberté. C’est pourquoi sur la terre toute souffrance
est une bénédiction. Si Dieu vous donne la vieillesse,
l’infirmité, s’Il vous accorde encore du temps pour
pouvoir souffrir, avec amour dites-vous: «Dieu me
fait un don précieux».
Mérite de la solitude
Une autre des grandes souffrances du purgatoire
est certainement la solitude. Après la mort, l’âme
ayant entrevu la Face de Dieu, a goûté à Son amour.
Elle se sent aimée de Lui, et elle L’aime. Elle aspire à
être avec Lui pour toujours. Cependant l’âme impar-
faite doit expier et se purifier dans le purgatoire.
Alors c’est un tourment extrême pour elle d’être
séparée de son Dieu, par sa faute. Sur la terre, pour
s’évader de la souffrance, on compense en cherchant
du réconfort par de vains plaisirs ou dans des dis-
tractions. Au purgatoire, il n’y a plus de distraction
possible. Cette solitude purificatrice est très doulou-
reuse.
Ici-bas, toute solitude, quelque pénible qu’elle
soit à la nature, surtout la solitude de la vieillesse, est
en réalité une grande bénédiction. «Je suis seul dans
ma petite chambre. Ma vue baisse, je perds l’ouïe.
Je ne suis plus capable de lire, plus capable
d’entendre. Je sens une grande solitude.» Tout en
vivant entouré de plusieurs personnes, nous pouvons
ressentir une profonde solitude. Peut-être nos
enfants que nous chérissons tant ne semblent pas
nous comprendre. Dieu le permet dans Sa miséri-
corde infinie pour nous purifier. Acceptons de tout
cœur cette solitude. «Mon Dieu, j’ai vécu trop sou-
vent pour moi-même, à la recherche continuelle de
mes satisfactions. Maintenant que je suis seul avec
Vous, mon Dieu, je veux réparer. Je veux cette soli-
tude pour Vous prouver mon amour, pour compen-
ser tout ce que je n’ai pas fait pour Vous, pour
répondre à Vos attentes.»
Nous aurions beaucoup moins de peine à sup-
porter les petits ennuis de la terre, si nous compre-
nions la solitude douloureuse du purgatoire. Les
épreuves de la vie ne nous sembleraient plus aussi
amères, car nous réaliserions quelle aubaine Dieu
nous donne en ces occasions de nous purifier dès ici-
bas par un amour libre, par l’adhésion de notre
volonté à la Sienne. Mais souvent nous ne compre-
nons pas. Disons alors: «Mon Dieu, je ne comprends
pas la souffrance, mais je l’accepte. Je crois en Vous.
Je crois que ma destinée c’est l’union avec Vous, et
que pour y arriver, je dois me dépouiller. Vous nous
avez dit que si nous ne renonçons pas à tout, nous ne
pouvons pas Vous suivre,
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nous ne pouvons pas
nous unir à Vous. Ce renoncement à tout pour Votre
amour, je le veux!» Ce langage vous semble exagéré,
trop plénier, trop absolu? Pourtant, c’est la vérité
enseignée par Jésus dans Son Évangile: c’est le che-
min du Ciel!
La perfection du détachement
Quoi de plus natu-
rel pour un humain
que de s’attacher aux
choses terrestres,
d’être rivé à la terre?
Cependant Dieu nous
invite à nous élever à
une vie
sur
naturelle.
Si nous ne nous déta-
chons pas en ce
monde, il nous faudra
le faire dans l’au-delà.
L’attachement aux
personnes et aux
choses de la terre est un obstacle majeur à notre
entrée immédiate au Ciel. Pour passer directement
de la mort au Ciel, sans transit, il faut être libre, sans
attache. Très rares sont les âmes qui veulent
entendre cette vérité, plus rares encore celles qui la
pratiquent. Mais vouloir l’entendre, c’est déjà vou-
loir commencer à le faire!
Si vous vous y appliquez, Dieu vous amènera à la
perfection du détachement. Il vous soutiendra de Sa
grâce à cause de votre bonne volonté. «Mon Dieu, je
veux me détacher de la terre pour Votre amour, je
sais que Vous l’attendez de moi. Je suis lâche, mais
je le veux! Je regrette de ne l’avoir pas toujours fait.
Je Vous remercie d’y mettre la main, dans Votre
bonne providence.»
Lorsque le bon Dieu nous gâte, nous Lui disons
facilement: «Soyez loué, mon Dieu, de m’accorder
un peu de consolation! Je ne le mérite pas, mais
dans Votre bonté, Vous avez eu pitié de ma faiblesse.
Comme Vous êtes bon et miséricordieux!» Mais
ensuite, quand le bon Dieu enlève la douceur, alors
surtout disons-Lui: «Soyez encore béni, mon Dieu!
Soyez loué! Vous intervenez pour m’aider à me déta-
cher. Vous savez ce dont j’ai besoin. Vous êtes tout
aussi bon!» Tout ce que Dieu veut est toujours bon.
Remerciez-Le avec le même accent. C’est cela la per-
fection. En pratiquant cet abandon amoureux, vous
passez directement au Ciel à votre mort.
Dieu veut nous unir à Lui, ce qui est impossible
sans notre détachement de la terre. Il faut le travail
d’une vie pour arriver à cette perfection du
dépouillement, de la mort à soi, et du renoncement à
notre amour-propre, à notre égo. Pour que le bon
Dieu puisse prendre toute la place, nous devons nous
dépouiller des petites satisfactions humaines. Dieu
nous demande d’être
sur
naturels, de nous élever au-
dessus de la loi naturelle de la gravité. Comment est-
ce possible? Vous avez raison de penser que c’est
impossible. Mais ce qui est impossible à l’homme est
possible à Dieu,
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dit Jésus dans Son Évangile.
Demandez et vous recevrez.
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Demandez... surtout si
vous demandez le bon esprit, votre Père des Cieux
va vous l’accorder.
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Pour relever ce défi, la prière est d’une impor-
tance capitale. Nous ne sentons pas la force
d’accomplir ce détachement? Jetons-nous à genoux:
«Mon Dieu, je ne suis pas capable, mais je le veux.
Mon Dieu, Vous devriez être tout pour moi. C’est
le désir de mon cœur. Mon Dieu, faites un miracle,
faites quelque chose! Vous me demandez de voler,
de monter vers Vous, de me détacher des bagatelles
terrestres. Comment le faire? Je suis attiré vers la
terre, je me sens d’une lourdeur, comme un crapaud,
fortement sujet à la loi de la gravité. Ô Dieu, venez à
mon aide!» Dieu entend votre prière, Il va la réaliser
en vous, Il va vous amener à la sainteté. Vous en
deviendrez humble, reconnaissant que ce n’est pas
votre travail, mais l’œuvre de Dieu.
Mettons-nous-y dès aujourd’hui. Tous les jours,
faisons cette supplique et posons des gestes pour
nous détacher. Ce que nous remettons à demain ne
sera jamais fait. Peut-être que nous n’aurons pas de
succès immédiat, mais faisons des efforts
aujourd’hui, sans attendre. Demain n’est pas assuré.
À chaque manquement, chaque imperfection,
chaque péché plus ou moins sérieux, humilions-nous
et revenons constamment vers Dieu: «Mon Dieu,
non! Je ne veux que Vous et Vous seul. Je veux
répondre à Votre appel. Je fais des efforts doulou-
reux pour me renoncer. Mon Dieu, soutenez ma
faiblesse, fortifiez mon impuissance.»
Le bon Dieu peut vous amener à une haute per-
fection si vous vous y appliquez. Il n’y a qu’un seul
but à notre existence: l’union avec Dieu dans le
temps et pendant toute l’éternité dans le Ciel. À
condition d’en payer le prix, Dieu nous offre un
vol direct, sans faire de transit au purgatoire. Il
espère que Ses enfants, pour l’obtenir, vont accepter
de se détacher de la terre.
Toute âme est appelée à la sainteté
La volonté de Dieu – pour tous – dit saint Paul,
c’est la sainteté.
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Personne n’entre au Ciel s’il n’est
pas saint. C’est la raison du purgatoire: sanctifier
ceux qui n’ont pas vu à leur affaire sur la terre, par-
faire ce qu’on a fait avec distraction, nonchalance. Si
souvent, on a donné à Dieu d’une main, puis on a
repris de l’autre.
Dieu a tout fait pour nous. Il a envoyé Son Fils
sur la terre, Il nous a laissé Son Eucharistie, Il S’est
manifesté dans la suite des temps. Malgré tant de
preuves de Son amour, l’homme reste toujours plein
de lui-même. C’est effrayant! Nous éprouvons une
grande douleur en constatant que nous sommes
encore si pleins de nous-mêmes face à tant de mani-
festations de l’Amour infini de Dieu.
Pour mettre toutes les forces du Ciel en branle
contre notre égo si difficile à vaincre, il faut lutter, il
faut prier, supplier avec des gémissements inénar-
rables.
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Gémir exprime une douleur. Prier avec des
gémissements signifie une prière douloureuse qui
devient permanente en nous. «Mon Dieu, ce n’est
pas par crainte du purgatoire que je veux ce détache-
ment, mais parce que je veux Vous aimer, vivre
uniquement pour Vous.»
La prière détruit en nous ce moi égoïste. «Mon
Dieu, je Vous donne carte blanche pour me
dépouiller. Aidez-moi à mourir à moi-même, à me
détacher de moi-même.» Dieu intervient et on Lui
répond: «Jésus, j’ai confiance en Vous! Tout ce
que Vous faites est parfait. J’ai confiance en Vous.»
C’est alors que cette prière prend toute sa dimension
et honore vraiment Dieu: «Jésus, j’ai confiance
en Vous! Tout m’est contraire. Mais tout est selon
Vous! C’est bien merveilleux! J’ai confiance en Vous.
Plus Vous attaquez mon égo, plus Vous me
dépouillez, plus j’ai confiance en Vous.» Cette prière
devient très forte, elle prend tout son sens devant
Dieu. Je vous encourage à répéter cette invocation
recommandée par Jésus à sainte Faustine Kowalska.
C’est une prière sublime quand on la fait de cette
façon.
Prions pour les âmes souffrantes du
purgatoire
Un autre bon moyen d’éviter les peines du purga-
toire, c’est de faire beaucoup de prières et de sacri-
fices pour les âmes qui souffrent dans ce lieu
d’expiation. Notre-Dame de La Salette demande à
Ses Apôtres des Derniers Temps d’offrir toutes leurs
œuvres, leurs prières pour les âmes du purgatoire,
en faveur de la conversion des pécheurs. Les prières
des âmes du purgatoire pour les pécheurs sont extrê-
mement puissantes, justement parce que leurs
supplications sont dénuées de tout amour-propre.
Quand l’âme au purgatoire prie, elle ne pense pas à
elle-même, elle est complètement oublieuse de ses
intérêts. Elle est sans amour-propre, justement
parce qu’elle est pleinement consciente que son pire
ennemi a été son orgueil et son égoïsme.
En faisant des bonnes œuvres, les humains
s’attendent habituellement à un peu de retour, de
considération, et même à une petite faveur du Ciel.
Dans le purgatoire, ce n’est plus le cas. Les âmes
recherchent uniquement la gloire de Dieu et Son
amour. C’est ce qui rend leur prière si puissante.
Nous prions pour elles et en retour elles intercèdent
pour les pécheurs, aux intentions de l’Église. Vous
ne pouvez vous faire une idée de la force de leur
intercession.
Offrons beaucoup de prières et de bonnes
œuvres pour les âmes du purgatoire. En reconnais-
sance du soulagement que nous leur apportons, elles
intercèdent pour nous auprès de Dieu: «Mon Dieu,
aidez ces chers amis qui prient pour nous. Mon
Dieu, enlevez chez eux l’obstacle, leur cher amour-
propre qui est l’obstacle à leur union avec Vous.» La
prière des âmes du purgatoire est très efficace. C’est
un secret que je vous encourage à découvrir.
1.
Sainte Catherine de Gênes, Traité du purgatoire,
brochure rééditée aux Éditions Magnificat.
2.
Cf. Apocalypse 21, 27
3.
Cf. S. Matth. 16, 24; S. Marc 8, 34; S. Luc 9, 23
et 14, 33.
4.
S. Luc 18, 27
5.
S. Matth. 7, 7
6.
Cf. S. Luc 11, 13
7.
Cf. I Thess. 4, 3
8.
S. Paul, Cf. Rom. 8, 26