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Liturgie pour les Dimanches et Fêtes principales

Le pharisien et le publicain
10e dim après Pentecôte – Le Pharisien et le Publicain

Réflexion sur la Liturgie du jour – tiré de L’Année Liturgique, par Dom Prosper Guéranger

L’humble et suppliante confiance que l’Église met dans le secours de son Époux, la préservera toujours des abaissements qui ont châtié la jalousie persécutrice et l’orgueil de la synagogue. Elle exhorte ses fils à l’imiter dans leurs sollicitudes, et ne cesse de faire monter vers le ciel les accents de sa prière.

Introït. Lorsque je criais au Seigneur, Il a exaucé ma voix et m’a délivré de ceux qui s’approchent de moi en ennemis; Il les a humiliés, Celui qui est avant les siècles et demeure éternellement. Jetez vos sollicitudes dans le Seigneur, et Lui-même vous nourrira. Psaume. Ô Dieu, exaucez ma prière et ne méprisez pas mes supplications: regardez-moi favorablement, exaucez-moi.

Collecte. Ô Dieu qui manifestez Votre toute-puissance surtout dans le pardon et la miséricorde, multipliez sur nous Vos grâces, afin que, courant par elles à la béatitude que Vous avez promise, nous devenions participants des biens célestes. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

Épître

Lecture de l’Épître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Corinthiens. I, Chap. XII.

Mes Frères, vous savez que lorsque vous étiez païens, vous alliez comme on vous menait aux idoles muettes. Je vous déclare donc que nul homme, parlant par l’Esprit de Dieu, ne dit anathème à Jésus; et que nul ne peut dire: Seigneur Jésus, sinon par l’Esprit-Saint. Il y a diversité de grâces, mais un même Esprit. Il y a diversité de ministères, mais un même Seigneur. Il y adversité d’opérations, mais un même Dieu qui opère tout en tous. Or les manifestations de l’Esprit sont données à chacun pour l’utilité commune. Car à l’un est donnée par l’Esprit la parole de la sagesse, à l’autre celle de la science selon le même Esprit; l’un reçoit du même Esprit la foi, l’autre la grâce de guérir les maladies dans cet unique Esprit; un autre le don des miracles, un autre celui de prophétie, un autre le discernement des esprits, un autre le don de parler diverses langues, un autre celui de les interpréter. Or toutes ces choses ont pour Auteur un seul et même Esprit, qui divise à chacun Ses dons selon qu’il Lui plaît.

Graduel. Gardez-moi, Seigneur, comme la prunelle de l’oeil; protégez-moi sous l’ombre de Vos ailes. Que mon jugement sorte de la lumière de Votre face; que Vos yeux voient l’équité. Alléluia, alléluia. À Vous, ô Dieu, convient la louange en Sion; à Vous l’on rendra des voeux dans Jérusalem. Alleluia.

Évangile

La suite du saint Évangile selon saint Luc, Chap. XVIII.

En ce temps-là, Jésus dit cette parabole à quelques-uns qui se confiaient en eux-mêmes comme étant justes et méprisaient les autres: Deux hommes montèrent au temple pour prier; l’un était pharisien, et l’autre publicain. Le pharisien se tenant debout priait ainsi en lui-même: « Ô Dieu, je Vous rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont voleurs, injustes, adultères, ni même comme ce publicain. Je jeûne deux fois la semaine; je donne la dîme de tout ce que je possède. » Or le publicain, se tenant de loin, n’osait même lever les yeux au ciel; mais il frappait sa poitrine, en disant: « Ô Dieu, ayez pitié de moi, car je suis un pécheur! » Je vous le dis: celui-ci redescendit chez lui justifié, mais non l’autre; car quiconque s’élève sera humilié, et quiconque s’humilie sera élevé.

Réflexion sur l’Évangile

L’humilité, qui produit en nous cette crainte salutaire, est la vertu qui met l’homme à sa vraie place, dans sa propre estime, à l’égard de Dieu comme de ses semblables. Elle repose sur la conscience intime que la grâce nous met au cœur du tout de Dieu en l’homme et du vide de notre nature, abaissée encore de notre fait à nous-mêmes, par le péché, au-dessous du néant. La raison seule suffit pour donner à qui réfléchit un instant la conviction du néant de toute créature; mais à l’état de conclusion purement théorique, cette conviction n’est pas encore l’humilité: elle s’impose au démon dans l’enfer, et le dépit qu’elle lui inspire est le plus actif aliment de la rage de ce prince des orgueilleux. Pas plus donc que la foi, qui nous révèle ce qu’est Dieu dans l’ordre de la fin surnaturelle, l’humilité, qui nous apprend ce que nous sommes en face de Dieu, ne procède de la raison pure et ne réside dans la seule intelligence; pour être une vertu véritable, elle doit tirer d’en haut sa lumière, et mouvoir aussi dans l’Esprit-Saint nos volontés. En même temps que l’Esprit divin fait pénétrer dans nos âmes la notion de leur petitesse, Il les incline doucement à l’acceptation, à l’amour de cette vérité que la raison toute seule serait tentée de trouver importune.

«Laissez venir à Moi les petits enfants, et gardez-vous de les en empêcher, car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent; Je vous le dis en vérité, quiconque ne recevra pas le royaume de Dieu comme un enfant n’y entrera point.» Dans ce royaume de Dieu, l’humilité des Saints dépasse encore en effet ce qu’elle fut sur la terre, parce qu’ils y voient les réalités qu’ils ne saisissaient qu’obscurément durant leur vie. Leur bonheur est de mesurer dans l’adoration cette altitude de Dieu dont ils ne se feront jamais une idée parfaite, et de descendre toujours plus bas dans leur néant. Méditons ces pensées; nous comprendrons mieux comment les plus grands Saints ont été les plus humbles des hommes ici-bas, puisqu’il en est encore ainsi dans le ciel même, la lumière croissant pour les élus en proportion de leur gloire. Près du trône de Son divin Fils comme à Nazareth, Notre-Dame est toujours la plus humble des créatures, parce qu’Elle est la plus éclairée, parce qu’Elle comprend mieux que les chérubins et les séraphins la grandeur de Dieu et le néant de la créature.