1.
Cf. Éphésiens 1, 6 et 12
2.
Précis de Théologie Ascétique et Mys-
tique, p. 683, No 1088. Voir page 12.
3.
Cf. La Sainte Bible, Tobie 12, 6-13. Ce
récit est publié à la page 14.
4.
Expression québécoise qui signifie: à bout
de patience.
5.
Isaïe 53, 4
6.
S. Luc 7, 9
La PatiencE
par amour pour Dieu et en union avec
Jésus-Christ
Gracieusement
par Père Mathurin de la Mère de Dieu
Au nom du Père, et
du Fils, et du Saint-
Esprit, et de la Mère de
Dieu. Ainsi soit-il.
À l’aurore de cette
Nouvelle Année, en ce
premier jour de l’An
consacré à notre Père
des Cieux, en notre
nom, en votre nom,
mes frères et sœurs,
nous voulons souhaiter
nos meilleurs vœux à
notre Père des Cieux.
Nous avons été choisis pour être la louange de Sa
gloire,
1
dit saint Paul. Avec toute l’intensité et la fer-
veur de notre cœur, nous disons d’emblée au Père
Éternel que nous voulons être pour Lui louange de
gloire, et que nous voulons utiliser à Sa gloire tout ce
qu’Il a créé en nous: notre cœur, notre âme, notre
volonté, notre mémoire, toutes nos facultés, tout notre
être.
La Patience chrétienne
Voici le mot d’ordre pour cette année:
LA
PATIENCE.
Le Père Adolphe Tanquerey nous en
donne la définition dans son Précis de Théologie:
La
patience est une vertu chrétienne qui nous
fait supporter avec égalité d’âme, par
amour pour Dieu et en union avec Jésus-
Christ, les souffrances physiques ou
morales.
2
Je vous souhaite cette vertu chrétienne de la
patience. Cependant, il existe aussi une patience mon-
daine qui se compose, par une certaine retenue, afin
de produire une image pour impressionner l’entou-
rage, pour arriver à des fins humaines, terrestres. Il ne
s’agit pas de celle-là.
La première intention de cette vertu de patience
que nous vous invitons à pratiquer cette année, c’est
d’abord pour glorifier Dieu. Mais Le glorifier d’une
manière très particulière: en développant cette convic-
tion dans le cœur que si Dieu envoie à souffrir, c’est
parce qu’Il a une intention, un projet pour Son enfant.
C’est par un dessein de Son amour que la souffrance,
sous toutes ses formes, nous visite.
La pratique de la vertu de patience est aussi pour
réparer le péché et entrer dans le dessein de Dieu à
travers les souffrances et les tribulations qu’Il nous
envoie. Beaucoup d’auteurs mettent ce motif de répa-
ration en premier; mais j’ai voulu commencer par un
motif plus positif, qui est de glorifier Dieu.
Source de la souffrance
Ce n’est pas Dieu qui a fait la souffrance. La souf-
france est le fruit du péché. L’homme était fait pour
Dieu, pour la joie de l’union avec Lui. Et depuis que
l’homme, par son péché, a brisé ce projet divin, il
souffre, il est désorienté, il cherche. L’intelligence de
l’homme est obscurcie, il ne voit plus clair. Toutes ses
facultés sont dans les ténèbres – toutes! – à cause du
péché.
Mais par quel tour de passe-passe, dirions-nous,
l’Amour infini a réussi à faire de la souffrance, qui est
venue de notre mal, le remède à notre mal? L’homme
pèche, amenant la souffrance, et l’Amour infini en fait
le remède du péché. Il fallait un Dieu pour penser à
cela! Je crois que c’est une des plus belles manifesta-
tions de Son Amour infini. Notre mal amène la
souffrance, nous sommes des condamnés. Et Dieu,
pour manifester Son Amour infini, élève la souffrance
engendrée par le péché de l’homme à une dignité
sublime, on dirait presque infinie.
S’identifier au Christ
Cette vertu de
patience dans l’adver-
sité, nous la méditons
singulièrement
durant la saison de
Noël. Elle est mani-
festée d’abord par
Marie et Joseph:
durant les cinq jours
de marche de Naza-
reth à Bethléem, les
rejets à Bethléem.
Contemplez le détail
de leurs gestes tout
imprégnés de
patience. Quand Jésus arrive, quelle douceur, quelle
patience! Et déjà, le monde va s’acharner sur le petit
Enfant. La Sainte Famille doit partir en catastrophe
pour fuir en Égypte. Contemplez comment ils ont agi
dans leur cheminement, quittant la grotte de Beth-
léem, en pleine nuit, sans préparatifs, pour entre-
prendre une longue route à travers le désert dans
toutes sortes de conditions difficiles. Ils se réfugient
en Égypte, un pays étranger. Il faut contempler leur
patience afin de l’imiter, et entrer ainsi dans ces dispo-
sitions de Jésus, de Marie, de Joseph.
Depuis la venue de Jésus, il semble que la souf-
france est ce qui a la capacité de nous identifier le plus
au Christ, Verbe de Dieu incarné. Allez n’importe où
dans le monde, chez n’importe quelle dénomination:
catholique – il va sans dire – mais aussi protestante,
juive, musulmane, bouddhiste, hindoue, païenne,
faites le tour de la planète et montrez une croix, juste
une croix formée de deux petits bouts de bois ou de
deux traits de crayon. Tous vont reconnaître le signe
de Jésus, avant de dire le mot croix. La croix est syno-
nyme de Jésus, tellement Il Se l’est appropriée.
Je crois vraiment que l’exemple de Jésus est ce qui
peut nous motiver le plus à la patience dans les adver-
sités et les épreuves de la vie; et il y en a! Je ne pense
pas qu’il y ait de mot avec plus de synonymes que souf-
france: croix, adversités, tribulations, épreuves, maux,
douleurs, infirmités, maladies... Dans chacun de ces
synonymes, Dieu attend de Son enfant qu’il le reçoive
avec patience, comme un don.
Il faut être bien attentif à la manière avec laquelle
on reçoit la souffrance. J’en profite pour rectifier un
propos souvent répété: la croix, la souffrance, c’est le
salut. C’est vrai, mais en même temps c’est inexact. Il
y eut trois croix sur le Calvaire. Celle de notre Jésus, le
Christ, le Rédempteur. Il est venu pour faire notre
salut par la croix divinisée, justement par ce tour de
passe-passe de Son Amour infini. Il y a celle du bon
larron qui est révolté et qui maugrée, murmure,
comme le rapporte l’Évangile. Mais en contemplant
Jésus crucifié à côté de lui, il est converti, il est trans-
formé, et la souffrance devient pour lui rédemptrice,
salvatrice. Par contre, le mauvais larron qui subit les
mêmes souffrances, le même supplice de la croix,
devient un réprouvé, parce qu’il a maugréé et mur-
muré jusqu’à la fin. Il a blasphémé, il a maudit ses
souffrances.
C’est un grand mystère que Jésus nous a révélé, et
qui a aussi été dévoilé en partie dès l’Ancien Testa-
ment. Rappelons-nous l’histoire du saint homme
Tobie – vraiment un saint de l’Ancien Testament – qui
multipliait les bonnes œuvres, dans le secret, dans la
plus grande discrétion sous l’œil de Dieu seul, pour Le
glorifier. L’humanité était encore à des siècles avant la
venue de Jésus-Christ. Pendant que Tobie prenait une
sieste en dessous d’un arbre, un peu de fiente d’oiseau
tombe sur ses yeux et il devient aveugle pour des
années. Plus tard, grâce à un remède indiqué par
l’Archange Raphaël, qui avait accompagné son fils
dans un pays lointain, au retour de leur périple Tobie
est guéri de sa cécité. Puis l’Ange l’instruit sur le pour-
quoi de cette épreuve: «Je vais maintenant vous
manifester une vérité, vous découvrir une chose
cachée. Parce que vous étiez agréable à Dieu, il
fallait que vous soyez éprouvé.»
3
À l’énoncé de cette grande vérité que l’Ange nous
manifeste de la part de Dieu, il faut faire silence, et
endosser cette vérité, y adhérer. Parce que vous étiez
agréable à Dieu, il fallait que vous soyez éprouvé…
On pourrait rétorquer que tout le monde est éprouvé
sur la terre! Puis rajouter que vraisemblablement la
plupart ne sont pas agréables à Dieu. Alors, je vous
répondrais que la miséricorde de Dieu est actuelle-
ment encore plus grande qu’envers Tobie. Certes
nous ne sommes pas agréables à Dieu, mais Il nous
envoie l’épreuve afin de nous rendre agréables à Lui.
C’est le but de la souffrance.
Le divin remède
Nous sommes tous des pécheurs. L’humanité est
pécheresse comme jamais. Dieu veut rendre l’huma-
nité agréable à Son regard, cette humanité qui
L’outrage, ces chrétiens qui Le bafouent, qui
méprisent Son attente, de toutes les façons et sans ver-
gogne. Malgré cela, Dieu a décidé qu’Il rendrait
l’humanité agréable à Son divin regard. C’est pour-
quoi nous vous invitons à cette patience chrétienne,
pour que nous autres, pécheurs, nous devenions
agréables à Dieu, ainsi que tous nos frères de la terre.
Il n’y a pas tellement longtemps, à propos de
l’inquiétude que nous pourrions avoir dans ces temps
troublés, je posais la question: le bon Dieu va-t-Il fer-
mer les livres? Fermer les livres veut dire qu’on ferme
la compagnie, que c’est fini. Est-ce que ça sera la fin
de l’histoire de l’humanité? Pour employer nos mots
humains, le bon Dieu n’est-Il pas découragé, tanné,
4
lassé des hommes? N’en a-t-Il pas ras-le-bol du mal
universel qui n’a plus de bornes? N’en a-t-Il pas assez
de Se faire bafouer de la sorte par les humains, Ses
créatures? Heureusement, les souffrances que nous
avons connues ces dernières années m’ont redonné
espoir. On pourrait dire qu’il restait à Dieu deux
options: la première était de fermer les livres de l’his-
toire des hommes, mais il semble qu’Il n’a pas retenu
cette option. Le bon Dieu a choisi plutôt d’employer
les souffrances, souffrances qui viennent des hommes,
de leurs péchés.
Comme je l’ai déjà dit, ce n’est pas Dieu qui a
inventé le mal. C’est vraiment important que nous le
comprenions bien: le mal vient des péchés des
hommes. Le mal amène cette désolation de plus en
plus répandue, et qui devient universelle. C’est cette
même désolation qui sera le remède à tous les maux si
– de là la raison du mot d’ordre – SI, mes frères et
mes sœurs, en patience, sans murmurer, sans mau-
gréer, sans tout analyser, si, comme des pécheurs,
comme des coupables, nous acceptons les maux en
patience, en patience. Quelle profonde et sublime
invention de l’Amour infini: Dieu fait de la souf-
france le remède au mal.
Le Psalmiste dit: Lui-même – Jésus, le Messie – a
été considéré comme un homme frappé de Dieu,
humilié.
5
Jésus, l’Innocence même, a été considéré
comme le plus vil des pécheurs, non pas frappé par la
main des hommes, mais frappé de Dieu même. C’est
ainsi que notre Rédempteur S’est fait notre remède. Il
S’est chargé de nos péchés. Il les a expiés par toutes
Ses souffrances et par Sa douloureuse Passion. Jésus
est le plus grand, le plus bel exemple que nous puis-
sions avoir de cette vertu de patience, vertu chré-
tienne, c’est-à-dire christique, comme le Christ.
Notre Sauveur a pratiqué la patience dans toutes
les circonstances de Sa vie, de la crèche au Calvaire. Il
reste d’abord caché durant trente ans dans une vie de
travail et de patience. Ensuite, dans Sa vie publique, Il
est souvent mal reçu, en butte à tant de pièges qui Lui
sont tendus, supportant toutes sortes de propos qui Le
bafouent, Le ridiculisent. Quelle patience!
Patience devant Ses ennemis, patience avec Ses
amis. Ses Apôtres, Ses amis, ne comprennent pas vite.
L’homme ne comprend pas vite les choses de Dieu.
Patience partout, et d’une manière sublime durant Sa
Passion. C’est comme si quelque chose dans la
patience charmait tellement Jésus, qu’Il a voulu venir
sur la terre pour nous montrer à la pratiquer.
Le Don royal de
l’Amour Infini
Mes frères, mes
sœurs, il nous faut croire
que l’épreuve, les tribula-
tions, les maux, les dou-
leurs, c’est le don royal de
l’Amour infini. Le
croire et y adhérer,
c’est la perfection. La
perfection du chrétien est
de croire vraiment de toute notre âme que la souf-
france est un don royal de l’Amour infini, donc de Dieu
même. Quels que soient la souffrance, la tribulation,
l’infirmité, la maladie, la contradiction, le contretemps
– et je ne les ai pas encore tous nommés – il faut faire
taire notre petite raison et entrer dans le dessein de
Dieu par des vues de foi.
Le péché nous a éloignés de Dieu, il nous a rivés à
la terre et nous a mis sur un chemin contraire à Dieu.
J’insiste sur ce point, pour que l’on s’en rappelle bien:
par nos péchés, nous avons produit tous les maux, les
tribulations, et Dieu a décidé que ces mêmes souf-
frances produites par nos péchés seraient le remède de
nos péchés. Le remède divin est là, mais il faut s’en
rappeler et le croire quand arrivent les occasions.
La souffrance remet toutes les choses en ordre, à
leur place. Quel mystère! Non seulement la souf-
france purifie nos âmes, mais Dieu en a fait la condi-
tion pour réaliser Ses plus grands desseins. Et la
preuve ultime de cette assertion, c’est la croix.
N’oublions pas, dans nos souffrances, de nous unir à
l’intention de Dieu. Acceptons comme étant Sa
volonté, pour la purification de nos âmes, pour Le glo-
rifier, pour entrer dans Son dessein.
On se rappelle de l’anecdote de sainte Thérèse
d’Avila qui cheminait de nuit pour établir ses monas-
tères de carmélites. Elle rencontrait beaucoup d’oppo-
sition, non seulement des mondains mais même du
clergé, malgré qu’on était dans une époque de ferveur
dans l’Église. Une nuit d’hiver, un pont qu’elle traver-
sait avec ses sœurs cède sous le poids de la charrette
bâchée et tirée par les chevaux. Voilà que la charrette
et les bonnes sœurs tombent dans la rivière. De peine
et de misère, elles réussissent à se sortir de l’eau gla-
cée. Jésus, souriant, attend Thérèse d’Avila sur la
berge, et lui dit: «Ainsi Je traite Mes amis.» Et Thé-
rèse d’Avila de répondre, à la blague, avec candeur et
simplicité: «Je comprends que Vous en ayez si peu!»
Nous nous plaisons à répéter ces paroles en souriant
devant toutes sortes de situations malencontreuses.
Mais c’est vraiment la vérité. Il faut croire que la souf-
france et les contretemps sont le chemin des amis de
Dieu.
Mysterium fidei
Dieu envoie des souffrances à ceux qu’Il aime.
Cette grande vérité fait partie des mystères de l’amour
de Dieu. Ici-bas l’amour que nous avons pour Dieu
n’est pas une émotion, quelque chose de senti. C’est
une erreur courante chez les chrétiens de vouloir sen-
tir l’amour de Dieu, ressentir une espèce de chaleur,
une palpitation, une émotion, de belles larmes; ça fait
du bien. Ce n’est pas mauvais, mais même en religion,
cela reste une émotion naturelle.
Par des vues de foi, il faut croire à l’amour de
Dieu dans l’épreuve, dans la souffrance.
Cette année, mes frères et mes sœurs, je vous
invite à cette foi pratique de croire vraiment qu’à
travers les maux qui nous visitent déjà et ceux qui
vont arriver par la suite, c’est l’amour de Dieu qui
veut se manifester à nous et à l’humanité.
Je vous rappelle la formule latine que le prêtre dit
lors de la Consécration à la Messe: Mysterium
fidei. On emploie ces mots pour la sainte Eucha-
ristie, mystère de foi. Vous pouvez appliquer la
même formule dans la souffrance, les contrarié-
tés, les infirmités et les maladies. Faites la liste
très longue des épreuves que vous expérimentez
maintenant et toutes celles qui se pointent à
l’horizon. Vous les voyez venir. Ce qu’on a vécu,
c’était le premier chapitre. Ce qui s’en vient sera
un peu plus sévère, un peu plus douloureux.
Mysterium fidei. Croyez que c’est la manifesta-
tion de l’amour de Dieu, qui a décidé de nous
sauver. Il Lui faut une petite poignée d’âmes
motivées par cette foi. Serons-nous du nombre
de ces âmes? Oui, mes frères, mes sœurs, oui
nous le serons. Je veux bien répondre en votre
nom parce que je crois vraiment que votre cœur
dit oui.
L’Eucharistie est un mystère de foi. Est-ce que la
vérité, la réalité de la présence de Jésus dans l’Hostie
réside dans le fait que vous sentez qu’Il est là, que vous
avez une émotion qui vous révèle que, ah oui! Jésus est
là? Non, nous croyons en Sa présence parce qu’Il nous
l’a révélé et que nous avons foi en Sa parole. Ainsi en
est-il de cet autre mystère que nous vous commentons
aujourd’hui. La souffrance est un mystère de foi, qu’il
vous faut accepter tout comme le mystère de la Pré-
sence réelle. Et vous l’acceptez, non pas parce que
vous avez une douce émotion et que vous ressentez
que «oui, c’est vrai, la souffrance m’est profitable». Si
vous ressentez de douces émotions, c’est que vous êtes
à la sortie de la tribulation. Quand vous êtes dedans
votre épreuve, il n’y a pas de douce émotion, mais
seulement du mal, de la douleur, de l’incompréhen-
sion. Moins vous comprenez, plus c’est douloureux.
C’est le mystère de notre rédemption, Mysterium fidei.
C’est salutaire, c’est notre sanctification…
La souffrance acceptée fait d’un pécheur,
un saint, par décret de Dieu. Dieu en a décidé
ainsi. Notre péché a produit tous les maux et Dieu a
décidé que les maux seraient notre salut. Dans ce
domaine-ci, plus que partout ailleurs, il faut se méfier
de nos sens. Toutes nos facultés peuvent nous trom-
per: intelligence, mémoire, entendement. Quand tout
nous fait mal, qu’on ne voit plus l’horizon, appliquons-
nous à nous soumettre à Dieu entièrement dans notre
intérieur, et à adhérer. Alors, avec reconnaissance,
nous louerons Dieu, nous Le bénirons, et nous Le glo-
rifierons par l’ardeur de notre foi. C’est le salut. C’est
le salut pour soi, c’est le salut pour l’humanité. C’est
ainsi que le monde sera sauvé.
Cette foi a toujours été indispensable, mais main-
tenant elle l’est plus que jamais, parce que le monde va
entrer dans un temps de souffrances plus intenses. Il
faudra des témoins pour Dieu, qui vont savoir Le louer
et Le glorifier par l’adhésion de leur cœur. Ils seront
véritablement des Apôtres de l’Amour Infini, parce
que leur cœur, en toute souffrance, en toute difficulté,
en toute obscurité, toujours et en toutes circonstances,
va adorer les desseins de Dieu.
Notre-Dame de La Salette disait dans Son appel
aux Apôtres des Derniers Temps: Je suis avec vous et
en vous, pourvu que votre foi soit la lumière qui
vous éclaire dans ces jours de malheur. C’est
dans la souffrance, plus que partout ailleurs, qu’il faut
pratiquer la foi. Et rappelez-vous que la foi, ce n’est
pas de sentir, ce n’est même pas de comprendre. La
foi, c’est d’adhérer à un mystère qui nous est
révélé, un mystère qui dépasse la raison. Et
plus nous sommes dépassés, plus nous sommes sub-
mergés par toutes sortes de souffrances, plus notre
raison et tous nos sens s’y perdent, alors, plus aussi
notre cœur, l’intime de notre être adhère à Dieu par la
foi.
Gracieusement
C’est la coutume d’ajouter au mot d’ordre un sou-
hait. Pour l’année qui vient de se clore, vous avez eu
comme souhait «de suivre Jésus, la Vérité, et de le
faire gracieusement». Cette année, nous réitérons le
même souhait de pratiquer la vertu de patience gra-
cieusement, c’est-à-dire de telle sorte que personne ne
se rende compte que vous êtes patient. Quand on
montre à son prochain qu’on est patient, c’est qu’on ne
l’est pas. On veut lui faire sentir qu’il nous fait souf-
frir, qu’il nous exerce, qu’il est pour nous une cause de
souffrances. Cette année appliquez-vous à pratiquer la
patience gracieusement.
Dans le cantique de saint Louis-Marie de Montfort
sur la patience, nous chantons:
Quelle gloire à Dieu, ce bon Père,
De voir Son cher enfant qui rit,
Qui baise humblement et révère
Les verges dont Il le punit.
Qui du milieu des coups s’écrie:
«Dieu soit béni! Mon Dieu, pardon.
Mon Père, je Vous remercie,
Oh! quelle grâce! oh! le grand don.»
Le chant de reconnaissance
Quelle gloire à Dieu de voir Son enfant qui sourit,
qui Le remercie dans la souffrance qu’Il lui envoie! Je
suis convaincu que c’est le sommet de la reli-
gion. Oui, rien de plus grand ici-bas que d’accepter
l’épreuve, remercier Dieu dans la souffrance, Le louant
et Le bénissant, pas seulement des lèvres mais surtout
du cœur et du fond de l’âme, en Lui disant: «Mon
Dieu, rien de mieux ne pouvait m’arriver, puisque c’est
Vous qui l’avez décidé ainsi.» Peu importe la tribula-
tion, la souffrance, l’épreuve ou les maux. C’est très
facile à dire assis confortablement sur un fauteuil,
mais quand la souffrance nous visite, quand tout fait
mal, cela peut devenir héroïque de dire: «Mon Dieu,
oui! Rien de mieux ne pouvait m’arriver. Je Vous glo-
rifie, je Vous bénis.»
Jésus, l’Innocence même, a été considéré comme
un homme frappé de Dieu, comme étant le coupable.
Mais nous, nous ne sommes pas innocents. Et devant
la souffrance qui vient nous visiter, nous devrions dire:
«Dieu soit béni! Mon Dieu, pardon. Mon Dieu, Vous
ne m’avez pas abandonné! Vous m’envoyez à souffrir,
Vous avez décidé de me sauver. Mon Père, je Vous
remercie. Oh! quelle grâce! oh! le grand don!»
Je crois que tout le Ciel est en suspens en voyant
un chrétien qui bénit et remercie Dieu, tandis que tout
son être, son cœur et son âme, est dans l’épreuve, dans
les ténèbres, et qu’il est accablé par toutes sortes de
souffrances. Il n’y a rien pour la raison, c’est l’épreuve
et rien que l’épreuve, et pourtant ce chrétien continue
de louer le bon Dieu. Quand Il voit ce sentiment dans
Son enfant, Dieu met tout le Ciel en suspens… Invi-
tant les Anges et les Saints, et pour employer nos
manières de parler, Il leur dit: «Venez voir Mon
enfant. Venez voir ce spectacle. J’en ai un qui est
opprimé, qui est dans les ténèbres, qui ne voit rien, qui
ne comprend rien, qui souffre de toutes les manières.
Et regardez comment il Me loue, Me bénit et Me
remercie!»
Quel spectacle singulier à Dieu, aux Anges et aux
Saints! N’est-ce pas que nous voudrions donner cette
gloire à Dieu? Je suis certain que le Ciel fait une pause
pour contempler ce spectacle, tellement c’est grand,
tellement ça glorifie Dieu. On pourrait entendre à ce
moment-là Jésus répéter: En vérité, Je n’ai pas trouvé
tant de foi en Israël.
6
Mes frères et mes sœurs, nous faisons partie de
l’Ordre du Magnificat de la Mère de Dieu, le Magnifi-
cat, chant de reconnaissance de la Vierge Marie. Plus
que tout autre, nous devons pratiquer cette reconnais-
sance dans l’épreuve et la douleur, de telle sorte que
demain, à notre contact, l’humanité revienne à Dieu.
Qu’au lieu de maugréer, de murmurer, de trouver
l’action divine déplorable, voire néfaste – ce qui
revient à critiquer Dieu même – que les âmes, à notre
contact, louent, bénissent Dieu, à travers leurs souf-
frances. C’est l’intention de ce mot d’ordre et du
souhait.
Chantons les trois premières strophes du cantique
sur la patience de saint Louis-Marie de Montfort:
J’admire une grande princesse
Qui rit au milieu des tourments,
Qui sans chagrin et sans tristesse
Des maux fait ses plaisirs charmants.
C’est l’invincible Patience,
La leçon d’un Jésus mourant,
Le fondement de l’espérance,
La force du vrai conquérant.
N’est-ce pas le grand sacrifice
De l’homme à la Divinité
Pour payer toute Sa justice,
Pour glorifier Sa bonté,
Pour attendre Sa Providence,
Pour croire à Son autorité,
Pour se soumettre à Sa puissance,
Pour adorer Sa majesté?
Quelle gloire à Dieu, ce bon Père,
De voir Son cher enfant qui rit,
Qui baise humblement et révère
Les verges dont Il le punit,
Qui du milieu des coups s’écrie:
«Dieu soit béni! Mon Dieu, pardon.
Mon Père, je Vous remercie.
Oh! quelle grâce! oh! le grand don!»
N’est-ce pas le grand, le plus beau sacrifice de
l’homme à la Divinité? Pour payer toute Sa justice...
ça paye tout, tout! Sa justice est satisfaite. Pour glori-
fier Sa bonté. C’est vraiment un miracle de Son
Amour infini. Le péché a amené tous les maux, et les
maux réparent le péché.
N’est-ce pas le grand sacrifice
De l’homme à la Divinité
Pour payer toute Sa justice,
Pour glorifier Sa bonté,
Pour attendre Sa Providence…
C’est absolument certain que le projet, le grand
dessein de la divine Providence se réalise ainsi.
En ce premier jour de la nouvelle année, nous
allons offrir ce premier Saint Sacrifice de la Messe avec
Jésus qui est notre grand modèle, et qui va S’immoler
à Son Père sur l’autel. Je demande à notre bon Jésus
qui va Se sacrifier, de vous donner une grâce efficace
pour réaliser le mot d’ordre de cette année – la
patience par amour pour Dieu et en union avec Jésus-
Christ – afin que le dessein de Sa Providence se
réalise à travers souffrances et épreuves. J’offre cette
Messe en votre nom, en y incluant l’intention, le désir
de votre cœur de vous y appliquer. Que Son dessein
d’amour se réalise à travers souffrances, épreuves,
maux et tribulations, parce que notre âme, notre cœur
va adhérer. Puissions-nous ne pas murmurer et ne pas
critiquer, mais en toute patience, puissions-nous Le
louer et Le glorifier.
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, et
de la Mère de Dieu. Ainsi soit-il.
Notre-Dame de toute patience, priez pour nous.
(Trois fois)
Mot
d’ordre
et
souhait
pour
2023