Pour la préservation du Dépôt de la Foi.

Pour que le Règne de Dieu arrive!

MAGNIFICAT

L’Ordre du Magnificat de la Mère de Dieu a pour fin particulière la conservation du Dépôt de la Foi par l’enseignement religieux sous toutes ses formes. Dieu l’a établi comme «un rempart devant l’apostasie quasi générale» qui a envahi la chrétienté et en particulier l’Église romaine.

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Mot d’Ordre pour 2023:

La PATIENCE
par amour pour Dieu et en union avec Jésus-Christ

Souhait:

GRACIEUSEMENT


par Père Mathurin de la Mère de Dieu

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, et de la Mère de Dieu. Ainsi soit-il.

À l’aurore de cette Nouvelle Année, en ce premier jour de l’An consacré à notre Père des Cieux, en notre nom, en votre nom, mes frères et sœurs, nous voulons souhaiter nos meilleurs vœux à notre Père des Cieux.

Nous avons été choisis pour être la louange de Sa gloire1, dit saint Paul. Avec toute l’intensité et la ferveur de notre cœur, nous disons d’emblée au Père Éternel que nous voulons être pour Lui louange de gloire, et que nous voulons utiliser à Sa gloire tout ce qu’Il a créé en nous: notre cœur, notre âme, notre volonté, notre mémoire, toutes nos facultés, tout notre être.

La Patience chrétienne

Voici le mot d’ordre pour cette année: la patience. Le Père Adolphe Tanquerey nous en donne la définition dans son Précis de Théologie: La patience est une vertu chrétienne qui nous fait supporter avec égalité d’âme, par amour pour Dieu et en union avec Jésus-Christ, les souffrances physiques ou morales.2

Je vous souhaite cette vertu chrétienne de la patience. Cependant, il existe aussi une patience mondaine qui se compose, par une certaine retenue, afin de produire une image pour impressionner l’entourage, pour arriver à des fins humaines, terrestres. Il ne s’agit pas de celle-là.

La première intention de cette vertu de patience que nous vous invitons à pratiquer cette année, c’est d’abord pour glorifier Dieu. Mais Le glorifier d’une manière très particulière: en développant cette conviction dans le cœur que si Dieu envoie à souffrir, c’est parce qu’Il a une intention, un projet pour Son enfant. C’est par un dessein de Son amour que la souffrance, sous toutes ses formes, nous visite.

La pratique de la vertu de patience est aussi pour réparer le péché et entrer dans le dessein de Dieu à travers les souffrances et les tribulations qu’Il nous envoie. Beaucoup d’auteurs mettent ce motif de réparation en premier; mais j’ai voulu commencer par un motif plus positif, qui est de glorifier Dieu.

Source de la souffrance

Ce n’est pas Dieu qui a fait la souffrance. La souffrance est le fruit du péché. L’homme était fait pour Dieu, pour la joie de l’union avec Lui. Et depuis que l’homme, par son péché, a brisé ce projet divin, il souffre, il est désorienté, il cherche. L’intelligence de l’homme est obscurcie, il ne voit plus clair. Toutes ses facultés sont dans les ténèbres – toutes! – à cause du péché.

Mais par quel tour de passe-passe, dirions-nous, l’Amour infini a réussi à faire de la souffrance, qui est venue de notre mal, le remède à notre mal? L’homme pèche, amenant la souffrance, et l’Amour infini en fait le remède du péché. Il fallait un Dieu pour penser à cela! Je crois que c’est une des plus belles manifestations de Son Amour infini. Notre mal amène la souffrance, nous sommes des condamnés. Et Dieu, pour manifester Son Amour infini, élève la souffrance engendrée par le péché de l’homme à une dignité sublime, on dirait presque infinie.

S’identifier au Christ

Cette vertu de patience dans l’adversité, nous la méditons singulièrement durant la saison de Noël. Elle est manifestée d’abord par Marie et Joseph: durant les cinq jours de marche de Nazareth à Bethléem, les rejets à Bethléem. Contemplez le détail de leurs gestes tout imprégnés de patience. Quand Jésus arrive, quelle douceur, quelle patience! Et déjà, le monde va s’acharner sur le petit Enfant. La Sainte Famille doit partir en catastrophe pour fuir en Égypte. Contemplez comment ils ont agi dans leur cheminement, quittant la grotte de Bethléem, en pleine nuit, sans préparatifs, pour entreprendre une longue route à travers le désert dans toutes sortes de conditions difficiles. Ils se réfugient en Égypte, un pays étranger. Il faut contempler leur patience afin de l’imiter, et entrer ainsi dans ces dispositions de Jésus, de Marie, de Joseph.

Depuis la venue de Jésus, il semble que la souffrance est ce qui a la capacité de nous identifier le plus au Christ, Verbe de Dieu incarné. Allez n’importe où dans le monde, chez n’importe quelle dénomination: catholique – il va sans dire – mais aussi protestante, juive, musulmane, bouddhiste, hindoue, païenne, faites le tour de la planète et montrez une croix, juste une croix formée de deux petits bouts de bois ou de deux traits de crayon. Tous vont reconnaître le signe de Jésus, avant de dire le mot croix. La croix est synonyme de Jésus, tellement Il Se l’est appropriée.

Je crois vraiment que l’exemple de Jésus est ce qui peut nous motiver le plus à la patience dans les adversités et les épreuves de la vie; et il y en a! Je ne pense pas qu’il y ait de mot avec plus de synonymes que souffrance: croix, adversités, tribulations, épreuves, maux, douleurs, infirmités, maladies… Dans chacun de ces synonymes, Dieu attend de Son enfant qu’il le reçoive avec patience, comme un don.

Il faut être bien attentif à la manière avec laquelle on reçoit la souffrance. J’en profite pour rectifier un propos souvent répété: la croix, la souffrance, c’est le salut. C’est vrai, mais en même temps c’est inexact. Il y eut trois croix sur le Calvaire. Celle de notre Jésus, le Christ, le Rédempteur. Il est venu pour faire notre salut par la croix divinisée, justement par ce tour de passe-passe de Son Amour infini. Il y a celle du bon larron qui est révolté et qui maugrée, murmure, comme le rapporte l’Évangile. Mais en contemplant Jésus crucifié à côté de lui, il est converti, il est transformé, et la souffrance devient pour lui rédemptrice, salvatrice. Par contre, le mauvais larron qui subit les mêmes souffrances, le même supplice de la croix, devient un réprouvé, parce qu’il a maugréé et murmuré jusqu’à la fin. Il a blasphémé, il a maudit ses souffrances.

C’est un grand mystère que Jésus nous a révélé, et qui a aussi été dévoilé en partie dès l’Ancien Testament. Rappelons-nous l’histoire du saint homme Tobie – vraiment un saint de l’Ancien Testament – qui multipliait les bonnes œuvres, dans le secret, dans la plus grande discrétion sous l’œil de Dieu seul, pour Le glorifier. L’humanité était encore à des siècles avant la venue de Jésus-Christ. Pendant que Tobie prenait une sieste en dessous d’un arbre, un peu de fiente d’oiseau tombe sur ses yeux et il devient aveugle pour des années. Plus tard, grâce à un remède indiqué par l’Archange Raphaël, qui avait accompagné son fils dans un pays lointain, au retour de leur périple Tobie est guéri de sa cécité. Puis l’Ange l’instruit sur le pourquoi de cette épreuve: «Je vais maintenant vous manifester une vérité, vous découvrir une chose cachée. Parce que vous étiez agréable à Dieu, il fallait que vous soyez éprouvé.»3

À l’énoncé de cette grande vérité que l’Ange nous manifeste de la part de Dieu, il faut faire silence, et endosser cette vérité, y adhérer. Parce que vous étiez agréable à Dieu, il fallait que vous soyez éprouvé… On pourrait rétorquer que tout le monde est éprouvé sur la terre! Puis rajouter que vraisemblablement la plupart ne sont pas agréables à Dieu. Alors, je vous répondrais que la miséricorde de Dieu est actuellement encore plus grande qu’envers Tobie. Certes nous ne sommes pas agréables à Dieu, mais Il nous envoie l’épreuve afin de nous rendre agréables à Lui. C’est le but de la souffrance.

Le divin remède

Nous sommes tous des pécheurs. L’humanité est pécheresse comme jamais. Dieu veut rendre l’humanité agréable à Son regard, cette humanité qui L’outrage, ces chrétiens qui Le bafouent, qui méprisent Son attente, de toutes les façons et sans vergogne. Malgré cela, Dieu a décidé qu’Il rendrait l’humanité agréable à Son divin regard. C’est pourquoi nous vous invitons à cette patience chrétienne, pour que nous autres, pécheurs, nous devenions agréables à Dieu, ainsi que tous nos frères de la terre.

Il n’y a pas tellement longtemps, à propos de l’inquiétude que nous pourrions avoir dans ces temps troublés, je posais la question: le bon Dieu va-t-Il fermer les livres? Fermer les livres veut dire qu’on ferme la compagnie, que c’est fini. Est-ce que ça sera la fin de l’histoire de l’humanité? Pour employer nos mots humains, le bon Dieu n’est-Il pas découragé, tanné4, lassé des hommes? N’en a-t-Il pas ras-le-bol du mal universel qui n’a plus de bornes? N’en a-t-Il pas assez de Se faire bafouer de la sorte par les humains, Ses créatures? Heureusement, les souffrances que nous avons connues ces dernières années m’ont redonné espoir. On pourrait dire qu’il restait à Dieu deux options: la première était de fermer les livres de l’histoire des hommes, mais il semble qu’Il n’a pas retenu cette option. Le bon Dieu a choisi plutôt d’employer les souffrances, souffrances qui viennent des hommes, de leurs péchés.

Comme je l’ai déjà dit, ce n’est pas Dieu qui a inventé le mal. C’est vraiment important que nous le comprenions bien: le mal vient des péchés des hommes. Le mal amène cette désolation de plus en plus répandue, et qui devient universelle. C’est cette même désolation qui sera le remède à tous les maux si – de là la raison du mot d’ordre – SI, mes frères et mes sœurs, en patience, sans murmurer, sans maugréer, sans tout analyser, si, comme des pécheurs, comme des coupables, nous acceptons les maux en patience, en patience. Quelle profonde et sublime invention de l’Amour infini: Dieu fait de la souffrance le remède au mal.

Le Psalmiste dit: Lui-même – Jésus, le Messie – a été considéré comme un homme frappé de Dieu, humilié5. Jésus, l’Innocence même, a été considéré comme le plus vil des pécheurs, non pas frappé par la main des hommes, mais frappé de Dieu même. C’est ainsi que notre Rédempteur S’est fait notre remède. Il S’est chargé de nos péchés. Il les a expiés par toutes Ses souffrances et par Sa douloureuse Passion. Jésus est le plus grand, le plus bel exemple que nous puissions avoir de cette vertu de patience, vertu chrétienne, c’est-à-dire christique, comme le Christ.

Notre Sauveur a pratiqué la patience dans toutes les circonstances de Sa vie, de la crèche au Calvaire. Il reste d’abord caché durant trente ans dans une vie de travail et de patience. Ensuite, dans Sa vie publique, Il est souvent mal reçu, en butte à tant de pièges qui Lui sont tendus, supportant toutes sortes de propos qui Le bafouent, Le ridiculisent. Quelle patience!

Patience devant Ses ennemis, patience avec Ses amis. Ses Apôtres, Ses amis, ne comprennent pas vite. L’homme ne comprend pas vite les choses de Dieu. Patience partout, et d’une manière sublime durant Sa Passion. C’est comme si quelque chose dans la patience charmait tellement Jésus, qu’Il a voulu venir sur la terre pour nous montrer à la pratiquer.

Le Don royal de l’Amour infini

Mes frères, mes sœurs, il nous faut croire que l’épreuve, les tribulations, les maux, les douleurs, c’est le don royal de l’Amour infini. Le croire et y adhérer, c’est la perfection. La perfection du chrétien est de croire vraiment de toute notre âme que la souffrance est un don royal de l’Amour infini, donc de Dieu même. Quels que soient la souffrance, la tribulation, l’infirmité, la maladie, la contradiction, le contretemps – et je ne les ai pas encore tous nommés – il faut faire taire notre petite raison et entrer dans le dessein de Dieu par des vues de foi.

Le péché nous a éloignés de Dieu, il nous a rivés à la terre et nous a mis sur un chemin contraire à Dieu. J’insiste sur ce point, pour que l’on s’en rappelle bien: par nos péchés, nous avons produit tous les maux, les tribulations, et Dieu a décidé que ces mêmes souffrances produites par nos péchés seraient le remède de nos péchés. Le remède divin est là, mais il faut s’en rappeler et le croire quand arrivent les occasions.

La souffrance remet toutes les choses en ordre, à leur place. Quel mystère! Non seulement la souffrance purifie nos âmes, mais Dieu en a fait la condition pour réaliser Ses plus grands desseins. Et la preuve ultime de cette assertion, c’est la croix. N’oublions pas, dans nos souffrances, de nous unir à l’intention de Dieu. Acceptons comme étant Sa volonté, pour la purification de nos âmes, pour Le glorifier, pour entrer dans Son dessein.

On se rappelle de l’anecdote de sainte Thérèse d’Avila qui cheminait de nuit pour établir ses monastères de carmélites. Elle rencontrait beaucoup d’opposition, non seulement des mondains mais même du clergé, malgré qu’on était dans une époque de ferveur dans l’Église. Une nuit d’hiver, un pont qu’elle traversait avec ses sœurs cède sous le poids de la charrette bâchée et tirée par les chevaux. Voilà que la charrette et les bonnes sœurs tombent dans la rivière. De peine et de misère, elles réussissent à se sortir de l’eau glacée. Jésus, souriant, attend Thérèse d’Avila sur la berge, et lui dit: «Ainsi Je traite Mes amis.» Et Thérèse d’Avila de répondre, à la blague, avec candeur et simplicité: «Je comprends que Vous en ayez si peu!» Nous nous plaisons à répéter ces paroles en souriant devant toutes sortes de situations malencontreuses. Mais c’est vraiment la vérité. Il faut croire que la souffrance et les contretemps sont le chemin des amis de Dieu.

Mysterium fidei

Dieu envoie des souffrances à ceux qu’Il aime. Cette grande vérité fait partie des mystères de l’amour de Dieu. Ici-bas l’amour que nous avons pour Dieu n’est pas une émotion, quelque chose de senti. C’est une erreur courante chez les chrétiens de vouloir sentir l’amour de Dieu, ressentir une espèce de chaleur, une palpitation, une émotion, de belles larmes; ça fait du bien. Ce n’est pas mauvais, mais même en religion, cela reste une émotion naturelle.

Par des vues de foi, il faut croire à l’amour de Dieu dans l’épreuve, dans la souffrance.

Cette année, mes frères et mes sœurs, je vous invite à cette foi pratique de croire vraiment qu’à travers les maux qui nous visitent déjà et ceux qui vont arriver par la suite, c’est l’amour de Dieu qui veut se manifester à nous et à l’humanité.

Je vous rappelle la formule latine que le prêtre dit lors de la Consécration à la Messe: Mysterium fidei. On emploie ces mots pour la sainte Eucharistie, mystère de foi. Vous pouvez appliquer la même formule dans la souffrance, les contrariétés, les infirmités et les maladies. Faites la liste très longue des épreuves que vous expérimentez maintenant et toutes celles qui se pointent à l’horizon. Vous les voyez venir. Ce qu’on a vécu, c’était le premier chapitre. Ce qui s’en vient sera un peu plus sévère, un peu plus douloureux. Mysterium fidei. Croyez que c’est la manifestation de l’amour de Dieu, qui a décidé de nous sauver. Il Lui faut une petite poignée d’âmes motivées par cette foi. Serons-nous du nombre de ces âmes? Oui, mes frères, mes sœurs, oui nous le serons. Je veux bien répondre en votre nom parce que je crois vraiment que votre cœur dit oui.

L’Eucharistie est un mystère de foi. Est-ce que la vérité, la réalité de la présence de Jésus dans l’Hostie réside dans le fait que vous sentez qu’Il est là, que vous avez une émotion qui vous révèle que, ah oui! Jésus est là? Non, nous croyons en Sa présence parce qu’Il nous l’a révélé et que nous avons foi en Sa parole. Ainsi en est-il de cet autre mystère que nous vous commentons aujourd’hui. La souffrance est un mystère de foi, qu’il vous faut accepter tout comme le mystère de la Présence réelle. Et vous l’acceptez, non pas parce que vous avez une douce émotion et que vous ressentez que «oui, c’est vrai, la souffrance m’est profitable». Si vous ressentez de douces émotions, c’est que vous êtes à la sortie de la tribulation. Quand vous êtes dedans votre épreuve, il n’y a pas de douce émotion, mais seulement du mal, de la douleur, de l’incompréhension. Moins vous comprenez, plus c’est douloureux. C’est le mystère de notre rédemption, Mysterium fidei. C’est salutaire, c’est notre sanctification…

La souffrance acceptée fait d’un pécheur, un saint, par décret de Dieu. Dieu en a décidé ainsi. Notre péché a produit tous les maux et Dieu a décidé que les maux seraient notre salut. Dans ce domaine-ci, plus que partout ailleurs, il faut se méfier de nos sens. Toutes nos facultés peuvent nous tromper: intelligence, mémoire, entendement. Quand tout nous fait mal, qu’on ne voit plus l’horizon, appliquons-nous à nous soumettre à Dieu entièrement dans notre intérieur, et à adhérer. Alors, avec reconnaissance, nous louerons Dieu, nous Le bénirons, et nous Le glorifierons par l’ardeur de notre foi. C’est le salut. C’est le salut pour soi, c’est le salut pour l’humanité. C’est ainsi que le monde sera sauvé.

Cette foi a toujours été indispensable, mais maintenant elle l’est plus que jamais, parce que le monde va entrer dans un temps de souffrances plus intenses. Il faudra des témoins pour Dieu, qui vont savoir Le louer et Le glorifier par l’adhésion de leur cœur. Ils seront véritablement des Apôtres de l’Amour Infini, parce que leur cœur, en toute souffrance, en toute difficulté, en toute obscurité, toujours et en toutes circonstances, va adorer les desseins de Dieu.

Notre-Dame de La Salette disait dans Son appel aux Apôtres des Derniers Temps: Je suis avec vous et en vous, pourvu que votre foi soit la lumière qui vous éclaire dans ces jours de malheur. C’est dans la souffrance, plus que partout ailleurs, qu’il faut pratiquer la foi. Et rappelez-vous que la foi, ce n’est pas de sentir, ce n’est même pas de comprendre. La foi, c’est d’adhérer à un mystère qui nous est révélé, un mystère qui dépasse la raison. Et plus nous sommes dépassés, plus nous sommes submergés par toutes sortes de souffrances, plus notre raison et tous nos sens s’y perdent, alors, plus aussi notre cœur, l’intime de notre être adhère à Dieu par la foi.

Gracieusement

C’est la coutume d’ajouter au mot d’ordre un souhait. Pour l’année qui vient de se clore, vous avez eu comme souhait «de suivre Jésus, la Vérité, et de le faire gracieusement». Cette année, nous réitérons le même souhait de pratiquer la vertu de patience gracieusement, c’est-à-dire de telle sorte que personne ne se rende compte que vous êtes patient. Quand on montre à son prochain qu’on est patient, c’est qu’on ne l’est pas. On veut lui faire sentir qu’il nous fait souffrir, qu’il nous exerce, qu’il est pour nous une cause de souffrances. Cette année appliquez-vous à pratiquer la patience gracieusement.

Dans le cantique de saint Louis-Marie de Montfort sur la patience, nous chantons:

Quelle gloire à Dieu, ce bon Père,
De voir Son cher enfant qui rit,
Qui baise humblement et révère
Les verges dont Il le punit.
Qui du milieu des coups s’écrie:
«Dieu soit béni! Mon Dieu, pardon.
Mon Père, je Vous remercie,
Oh! quelle grâce! oh! le grand don.»

Le chant de reconnaissance

Quelle gloire à Dieu de voir Son enfant qui sourit, qui Le remercie dans la souffrance qu’Il lui envoie! Je suis convaincu que c’est le sommet de la religion. Oui, rien de plus grand ici-bas que d’accepter l’épreuve, remercier Dieu dans la souffrance, Le louant et Le bénissant, pas seulement des lèvres mais surtout du cœur et du fond de l’âme, en Lui disant: «Mon Dieu, rien de mieux ne pouvait m’arriver, puisque c’est Vous qui l’avez décidé ainsi.» Peu importe la tribulation, la souffrance, l’épreuve ou les maux. C’est très facile à dire assis confortablement sur un fauteuil, mais quand la souffrance nous visite, quand tout fait mal, cela peut devenir héroïque de dire: «Mon Dieu, oui! Rien de mieux ne pouvait m’arriver. Je Vous glorifie, je Vous bénis.»

Jésus, l’Innocence même, a été considéré comme un homme frappé de Dieu, comme étant le coupable. Mais nous, nous ne sommes pas innocents. Et devant la souffrance qui vient nous visiter, nous devrions dire: «Dieu soit béni! Mon Dieu, pardon. Mon Dieu, Vous ne m’avez pas abandonné! Vous m’envoyez à souffrir, Vous avez décidé de me sauver. Mon Père, je Vous remercie. Oh! quelle grâce! oh! le grand don!»

Je crois que tout le Ciel est en suspens en voyant un chrétien qui bénit et remercie Dieu, tandis que tout son être, son cœur et son âme, est dans l’épreuve, dans les ténèbres, et qu’il est accablé par toutes sortes de souffrances. Il n’y a rien pour la raison, c’est l’épreuve et rien que l’épreuve, et pourtant ce chrétien continue de louer le bon Dieu. Quand Il voit ce sentiment dans Son enfant, Dieu met tout le Ciel en suspens… Invitant les Anges et les Saints, et pour employer nos manières de parler, Il leur dit: «Venez voir Mon enfant. Venez voir ce spectacle. J’en ai un qui est opprimé, qui est dans les ténèbres, qui ne voit rien, qui ne comprend rien, qui souffre de toutes les manières. Et regardez comment il Me loue, Me bénit et Me remercie!»

Quel spectacle singulier à Dieu, aux Anges et aux Saints! N’est-ce pas que nous voudrions donner cette gloire à Dieu? Je suis certain que le Ciel fait une pause pour contempler ce spectacle, tellement c’est grand, tellement ça glorifie Dieu. On pourrait entendre à ce moment-là Jésus répéter: En vérité, Je n’ai pas trouvé tant de foi en Israël.6

Mes frères et mes sœurs, nous faisons partie de l’Ordre du Magnificat de la Mère de Dieu, le Magnificat, chant de reconnaissance de la Vierge Marie. Plus que tout autre, nous devons pratiquer cette reconnaissance dans l’épreuve et la douleur, de telle sorte que demain, à notre contact, l’humanité revienne à Dieu. Qu’au lieu de maugréer, de murmurer, de trouver l’action divine déplorable, voire néfaste – ce qui revient à critiquer Dieu même – que les âmes, à notre contact, louent, bénissent Dieu, à travers leurs souffrances. C’est l’intention de ce mot d’ordre et du souhait.

Chantons les trois premières strophes du cantique sur la patience de saint Louis-Marie de Montfort:

J’admire une grande princesse
Qui rit au milieu des tourments,
Qui sans chagrin et sans tristesse
Des maux fait ses plaisirs charmants.
C’est l’invincible Patience,
La leçon d’un Jésus mourant,
Le fondement de l’espérance,
La force du vrai conquérant.

N’est-ce pas le grand sacrifice
De l’homme à la Divinité
Pour payer toute Sa justice,
Pour glorifier Sa bonté,
Pour attendre Sa Providence,
Pour croire à Son autorité,
Pour se soumettre à Sa puissance,
Pour adorer Sa majesté?

Quelle gloire à Dieu, ce bon Père,
De voir Son cher enfant qui rit,
Qui baise humblement et révère
Les verges dont Il le punit,
Qui du milieu des coups s’écrie:
«Dieu soit béni! Mon Dieu, pardon.
Mon Père, je Vous remercie.
Oh! quelle grâce! oh! le grand don!»

N’est-ce pas le grand, le plus beau sacrifice de l’homme à la Divinité? Pour payer toute Sa justice… ça paye tout, tout! Sa justice est satisfaite. Pour glorifier Sa bonté. C’est vraiment un miracle de Son Amour infini. Le péché a amené tous les maux, et les maux réparent le péché.

N’est-ce pas le grand sacrifice
De l’homme à la Divinité
Pour payer toute Sa justice,
Pour glorifier Sa bonté,
Pour attendre Sa Providence…

C’est absolument certain que le projet, le grand dessein de la divine Providence se réalise ainsi.

En ce premier jour de la nouvelle année, nous allons offrir ce premier Saint Sacrifice de la Messe avec Jésus qui est notre grand modèle, et qui va S’immoler à Son Père sur l’autel. Je demande à notre bon Jésus qui va Se sacrifier, de vous donner une grâce efficace pour réaliser le mot d’ordre de cette année – la patience par amour pour Dieu et en union avec Jésus-Christ – afin que le dessein de Sa Providence se réalise à travers souffrances et épreuves. J’offre cette Messe en votre nom, en y incluant l’intention, le désir de votre cœur de vous y appliquer. Que Son dessein d’amour se réalise à travers souffrances, épreuves, maux et tribulations, parce que notre âme, notre cœur va adhérer. Puissions-nous ne pas murmurer et ne pas critiquer, mais en toute patience, puissions-nous Le louer et Le glorifier.

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, et de la Mère de Dieu. Ainsi soit-il.

 


1Cf. Éphésiens 1, 6 et 12

2Précis de Théologie Ascétique et Mystique, p. 683, No 1088. Voir page 12.

3Cf. La Sainte Bible, Tobie 12, 6-13. Ce récit est publié à la page 14.

4Expression québécoise qui signifie: à bout de patience.

5Isaïe 53, 4

6S. Luc 7, 9

Signe de la Croix

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, et de la Mère de Dieu. Ainsi soit-il.

Prière préparatoire

Ô Jésus! Nous allons parcourir avec Vous le chemin du Calvaire qui Vous fut si douloureux. Faites-nous comprendre la grandeur de Vos souffrances, touchez nos coeurs d’une tendre compassion à la vue de Vos tourments, afin d’augmenter en nous le regret de nos fautes et l’amour que nous voulons avoir pour Vous.
Daignez nous appliquer à tous, les mérites infinis de Votre Passion, et en mémoire de Vos douleurs, faites miséricorde aux âmes du purgatoire, surtout à celles qui sont les plus abandonnées.
Ô divine Marie! qui la première, nous avez enseigné à faire le Chemin de la Croix, obtenez-nous la grâce de suivre Jésus avec les sentiments dont Votre Coeur fut rempli en L’accompagnant sur la route du Calvaire. Faites que nous pleurions avec Vous, et que nous aimions comme Vous Votre divin Fils. Nous Vous le demandons au nom de Son Coeur adorable. Ainsi soit-il.