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Liturgie pour les Dimanches et Fêtes principales

Nul ne peut servir deux maîtres

Quatorzième Dimanche après la Pentecôte – Nul ne peut servir deux maîtres

Réflexion sur la Liturgie du jour – tiré de L’Année Liturgique, par Dom Prosper Guéranger

Introït

Regardez-nous, ô Dieu notre protecteur, et jetez les yeux sur la face de Votre Christ; car un seul jour dans Vos parvis vaut mieux que mille jours. Psaume. Qu’ils sont aimés Vos tabernacles, ô Seigneur des armées! mon âme désire entrer dans les parvis du Seigneur, et défaille à leur pensée. Gloire au Père…

Collecte.

Nous Vous en supplions, Seigneur, gardez toujours miséricordieusement Votre Église; et parce que sans Vous l’humaine nature chancelle, que sans cesse Votre secours l’arrache au mal et la dirige dans la voie du salut. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Épître

Lecture de l’Épître du bienheureux Paul Apôtre, aux Galates, Chap. V.

Mes Frères, marchez selon l’Esprit, et vous n’accomplirez point les désirs de la chair. Car la chair convoite contre l’esprit, et l’esprit contre la chair: ils se combattent l’un l’autre, afin que vous ne fassiez pas tout ce que vous voulez. Que si vous êtes conduits par l’Esprit, vous n’êtes point sous la loi. Or les œuvres de la chair sont faciles à connaître: à savoir, la fornication, l’impureté, l’impudicité, la luxure, l’idolâtrie, les maléfices, les inimitiés, les contentions, les jalousies, les colères, les rixes, les dissensions, les sectes, les envies, les homicides, les ivrogneries, les excès de bonne chère et autres crimes pareils, dont je vous déclare, comme je l’ai déjà fait, que ceux qui les commettent n’obtiendront point le royaume de Dieu. Le fruit de l’Esprit est au contraire: charité, joie, paix, patience, bénignité, bonté, longanimité, douceur, bonne foi, modestie, continence, chasteté. Il n’y a point de loi contre ceux qui vivent de la sorte. Or ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses vices et ses convoitises.

Réflexion sur l’Épître

La pénitence est une dette de justice, qui s’impose au pécheur; la mortification est un devoir de haute prudence, qui regarde quiconque ne peut se vanter d’avoir éteint en lui sans retour les feux de la concupiscence. Et qui donc se rendra le double témoignage d’être quitte envers Dieu, et d’avoir étouffé dans son sein tous les germes des basses convoitises? C’est pourquoi tous les auteurs qui traitent de la conduite des âmes professent, sans exception, qu’aucun homme soucieux de la perfection et du salut ne doit se borner à l’observation des règles de la simple tempérance, qui prohibe l’excès dans l’usage des jouissances de tout genre; il faut que, s’armant de force, il sache de temps en temps se refuser des plaisirs permis d’ailleurs, s’imposer des privations qui n’étaient pas commandées, aller même au-devant de la souffrance proprement dite, selon le mode et dans la mesure que conseillera un sage directeur.

Et ne faut-il pas reconnaître qu’il en doit être ainsi d’ailleurs, à moins de dire que le christianisme et l’amour divin ne sont plus de ce monde? Comment aimer Jésus, l’Homme de douleurs, sans aimer Ses souffrances? Comment prétendre marcher après Lui, si l’on n’est pas dans la voie du Calvaire? Si quelqu’un veut venir après Moi, dit l’Homme-Dieu, qu’il se renonce lui-même, qu’il porte sa croix tous les jours, et qu’il Me suive. Et l’Église qui ne fait qu’un avec son Époux, qui Le complète en toutes choses, poursuivant et développant Sa vie d’expiation et de réparation à travers les siècles, l’Église demande à ses fils l’accomplissement de cette tâche sublime que l’Apôtre exprimait par ces mots: Je supplée à ce qui manque aux souffrances de Jésus-Christ, en souffrant dans ma chair pour Son corps qui est l’Église. Nous sommes les membres d’un Chef couronné d’épines: pourrions-nous ne rêver que délices et fleurs? N’oublions point que tous les Saints, au ciel, doivent reproduire les traits de l’Adam nouveau; le Père éternel n’admet dans Sa maison que des images de Son Fils.

Graduel

Il est bon de se confier dans le Seigneur, plutôt que de se confier dans l’homme. Il est bon d’espérer dans le Seigneur, plutôt que d’espérer dans les princes. Alléluia, alléluia. Venez, tressaillons dans le Seigneur, réjouissons-nous en Dieu notre Sauveur. Alléluia.

Évangile

La suite du saint Évangile selon saint Matthieu, Chap. VI.

En ce temps-là, Jésus dit à Ses disciples: Personne ne peut servir deux maîtres; car ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent. C’est pourquoi Je vous dis: Ne vous inquiétez pas pour votre vie où vous trouverez de quoi manger, ni pour votre corps où vous aurez de quoi le vêtir. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement? Considérez les oiseaux du ciel: ils ne sèment point, ni ne moissonnent, ni n’amassent rien dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas, vous, beaucoup plus qu’eux? Qui de vous par ses soucis peut ajouter à sa taille une seule coudée? Et pourquoi êtes-vous inquiets du vêtement? Voyez les lis des champs, comment ils croissent: ils ne travaillent, ni ne filent point. Or Je vous dis que même Salomon dans toute sa gloire n’a jamais été vêtu comme l’un d’eux. Mais si Dieu prend soin de vêtir ainsi une herbe des champs qui est aujourd’hui, et sera demain jetée au four, combien plus aura-t-Il soin de vous vêtir, hommes de peu de foi? Ne vous inquiétez donc point, en disant: Que mangerons-nous, ou que boirons-nous, ou de quoi nous couvrirons-nous? comme font les païens qui recherchent toutes ces choses. Car votre Père sait que vous avez besoin de tout cela. Cherchez donc d’abord le royaume de Dieu et Sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît.

Réflexion sur l’Évangile

La vie surnaturelle, pour arriver à son plein épanouissement dans les âmes, doit triompher de trois ennemis que saint Jean a nommés: la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et l’orgueil de la vie. Nous venons de voir, dans l’Épître du jour, l’obstacle opposé par le premier de ces ennemis à l’Esprit-Saint et la manière de le surmonter; l’humilité, sur laquelle l’Église a ramené plus d’une fois notre attention dans les Dimanches précédents, est le renversement de l’orgueil de la vie; la concupiscence des yeux, ou l’attache aux biens de ce monde qui n’ont de biens que le faux nom et l’apparence trompeuse, est l’objet de l’Évangile qu’on vient d’entendre.

«Personne, dit l’Homme-Dieu, ne peut servir deux maîtres»; et ces deux maîtres dont Il parle sont Dieu et Mammon, c’est-à-dire la richesse. Non que la richesse soit mauvaise par elle-même. Acquise légitimement et employée suivant la volonté du Seigneur suprême, elle sert à gagner les vrais biens, à entasser par avance dans l’éternelle Patrie des trésors qui ne craignent point les voleurs ou la rouille. Quoique la pauvreté soit la noblesse des cieux depuis que le Verbe divin l’a épousée, c’est une grande mission que celle du riche, établi pour faire valoir, au nom du Très-Haut, les diverses parties de la création matérielle. Dieu daigne remettre à ses soins la nourriture et l’entretien de Ses fils les plus aimés, des membres dénués et souffrants de Son Christ; Il l’appelle à se faire le soutien des intérêts de Son Église, le promoteur des œuvres du salut; Il lui confie la splendeur de Ses temples. Heureux et digne de toute louange est celui qui ramène directement ainsi à la gloire de leur Auteur les fruits de la terre et les métaux qu’elle renferme en son sein! Qu’il ne craigne point: ce n’est pas à lui que s’adressent les anathèmes tombés si souvent de la bouche de l’Homme-Dieu sur les riches et les heureux du siècle. Lui n’a qu’un maître: le Père qui est aux cieux, dont il se reconnaît humblement l’économe. Mammon ne le domine pas; car, au contraire, il en a fait son esclave et l’a mis au service de son zèle. Le soin qu’il prend pour administrer ses biens dans la justice et la charité, n’est point celui que condamne l’Évangile; car en cela même il suit la parole du Seigneur, cherchant d’abord le royaume de Dieu, et la richesse qui passe par ses mains en bonnes œuvres ne distrait point ses pensées du ciel où est son trésor et son cœur.

Tout autrement en est-il, quand la richesse n’est plus envisagée comme un simple moyen, mais devient le but de l’existence, au point de faire négliger et parfois oublier à l’homme sa fin dernière. Les voies de l’avare ravissent son âme, dit l’Esprit-Saint. C’est qu’en effet, explique l’Apôtre à son disciple Timothée, l’amour de l’argent précipite l’homme dans la tentation et les filets du diable par la multitude des désirs pernicieux et vains qu’il engendre; il l’enfonce toujours plus avant dans l’abîme, lui faisant vendre au besoin jusqu’à sa foi. Et cependant plus l’avare amasse, et moins il dépense. Garder chèrement son trésor, le contempler, ne penser qu’à lui quand la nécessité l’en éloigne, c’est là toute sa vie; sa passion tourne en idolâtrie. Mammon bientôt, en effet, n’est plus seulement pour lui un maître aux ordres primant tous les autres; c’est un dieu devant qui, courbé jour et nuit, l’avare immole amis, parents, patrie et lui-même, dévouant son âme à son idole, et lui jetant tout vivant, dit l’Ecclésiastique, ses propres entrailles. Ne soyons point étonnés que notre Évangile représente Dieu et Mammon comme d’irréconciliables rivaux; quel autre que Mammon a vu Dieu en personne sacrifié pour trente pièces d’argent sur son vil autel? Est-il un ange déchu dont la hideuse gloire rayonne d’un plus sinistre éclat sous les voûtes infernales, que le démon du gain, auteur du marché qui livra aux bourreaux le Verbe éternel? Le déicide est à la charge des avares; leur misérable passion, que l’Apôtre qualifie de racine de tous les maux.