Le glorieux saint
Joseph,
notre modèle
par Père Mathurin de la Mère de Dieu
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-
Esprit, et de la Mère de Dieu. Ainsi soit-il.
Nous voici réunis, chers frères et sœurs, pour
solenniser la fête du glorieux saint Joseph. Cette
année est singulière pour nous, parce qu’il y a
400 ans, le Canada a été consacré à saint Joseph
par le Père Joseph Le Caron, accompagné de
quelques Franciscains, en présence du gouver-
neur, Samuel de Champlain, représentant du roi
de France, et de quelques colons et autochtones.
Cette cérémonie a été faite dans une grande sim-
plicité. On serait étonné de voir combien le Ciel
aime ces petits gestes, faits sous l’œil de Dieu,
pour Sa gloire, pour Lui seul. Et ces petits actes
les plus humbles, les plus simples, sont ratifiés
par le Ciel.
L’année 2020 marquait le 150
e
anniversaire
de la proclamation par le pape Pie IX de saint
Joseph, patron de l’Église universelle.
1
En ce jour qui lui est consacré, nous voulons
en profiter pour l’honorer aussi sous ce grand
titre. Quel est donc ce projet de la Providence
qui met le Canada sous le patronage de saint
Joseph, avant même que l’Église soit officielle-
ment mise sous sa protection? Et quel est ce
dessein mystérieux de la Providence qui veut
que l’Église se renouvelle, ici en terre cana-
dienne, sous le haut patronage de saint Joseph?
Représentant de Dieu le Père
Après la très Sainte Vierge, saint Joseph est
le plus grand Saint qui ait passé sur la terre. On
croit généralement que saint Joseph a été sancti-
fié dès le sein de sa mère, en prévision de cette
grande mission à laquelle il était destiné: être le
père visible du Fils de Dieu même, du Verbe
incarné. Son association dans l’Œuvre de la
Sainte Trinité est tout à fait singulière, unique,
sans pareille. Ses liens étroits avec chacune des
Personnes de la Trinité sont des mystères diffi-
ciles à pénétrer. Cependant, nous savons que
Dieu le Père a communiqué Sa paternité à
l’humble Joseph, ce petit homme de rien, un
simple charpentier, totalement inconnu, perdu
là-bas dans la Galilée. Par quel mystère a-t-Il
voulu lui confier Son divin Fils et lui donner le
titre officiel de père du Christ? Quel est ce lien
mystérieux que Dieu Lui-même a communiqué à
saint Joseph?
Pour essayer de le comprendre, reportons-
nous aux premiers siècles de l’Église quand
certains hérétiques ont voulu diviser la Personne
de Jésus. Il existe deux natures en Notre-Sei-
gneur: la nature divine et la nature humaine,
mais il n’y a qu’une seule Personne indivisible.
Or pour ces hérétiques, la Vierge Marie serait
seulement la mère de la personne humaine de
Jésus. Saint Cyrille d’Alexandrie s’est levé pour
défendre Marie, Mère de Dieu. Ce titre est un
dogme de foi, proclamé par l’Église au Concile
d’Éphèse (431). La Vierge Marie est la Mère de
Jésus-Christ, la Mère du Fils de Dieu, donc Mère
de Dieu.
Et en ce qui concerne la paternité de saint
Joseph, nous voyons en lui un reflet visible de la
Paternité de Dieu même, rôle qui ne s’est jamais
vu dans l’histoire de la Création. Il est le père du
Verbe de Dieu incarné, non par la volonté de
l’homme, ni par la volonté de la chair, mais par
la volonté de Dieu même. Quel mystère! De
même en est-il avec le Saint-Esprit et saint
Joseph. Le Verbe de Dieu ayant été produit
dans le sein de Marie par l’Esprit-Saint, Elle est
donc l’épouse du Saint-Esprit. Mais saint
Joseph aussi est l’époux de la Vierge Marie!
Quel mystère il y a dans ce personnage tout
humble, tout caché, et pourtant si étroitement
uni à la Sainte Trinité!
Dieu veut nous faire comprendre en saint
Joseph comment Ses plus grands desseins
passent inaperçus et inconnus aux yeux des
hommes. Lorsque Jésus, durant Sa vie
publique, S’est manifesté dans la synagogue de
Nazareth, l’Évangile rapporte les paroles de ceux
qui L’écoutaient: «N’est-ce point-là le charpen-
tier, fils du charpentier Joseph?»
2
Jésus passe
pour pas grand-chose, parce qu’il est le fils de
Joseph, un homme de rien. C’est ce que laisse
entendre ce commentaire.
Faisons un petit parallèle. Lorsque saint
Joseph vivait sur la terre, qui pouvait se douter
qu’autour de ce petit charpentier de Nazareth
allaient graviter les plus grands événements de
la Création? Qui pouvait s’en douter, en voyant
cet homme de rien – humainement parlant –
accomplissant les tâches les plus obscures? De
nouveau, le bon Dieu prépare des événements
sans pareils, singuliers dans l’histoire de l’huma-
nité. Et puis regardons les instruments que
Dieu S’est choisis… regardons nous nous-
mêmes, et nous verrons que ce que le bon Dieu
est allé chercher n’est pas grand-chose. En
contemplant ces mystères, c’est comme si saint
Joseph nous devient, en quelque sorte, un
patron, un modèle plus personnel, plus proche.
Aux yeux de ses contemporains, il passait
pour un homme de rien. Et pourtant! La très
sainte Mère de Dieu mise à part, aucune créa-
ture n’a eu de lien aussi étroit que saint Joseph
avec la très Sainte Trinité. Mon Dieu! comme
nous devons nous méfier de nos pauvres petits
yeux mortels. Nous évaluons notre prochain,
notre frère, un peu comme les habitants de
Nazareth: «Ah! c’est le fils du charpentier, ce
n’est pas grand-chose, ça ne vaut pas cher, c’est
pitoyable.» Qu’il faut donc se méfier de la per-
ception de nos sens humains qui ne com-
prennent rien aux manières de Dieu!
C’est pourquoi, dans la dernière strophe du
cantique à saint Joseph composé par saint
Louis-Marie de Montfort, nous lui demandons
de nous obtenir un très grand don: la divine
Sagesse. – Saint Joseph, obtenez-nous le don
de la divine Sagesse, de comprendre un peu les
manières de Dieu vis-à-vis de nous, pauvres
mortels. Ô saint Joseph, vous qui avez été asso-
cié si intimement à Jésus, aidez-nous à com-
prendre, donnez-nous un peu de cette Sagesse
divine.
Préparation par la fidélité
Saint Joseph fut prédestiné à une mission
tout à fait unique, singulière. Comment Dieu
l’a-t-Il préparé à cette fonction sublime d’être
l’époux de la Vierge Marie et le Père de Jésus?
Quelles épreuves, quelles souffrances a-t-il dû
traverser? Et quelle dut être sa fidélité durant la
trentaine d’années qui précédèrent ses fian-
çailles avec la Vierge Marie?
Quand Dieu choisit une personne et qu’Il la
destine à une haute sainteté, Il lui fait traverser
des épreuves, de douloureuses souffrances.
Nous le voyons dans la Vie des Saints. Nous
l’avons vu aussi personnellement en de saintes
personnes qui reposent maintenant dans notre
cimetière.
Il y a le choix de Dieu, mais il y a aussi une
préparation dans la fidélité à répondre à Son
appel. Quel a été le parcours de saint Joseph,
dans la souffrance, dans l’humilité, dans le
silence? J’aime à me l’imaginer, jeune homme,
au travers des autres jeunes gens, là-bas en Gali-
lée, en Palestine, d’une modestie, d’une réserve,
d’une discrétion, d’un silence... On se rend à
peine compte de sa présence. Il fait tout pour
rester caché, pour ne pas attirer les regards,
pour passer inaperçu. Il y réussit si bien,
qu’après deux mille ans de son vécu, il demeure
un Saint caché.
Combien nous différons de lui! Êtres viciés
par le péché originel, à peine commençons-nous
à prendre conscience de nous-mêmes que nous
voulons déjà manifester autour de nous notre
petit personnage. Tout jeunes encore, nous
cherchons déjà à prouver nos petits talents;
nous faisons valoir nos forces physiques, notre
agilité, nos avantages corporels, nos capacités
intellectuelles, pourtant si médiocres! Et les
parents favorisent cela. Combien de péchés – et
des plus grossiers – cette vanité produit en
nous!
Très Sainte Trinité, nous Vous bénissons,
nous Vous adorons pour le chemin que Vous
avez voulu faire suivre au glorieux saint Joseph,
pour le conduire à devenir l’époux de la Vierge
Marie. Et vous, glorieux saint Joseph, nous vous
louons et nous vous bénissons pour votre fidélité
dans cette préparation que Dieu a faite dans
votre âme, dans votre vie, pour devenir l’époux
de la Vierge Marie.
Épreuve de saint Joseph
Prédestiné à une mission sublime, Joseph
doit traverser l’épreuve. Et quelle épreuve!
L’Évangile nous la présente brièvement.
Lorsque la Vierge Marie revient de la visite à Sa
cousine Élisabeth, Joseph se rend compte que sa
jeune Épouse porte un enfant qui n’est pas le
sien. Comment réagit ce Saint si juste, si parfait,
si fidèle aux préceptes imposés par la loi
mosaïque et appliqué à les suivre dans la perfec-
tion sous le regard de Dieu? Quelle a été sa
prière silencieuse, douloureuse, suffoquée,
étouffée dans son âme?
Joseph ne savait pas où tout cela le condui-
rait. Il ne connaissait pas encore la mission qui
lui était destinée. Mais après l’épreuve, il
l’apprend. Nous, mes frères, mes sœurs, nous
avons une petite idée de notre mission; nous
savons que le bon Dieu veut que nous travail-
lions à sauver Son Église. Mais il y a bien de
quoi que nous ignorons. En cette solennité de
saint Joseph, Joseph très fidèle, invoquons-le:
Ô bon saint Joseph, accordez-nous votre fidélité
afin que les desseins de Dieu sur Son Église se
réalisent.
Imaginez si saint Joseph avait commencé à
s’agiter, à s’énerver, comme on dit au Québec.
Son âme a terriblement souffert, peut-être
même fut-elle troublée. Et s’il avait extériorisé
ce trouble? S’il avait commencé à parler sous le
coup de l’émoi, de sa douleur extrême? Que
serait-il arrivé du grand projet de Dieu? Aux
yeux de ses compatriotes, saint Joseph devait
être le gardien, le protecteur, l’époux de la
Vierge Marie et le père de Jésus. S’il avait parlé:
«Ce n’est pas mon fils!…» Imaginez! Il n’y
aurait pas eu de paroles plus regrettables dans
toute l’histoire de l’humanité. Quel tort Joseph
aurait pu faire avec une parole, tandis que l’évé-
nement le plus important de l’histoire se dérou-
lait sous ses yeux!
Mon Dieu, qu’elles sont rares les âmes qui
savent se taire dans l’épreuve! Mon Dieu, mon
Dieu! Nos paroles sortent si aisément quand
nous souffrons, et nous ne savons pas le tort
qu’elles peuvent faire! On dit: «Ah! ce n’est pas
la même chose. Ce n’est que le frère Untel. C’est
lui qui m’a fait souffrir.» Et l’on profère au sujet
de son prochain toutes sortes de paroles regret-
tables. Mais comment Dieu voit-Il ce frère?
Mon Dieu, comment voyez-Vous nos paroles?
De nouveau, je répète avec saint Louis-Marie
de Montfort: Saint Joseph, accordez-nous un
très grand don: la divine Sagesse. La sagesse
du silence. La sagesse de la souffrance. Savoir
souffrir en silence. Saint Joseph est
aujourd’hui dans la gloire du Ciel. Mais le che-
min pour arriver à la gloire, c’est la souffrance,
le silence, l’humilité. Saint Joseph, instruisez-
nous dans le cœur, dans l’âme.
Le message de l’Ange mit fin à cette épreuve
extrême: Joseph, fils de David, ne crains pas de
recevoir Marie pour ton Épouse, car ce qui est
né en Elle vient de l’Esprit-Saint. Elle enfantera
un Fils, et tu Lui donneras le nom de Jésus.
C’est Lui, en effet, qui sauvera Son peuple de ses
péchés.
3
C’est le Messie qui sauvera le monde.
Mes frères et sœurs, saint Joseph est notre
modèle. Regardez comment sa mission s’est
préparée. Contemplez sa fidélité, sa souffrance
fidèle sous l’œil de Dieu seul. Dieu seul fut
témoin de sa fidélité. Tout s’est fait dans le
silence et dans les souffrances les plus extrêmes.
Allégresses et douleurs de saint
Joseph
Quelle joie pour saint Joseph d’apprendre la
Maternité divine de son Épouse. Le Fils de
Dieu, promis depuis l’origine, va naître de
Marie, et lui, Joseph, va devenir le Père de
l’Enfant-Jésus. Plus son épreuve a été grande,
plus sa joie est immense. Cette joie est muette,
tout comme l’avait été sa douleur. L’âme de
saint Joseph est subjuguée, submergée d’allé-
gresse sous l’œil de Dieu. C’est la joie – autant
qu’un mortel peut la ressentir – de la paternité
reçue du Père des Cieux, surpassant de loin
toute joie des pères de famille dans l’ordre de la
nature.
Or saint Joseph est descendant d’Abraham.
Comme tous ses compatriotes, il attend le Mes-
sie, le Rédempteur promis. Initié aux textes de
la Sainte Écriture, il a une petite idée de ce que
cela représente d’être le Rédempteur. C’est Lui
qui rachètera les hommes de leurs péchés, lui
avait dit l’Ange. Si Dieu a éclairé les prophètes
sur les souffrances du Rédempteur promis –
entre autres David et le prophète Isaïe – com-
bien plus aurait-Il instruit Joseph, qui com-
prend que ce petit Jésus, son Fils, est le
Rédempteur. L’Esprit-Saint l’a éclairé abon-
damment au sujet de Sa Passion à venir, plus
qu’aucun autre Saint, à part la Vierge Marie.
En lui communiquant Sa Paternité, Dieu le
Père a mis en son cœur un amour inconcevable
pour l’Enfant-Jésus. Jésus devient son Fils, son
Enfant plus que n’importe quel bébé devient
l’enfant de ses parents par les voies de la chair.
Joseph possède un sentiment de paternité tel
qu’on n’en rencontre nulle part sur la terre. Au
milieu des grandes joies qu’il expérimente en
contemplant cet Enfant croître, Se développer
sous ses yeux, saint Joseph, homme de silence et
de prière, médite les Écritures concernant le
Rédempteur.
Je vais vous lire quelques extraits des textes
que saint Joseph connaissait, commençant par
le psaume de David, qui précède le prophète
Isaïe. Mettez-vous dans le contexte pour imagi-
ner la douleur immense que saint Joseph res-
sentait en les méditant.
Ô Dieu, mon Dieu,
regardez-moi; pour-
quoi m’avez-Vous
abandonné? La voix
de mes péchés éloigne
de moi le salut.
4
–
Jésus, son Enfant,
vient sauver les
hommes en portant
leurs péchés. C’est ce
que Jean-Baptiste va
proclamer au début de
la vie publique de
Jésus: Voici l’Agneau
de Dieu qui porte les
péchés du monde.
5
Dieu éclaire saint Joseph sur tous ces grands
mystères, Il lui en donne l’entendement. Mais la
douleur de son âme! Ce petit Enfant vient por-
ter les péchés du monde. Quand Joseph médite
ces paroles, dans quelle perfection il veut vivre!
Combien il veut être éloigné de tout péché, pour
ne pas que cet Enfant – son Enfant! – souffre
à cause de lui.
Mon Dieu, je crierai pendant le jour, et Vous
ne m’exaucerez pas. – Le Verbe incarné va
devenir comme un homme abandonné de Dieu.
Revêtu de nos péchés, Il paraît comme un objet
d’horreur aux yeux de Son Père. Il est tellement
rejeté de Dieu, que Son Père ne semble pas
même écouter Sa prière. – Je crierai pendant
le jour et Vous ne m’exaucerez pas; et pendant
la nuit, et je n’ai point de repos. Mais Vous,
Vous habitez dans le sanctuaire; Vous qui êtes
la louange d’Israël. Nos pères ont espéré en
Vous; ils ont espéré, et Vous les avez délivrés.
Ils ont crié vers Vous, et ils ont été sauvés; ils
ont espéré en Vous, et ils n’ont point été confon-
dus. – En lisant ce Psaume, saint Joseph
contemple son Dieu devant lui sous forme
visible, dans l’humble petite maison de Naza-
reth. Les plus grands mystères se sont passés là,
dans le silence, dans la prière, dans la souf-
france.
La souffrance de saint Joseph est d’autant
plus grande qu’elle n’est pas une souffrance
égoïste. Il souffre en pensant combien ce Dieu,
qui S’est fait son Enfant, aura à souffrir pour
notre Rédemption. Cette peine extrême a
accompagné saint Joseph pendant toutes les
années qu’il a vécues en compagnie de Jésus. Si
nous pouvions voir son âme dans cette contem-
plation douloureuse, faite en réparation, en
compensation, en consolation! Jésus nous a dit:
«J’attends de vous réparation, consolation, com-
pensation.» Nous avons la même mission que
saint Joseph. Pendant toute l’enfance, l’adoles-
cence de Jésus, et jusqu’à sa mort peu avant la
vie publique de Notre-Seigneur, c’est ce qu’il a
fait: réparation, compensation, consola-
tion.
Nos pères ont espéré en Vous, ils ont espéré,
et Vous les avez délivrés. Ils ont crié vers Vous,
et ils ont été sauvés. Ils ont espéré en Vous et ils
n’ont point été confondus. Mais moi, je suis un
ver, et non un homme, l’opprobre des hommes,
le rebut du peuple. – Ce Jésus plein de charme,
de grâce et de beauté, plein de toute vertu et de
tout don, deviendra comme un ver: Moi, je suis
un ver. L’adorable Enfant que saint Joseph
contemple sera réduit à cela. C’est ainsi que
nous, hommes pécheurs, allons Le traiter. Cet
Enfant va devenir l’opprobre des hommes, le
rebut du peuple, le déchet de la société, le déchet
de l’humanité…
Tous ceux qui m’ont vu se sont moqués de
moi; de leurs lèvres, ils ont proféré l’outrage, et
ils ont branlé la tête. – Ils ont branlé la tête en
signe de mépris. – Il a espéré au Seigneur,
qu’Il le délivre; qu’Il le sauve puisqu’Il l’aime.
Oui, c’est Vous qui m’avez tiré du ventre de ma
mère; Vous êtes mon espérance... Au sortir de
son sein, j’ai été jeté sur Vos genoux; depuis que
j’ai quitté ses entrailles, c’est Vous qui êtes mon
Dieu. Ne Vous retirez pas de moi, car la tenta-
tion est proche, et il n’y a personne qui me
secoure. – Saint Joseph voit son Enfant en arri-
ver là: personne n’est là pour Le secourir.
Ils ont ouvert leur bouche sur moi, comme
un lion ravisseur et rugissant. – C’est ce qu’on
contemple le Jeudi saint et le Vendredi saint.
On voit toute la populace qui ouvre sa bouche
comme des lions ravisseurs, pour détruire
Notre-Seigneur. On Le salit de toutes manières.
Je me suis répandu comme l’eau, et tous mes
os se sont disloqués. Mon cœur est devenu
comme la cire fondue au milieu de mes
entrailles. Ma force s’est desséchée comme un
tesson, et ma langue s’est attachée à mon
palais; et Vous m’avez conduit à la poussière du
tombeau. Car des chiens nombreux m’ont envi-
ronné; une bande de scélérats m’a assiégé. Ils
ont percé mes mains et mes pieds, ils ont
compté tous mes os. Ils m’ont considéré et
contemplé. – Moqueusement, ils L’ont démoli.
Ils L’ont défait par toutes sortes de tortures et de
tourments, puis ils L’ont contemplé en ricanant.
Immondes scélérats, ils ont trouvé bien amusant
leur travail de salauds. C’est ça que nous,
humains, nous faisons au Fils de Dieu par nos
péchés.
Ils se sont partagé mes vêtements. Ils ont
jeté le sort sur ma tunique. Mais Vous, Sei-
gneur, n’éloignez pas de moi Votre secours;
prenez soin de ma défense. Délivrez, ô Dieu,
mon âme du glaive, et mon Unique du pouvoir
du chien. Sauvez-moi de la gueule du lion, et
sauvez ma faiblesse des cornes des licornes.
Isaïe suit la même idée. C’est vraiment sai-
sissant de contempler ses paroles: Il n’a ni
beauté ni éclat. Nous L’avons vu, et Il n’avait
pas d’apparence, et nous L’avons méconnu...
6
En citant ces prophéties, nous pénétrons en
quelque sorte le mystère de saint Joseph, qui
méditait ces textes concernant les souffrances de
son Enfant.
Chers frères et sœurs, en cette année sainte
2024, nous voulons souligner les deux faits qui
se rejoignent providentiellement: 400 ans de la
Consécration du Canada à saint Joseph et 800
ans de la stigmatisation de saint François. C’est
pourquoi Nous en faisons une année sainte de
contemplation de la Passion de Jésus. Après la
Vierge Marie, saint Joseph est le premier grand
contemplateur de la Passion. Durant toutes ces
années passées en compagnie de Jésus, son
occupation principale était son travail, en prière,
en contemplation, en souffrance.
Jésus a révélé au saint Frère André, ainsi
qu’à d’autres âmes favorisées: «Ce que J’aime le
plus, c’est quand vous contemplez Mes souf-
frances, Mes douleurs.» Frère André avait cette
double dévotion: saint Joseph et, plus encore, la
Passion de Jésus. C’était comme un tout en lui,
parce qu’il voyait dans saint Joseph le premier
grand contemplateur des souffrances de Jésus.
Déclin et renouveau
Mgr Ignace
Bourget, évêque de
Montréal, observait
dans son diocèse
un déclin de la fer-
veur. La foi s’étio-
lait, la pratique
religieuse dimi-
nuait. Que fait ce
saint évêque éclairé
de Dieu? Il émet
un mandement dans
lequel il demande à tous les curés de préconiser
la dévotion à saint Joseph, pour renouveler la
ferveur dans son diocèse. Et il l’a obtenue. Mul-
tipliant les efforts, Mgr Bourget a aussi employé
d’autres moyens pour raviver la foi. Il a, entre
autres, fait intervenir Mgr de Forbin-Janson,
évêque de Nancy, l’invitant plusieurs fois au
Canada pour prêcher des retraites dans les
paroisses, ce qui a produit un bien énorme.
Mais la pensée première fut de faire intervenir
saint Joseph. Le jeune Alfred Bessette, futur
saint Frère André, a grandi dans cette ambiance.
Si Mgr Bourget constatait au milieu du 19
e
siècle un déclin de la foi, une perte de ferveur et
de pratique religieuse, ma foi! que dire de notre
époque! On est rendu loin, loin, loin; nous tom-
bons dans le fond du gouffre. Ce saint évêque
n’avait trouvé qu’une bonne formule: la dévo-
tion à saint Joseph. Ce remède est encore
d’actualité. Nous savons que Jésus va venir
pour renouveler la face de la terre. Pour l’Incar-
nation du Verbe de Dieu, le plus grand événe-
ment qui soit arrivé sur la terre, saint Joseph
vient d’abord, ensuite la Vierge Marie, puis
arrive le Messie: le monde est sauvé. Compre-
nez-vous le parallèle? C’est pourquoi la Provi-
dence a voulu qu’on solennise particulièrement
le 400
e
de la consécration du Canada à saint
Joseph, Patron de l’Église universelle.
Sainte Marie de l’Incarnation, qui est venue
de France établir les religieuses Ursulines à Qué-
bec, avait eu auparavant une vision significative.
Au-dessus d’un immense pays – qu’elle saura
plus tard être le Canada – elle vit saint Joseph,
qui gardait les lieux. Au loin, perdue creux dans
la forêt, une minuscule petite église, éclairant de
sa lumière le monde entier.
Dieu veut sauver le monde. Il veut manifes-
ter Son Fils au monde. Jésus doit être
connu, aimé, servi comme jamais Il ne l’a
été dans toute l’histoire de l’humanité. La
Vierge Marie a le rôle primordial pour faire
connaître, aimer, servir Jésus, mais tout près
d’Elle, par une volonté de Dieu, se tient saint
Joseph. C’est pour cette raison que nous lui
donnons aujourd’hui tant d’honneur et de gloire.
Invités par Dieu à travailler à cette Œuvre de
salut, nous devons à saint Joseph toute dévo-
tion, respect, gloire et louange, afin que le règne
de Jésus, son Fils, vienne. Comme saint Joseph,
contemplons les douleurs de Jésus. Comme lui,
vivons les petites et grandes épreuves sous l’œil
de Dieu, dans la fidélité et le silence. Communi-
quez-nous, saint Joseph, ce grand don de la
divine Sagesse que vous avez eu si abondam-
ment.
Allez à Joseph!
Dans l’Histoire Sainte, nous lisons comment
Dieu prépara Joseph, fils de Jacob, pour être le
salut au temps de la tribulation qui devait frap-
per l’Égypte et toute la région environnante.
Quand la calamité est survenue, durant des
années de sécheresse et de disette, on accourait
vers le Pharaon d’Égypte pour demander
secours. Et celui-ci répondait: Allez à Joseph.
7
Il va régler vos problèmes. Il va vous nourrir et
vous donner tout ce dont vous avez besoin.
La terre est actuellement soumise à des cala-
mités immenses, extrêmes. Les petites calami-
tés d’Égypte n’étaient que des figures. Et Dieu
nous donne ce grand personnage, le glorieux
saint Joseph. Nous répétons la parole de la
Sainte Écriture: Allez à Joseph, il réglera les
problèmes. Allez à Joseph, contemplez-le, imi-
tez-le, ayez sa sagesse. Comme il aime son Fils
Jésus, il va Le faire aimer. C’est en aimant et en
servant Jésus que tous les problèmes vont se
régler. C’est la grâce que je vous souhaite, mes
frères et sœurs.
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-
Esprit, et de la Mère de Dieu. Ainsi soit-il.
1.
En la fête de l’Immaculée Conception, 8 décembre
1870, par le décret Quemadmodum Deus, Pie IX pro-
clamait saint Joseph patron de l’Église universelle.
2.
S. Matth. 13, 55
3.
S. Matth. 1, 20-21
4.
Psaume 21, 2-22
5.
S. Jean 1, 29
6.
Isaïe 53, 2 et suiv.
7.
La Sainte Bible, Genèse 41, 55