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Notre Dame du Laus

Une pêche miraculeuse pendant un mois de Marie sur mer

Nous empruntons le récit suivant parut en mars 1846 aux Annales de la Propagation de la Foi.

De pieux missionnaires s’étaient embarqués en destination des terres infidèles. À peine en mer, Dieu leur envoya trois matelots qui demandaient à être préparés à la première communion. Quoiqu’ils s’étaient présentés d’eux-mêmes, les missionnaires jugèrent prudent de ne rien entreprendre sans la permission du capitaine. Éloigné lui-même de toute pratique religieuse, il accorda de grand cœur aux prêtres la permission d’exercer leur ministère en faveur de ceux qui le réclamaient.

Nos trois matelots (le plus jeune avait vingt ans) montraient chaque jour le plus grand zèle à suivre les instructions religieuses et cela ouvertement, sans que personne y trouvât à redire. Les choses en étaient là, lorsqu’un dimanche, ayant eu le bonheur d’offrir le saint Sacrifice, les Pères virent tous les matelots réunis autour de l’autel. Cette conduite de l’équipage fit une impression profonde sur l’esprit du capitaine. À partir de ce jour, nos marins ne manquèrent pas d’assister à la sainte Messe les dimanches quand il était possible de la célébrer.

Enfin, arriva le beau mois de Marie. Voyant les matelots si bien disposés, les Pères obtinrent du capitaine l’autorisation d’aller chaque soir avec l’équipage, chanter des cantiques à la Mère de Dieu. Au déclin du jour, lorsque le temps le permettait, avait lieu un petit exercice qui consistait dans la récitation d’une dizaine de chapelet, dans la prière du soir, et enfin dans le chant d’un cantique à Marie. Nos marins étaient aux anges, et pourtant le mois de mai se passa tout entier sans autre gage que ces marques extérieures de dévotion. Cinq ou six seulement s’approchèrent du sacrement de pénitence. Le capitaine, bien qu’il n’assistait pas à la sainte Messe, laissait néanmoins échapper parfois des paroles qui témoignaient bien les combats de son âme.

Pendant qu’il était ainsi à se débattre contre les coups de la grâce, Dieu inspira aux missionnaires de commencer une neuvaine pour obtenir sa conversion. La neuvaine se termina le trois juin. Eh bien! le même jour, à neuf heures du soir, au moment où l’un des missionnaires se promenait seul sur le pont, le capitaine l’aborde, et, d’une voix émue, il lui dit: «Monsieur, j’ai un grand service à vous demander. – Je suis tout à vous, répond le prêtre. – Et je veux me confesser, non pas ce soir même, car ce n’est pas trop d’un jour pour m’y préparer, mais pas plus tard que demain.» Le lendemain, le capitaine assista à la sainte Messe, bien que ce ne fût pas un dimanche. À cette vue, tout l’équipage fut ébranlé, on ne pouvait en croire ses yeux.

Le capitaine manifesta le désir de communier avec ses matelots. Pour s’y préparer, il assistait chaque jour à l’instruction des missionnaires. C’était une véritable joie de voir les matelots si saintement avides d’entendre la parole de Dieu. Quelquefois ils étaient tout trempés d’eau et de sueur; n’importe, ils oubliaient leur corps pour ne penser qu’au bien de leur âme. Le capitaine, de son côté, ne se contentait pas de prêcher d’exemple, il exhortait encore de vive voix; sa vie, on peut le dire, était devenue celle d’un apôtre.

Un soir, en sortant du saint tribunal, il trouva un missionnaire qui lisait à la clarté d’une lampe; il l’aborda, et le voilà tout aussitôt à lui parler du bon Dieu, mais d’une manière si admirable, que ce cher confrère était ravi de l’entendre. Enfin, ils vinrent à causer des possessions du démon. «Mais, croyez-vous, lui dit le capitaine, qu’il existe encore de ces sortes de possessions? – Assurément, elles sont même assez fréquentes dans les pays des infidèles. – C’est égal, reprit le capitaine, je viens de lui jouer un mauvais tour: comme il doit grincer des dents au fond des enfers!» En disant ces mots, une grosse larme s’échappa de ses yeux, et vint mouiller sa moustache.

Le 19 juin eut lieu la communion générale. Depuis le capitaine du vaisseau jusqu’au dernier mousse, tous eurent l’insigne faveur de recevoir le Pain des anges, et cela à la même messe. Qu’il était touchant de voir et d’entendre ces bons matelots! Comme la douce joie du ciel rayonnait sur leurs visages et se manifestait dans toutes leurs actions! Quand tout fut fini, le capitaine vint se jeter au cou de son confesseur, en disant: «Les moments les plus heureux de la vie sont toujours mêlés de quelque arrière-pensée; mais pour aujourd’hui le cœur est content tout de bon.»

Les bons prêtres pleuraient de joie en entendant les matelots faire aussi leurs réflexions chacun de leur côté: «Mais comment, disait un des plus vieux, nous qui ne voulions pas même faire cela une fois l’année! Ah! je le ferai bien maintenant tous les jours! – Voyez-vous, disait un autre, si je faisais naufrage maintenant, cela me ferait autant de mourir que de manger ce morceau de pain.»

Le jour de la communion, le ciel, qui le matin était couvert de nuages, devint pur, le vent tomba et la mer se fit calme. À peine avait-on fini le chant du Te Deum, que la brise commença à souffler, et le navire à sillonner les ondes. Un vieux marin fit à ce sujet une réflexion assez naïve: «Est-il surprenant, dit-il, que nous allions vite? Le navire est déchargé d’un poids immense. Moi, j’avais plus de péchés que le bâtiment n’est gros, et tout cela est passé par le bâbord.»

(R. P. Huguet)

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