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Liturgie pour les Dimanches et Fêtes principales

Découverte de la vraie Croix de Jésus
Le 3 mai: L’Invention de la Sainte Croix

Réflexion sur la Liturgie du jour – tiré de L’Année Liturgique, par Dom Prosper Guéranger

Il convenait que notre divin Roi Se montrât à nos regards appuyé sur le sceptre de Sa puissance, afin que rien ne manquât à la majesté de Son empire. Ce sceptre est la Croix, et il appartenait au Temps pascal de Lui en présenter l’hommage. Naguère la Croix s’offrait à nous comme un objet d’humiliation pour notre Emmanuel, comme le lit de douleur sur lequel Il expirait; mais depuis, n’a-t-Il pas vaincu la mort? Et cette Croix, qu’est-elle devenue, sinon le trophée de Sa victoire? Qu’elle paraisse donc, et que tout genou fléchisse devant ce bois auguste par lequel notre Emmanuel a conquis les honneurs que nous Lui rendons aujourd’hui.

Le jour où nous avons célébré Sa naissance, nous chantions avec Isaïe: «Un petit enfant nous est né, un Fils nous a été donné; Il porte sur Son épaule le signe de Sa principauté.» Nous L’avons vu, en effet, portant sur Son épaule cette Croix, comme Isaac porta le bois de son sacrifice; mais aujourd’hui elle n’est plus pour Lui un fardeau. Elle brille d’un éclat qui ravit les regards des Anges, et après avoir été adorée par les hommes aussi longtemps que doit durer ce monde, elle paraîtra tout à coup sur les nuées du ciel, pour assister près du Juge des vivants et des morts à la sentence favorable de ceux qui l’auront aimée, à la réprobation de ceux qui l’auront rendue inutile pour eux par leur mépris ou par leur oubli.

Durant les quarante jours que Jésus passe encore sur la terre, Il ne juge pas à propos de glorifier l’instrument de Sa victoire. La Croix ne doit reparaître qu’au jour où, tout invisible qu’elle sera demeurée, elle aura conquis le monde à Celui dont elle redit les grandeurs. Il a reposé trois jours dans le tombeau; elle restera trois siècles ensevelie sous les ombres; mais elle aussi ressuscitera; et c’est cette admirable résurrection que la sainte Église célèbre aujourd’hui. Jésus a voulu, quand les temps ont été accomplis, accroître les joies pascales, en révélant à force de prodiges ce monument auguste de Son amour pour nous. Il nous le laisse entre les mains, pour notre consolation, jusqu’au dernier jour; n’est-il pas juste que nous Lui en fassions hommage?

Jamais l’orgueil de Satan n’avait éprouvé de défaite aussi poignante que celle qui fondit sur lui, lorsqu’il vit que le bois, instrument de notre perte, était devenu l’instrument de notre salut. Sa rage impuissante se tourna contre cet arbre sauveur qui lui rappelait si cruellement et la puissance irrésistible de son Vainqueur, et la dignité de l’homme racheté à un tel prix. Il eût voulu anéantir cette Croix redoutable; mais, sentant son impuissance à réaliser un si coupable dessein, il tenta du moins de profaner et de cacher à tous les regards un objet si odieux pour lui. Il poussa donc les Juifs à enfouir honteusement le bois sacré que le monde entier révère. Au pied du Calvaire, non loin du sépulcre, s’ouvrait une excavation profonde. C’est là que les hommes de la synagogue précipitent la Croix du Sauveur avec celles des deux larrons. Les clous, la couronne d’épines, l’inscription détachée de la Croix, vont la rejoindre dans ce gouffre, que les ennemis de Jésus font remplir de terre et de décombres. Le sanhédrin pense en avoir fini avec la mémoire de ce Nazaréen, que L’on a pu crucifier sans qu’Il soit descendu de la Croix.

Quarante ans plus tard, Jérusalem succombait sous le poids de la vengeance divine. Bientôt les lieux de notre rédemption étaient souillés par la superstition païenne; un petit temple à Vénus sur le Calvaire, un autre à Jupiter sur le saint sépulcre: telles furent les indications par lesquelles la dérision païenne conserva, sans le vouloir, le souvenir des merveilles qui s’étaient accomplies sur ce terrain sacré. À la paix de Constantin, les chrétiens n’eurent qu’à renverser ces honteux monuments, et le sol arrosé du Sang rédempteur reparaissait à leurs yeux, et le glorieux tombeau se rouvrait à leur piété. Mais la Croix ne se révélait pas encore, et continuait de reposer dans les entrailles de la terre. Pour relever le sceptre du grand Roi, il fallait une main royale. La pieuse impératrice Hélène, mère du libérateur de l’Église, fut désignée par le ciel pour rendre au Christ, sur le théâtre même de Ses humiliations, les honneurs qui Lui sont dus comme Roi du monde. Avant de jeter les fondements de la basilique de la Résurrection, cette digne émule de Madeleine et des autres saintes femmes du sépulcre désira avec ardeur retrouver l’instrument du salut. Une tradition conservée chez les Juifs fut interrogée; et l’impératrice connut vers quel endroit il était à propos de diriger les fouilles. Avec quelle sainte anxiété elle suivit les travaux! Avec quel transport de joie elle aperçut le bois de la rédemption, que l’on ne discernait pas encore, il est vrai, mais qui devait être présent dans l’une des trois croix mises à découvert! Son ardente prière s’élevait vers le Sauveur, qui seul pouvait révéler le divin trophée de Sa victoire; l’évêque Macaire unissait ses vœux à ceux de la pieuse princesse; et les prodiges à l’aide desquels le discernement se fit avec certitude récompensèrent la foi qui n’aspirait au miracle que pour la plus grande gloire du Rédempteur.

C’en était fait, et l’Église entrait en possession de l’instrument du salut des hommes. L’Orient et l’Occident tressaillirent à la nouvelle de cette sublime découverte que le ciel avait conduite, et qui venait mettre le dernier sceau au triomphe du christianisme. Le Christ scellait Sa victoire sur le monde païen, en élevant ainsi Son étendard, non plus figuré, mais réel, ce bois miraculeux, scandale autrefois pour les Juifs, folie aux yeux des gentils, et devant lequel tout chrétien fléchira désormais le genou.

Qu’il soit donc aimé, ce jour où la sainte Église unit le souvenir triomphal de la sainte Croix aux joies de la résurrection de Celui qui a conquis par elle le trône où nous Le verrons bientôt monter. Rendons grâces pour le bienfait signalé qui a restitué aux hommes, à l’aide des prodiges, un trésor dont la possession eût manqué à la dot de la sainte Église. En attendant le jour où le Fils de l’homme doit l’arborer sur les nuées du ciel, Il l’a confiée à Son Épouse comme le gage de Son second avènement. En ce jour, Il rassemblera par Sa puissance tous ces fragments épars; l’arbre de vie étalera toute sa beauté aux regards des élus, et les conviera au repos éternel sous son ombre délectable.

Vexilla Regis – hymne composée par Venance Fortunat, poète et évêque de Poitiers (+ v. 605)

L’étendard du Roi s’avance; voici briller le mystère de la Croix, sur laquelle Celui qui est la Vie a souffert la mort, et par cette mort nous a donné la vie.

C’est là que, transpercé du fer cruel d’une lance, Son côté épancha l’eau et le sang pour laver la souillure de nos crimes.

Il s’est accompli, l’oracle de David qui, dans ses vers inspirés, avait dit aux nations: «Dieu régnera par le bois.»

Tu es beau, tu es éclatant, arbre paré de la pourpre du Roi; noble tronc appelé à l’honneur de toucher des membres si sacrés.

Heureux es-tu d’avoir porté suspendu à tes bras Celui qui fut le prix du monde! Tu es la balance où fut pesé ce corps, notre rançon; tu as enlevé à l’enfer sa proie.

Salut, ô Croix, notre unique espérance! toi qui nous as conduits aux joies pascales, accrois la grâce dans le juste, efface le crime du pécheur.

Que toute âme Vous glorifie, ô Trinité, principe de notre salut; Vous nous donnez la victoire par la Croix, daignez y ajouter la récompense. Amen.

Célébrons avec transport les louanges de la Croix, nous pour qui la Croix a été le principe de l’allégresse et de la gloire; dans la Croix nous triomphons, par la Croix nous remportons sur notre farouche ennemi la victoire qui nous assure la vie.

«Le Christ crucifié est la force et la sagesse même de Dieu.» C’est la célèbre parole de Votre Apôtre, ô Jésus! et nous en voyons aujourd’hui la vérité. La Synagogue voulut anéantir Votre gloire en Vous clouant à un gibet; elle se délectait en pensant qu’il est écrit dans la loi de Moïse: «Maudit celui qui est suspendu au bois!» Et voici que ce gibet, ce bois infâme, est devenu Votre trophée le plus insigne. Dans les splendeurs de Votre résurrection, la Croix, loin de jeter une ombre sur les rayons de Votre gloire, relève d’un éclat nouveau l’ineffable magnificence de Votre triomphe. Vous avez été attaché au bois, Vous avez pris sur Vous la malédiction; crucifié entre deux scélérats, Vous avez passé pour un vil imposteur, et Vos ennemis ont insulté à Votre agonie sur ce lit de douleur. Si Vous n’eussiez été qu’un homme, il ne restait de Vous qu’une mémoire déshonorée; la croix eût dévoré sans retour Votre gloire passée, ô fils de David! Mais Vous êtes le Fils de Dieu, et c’est la croix qui nous le prouve. Le monde entier se prosterne devant elle et l’adore; c’est elle qui Vous l’a conquis, et les hommages qu’elle reçoit vengent surabondamment Votre gloire de l’éclipse passagère que Votre amour pour nous lui imposa un jour. On n’adore pas un gibet, ou, si on l’adore, c’est le gibet d’un Dieu. Oh! béni soit Celui qui a été suspendu au bois! En retour de nos hommages, divin Crucifié, accomplissez en notre faveur la promesse que Vous avez faite: «Lorsque Je serai élevé de terre, J’attirerai tout à Moi».

Pour nous attirer plus efficacement, Vous déposez aujourd’hui entre nos mains le bois même du haut duquel Vous nous avez tendu Vos bras. Ce monument de Votre victoire, sur lequel Vous Vous appuierez au dernier jour, Vous daignez nous le confier jusqu’à la fin des siècles, afin que nous puisions en lui une crainte salutaire de la divine justice qui Vous a attaché à ce bois vengeur de nos crimes, un amour toujours plus tendre envers Vous, ô notre victime qui n’avez point reculé devant la malédiction, afin que nous fussions bénis! La terre entière Vous rend grâces aujourd’hui pour le don inestimable que Vous lui avez octroyé. Votre Croix divisée en fragments sans nombre est présente en tous lieux; il n’est pas de région dans le monde chrétien qu’elle ne consacre et ne protège.

Que n’avons-nous la piété d’Hélène, ô Sauveur, pour savoir connaître comme elle «la hauteur et la profondeur, la longueur et la largeur du mystère caché dans Votre Croix»! C’est parce qu’elle a aimé ce divin mystère, qu’elle a recherché la Croix avec tant d’ardeur; mais quel sublime spectacle cette pieuse princesse nous offre en ces jours de Votre triomphe! D’une main elle orne Votre glorieux sépulcre; de l’autre elle arrache Votre Croix aux ombres qui la couvraient; qui jamais proclama, avec cette majesté, le mystère pascal? Le sépulcre nous crie: «Il est ressuscité, Il n’est plus ici». La Croix nous dit: «Je ne L’ai retenu qu’un moment, et Il S’est élancé dans Sa gloire.» Ô Croix! ô sépulcre! que Son humiliation a été rapide, et que le règne qu’Il a conquis par vous est assuré! Nous adorons en vous les vestiges de Son passage, et vous demeurez sacrés à jamais, parce qu’Il S’est servi de vous pour notre salut. Gloire soit donc à vous, ô Croix, objet de notre amour et de notre admiration en ce jour! Continuez de protéger ce monde qui vous possède; soyez-lui le bouclier qui le défende contre l’ennemi, le secours présent partout qui conserve le souvenir du sacrifice mêlé à celui du triomphe; car c’est par vous, ô Croix, que le Christ a vaincu, qu’Il règne et qu’Il commande.

Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat.