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Liturgie pour les Dimanches et Fêtes principales

Sexagésime — La parabole du Semeur

Réflexion sur la Liturgie du jour – tiré de L’Année Liturgique, par Dom Prosper Guéranger

Introït

Levez-Vous, Seigneur; pourquoi dormez-Vous? Levez-Vous, et ne nous rejetez pas pour jamais. Pourquoi détournez-Vous de nous Votre visage? Pourquoi oubliez-Vous notre pauvreté et notre misère? Notre poitrine est collée contre terre: levez-Vous, Seigneur; assistez-nous et délivrez-nous. Psaume. Ô Dieu! nous avons ouï de nos oreilles; nos pères nous ont annoncé Vos œuvres.

Collecte

Ô Dieu , qui voyez que nous ne nous confions en aucune de nos œuvres, daignez nous accorder d’être protégés contre tous les maux par l’assistance du Docteur des Gentils.

Épître

Lecture de l’Épître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Corinthiens II, Chap. XI

Mes Frères, étant sages comme vous êtes, vous supportez sans peine les imprudents, puisque vous souffrez même qu’on vous réduise en servitude, qu’on vous dévore, qu’on vous pille, qu’on s’élève contre vous, qu’on vous frappe au visage. C’est à ma confusion que je rappelle cela: puisque nous passons pour avoir été trop faibles dans des épreuves semblables. Cependant aucun d’eux (excusez mon imprudence) ne saurait se glorifier de rien que je ne le puisse aussi moi-même. Sont-ils Hébreux? Je le suis aussi. Sont-ils enfants d’Israël? je le suis aussi. Sont-ils de la race d’Abraham? j’en suis aussi. Sont-ils ministres du Christ? au risque de passer encore comme imprudent, j’ose dire que je le suis plus qu’eux: j’ai plus souffert de travaux, plus enduré de prisons, plus reçu de coups. Souvent je me suis vu près de la mort. J’ai reçu des Juifs, à cinq différentes fois, trente-neuf coups de fouet; j’ai été battu de verges trois fois; j’ai été lapidé une fois; j’ai fait naufrage trois fois; j’ai passé un jour et une nuit au fond de la mer. Fréquemment j’ai été en péril dans les voyages; en péril sur les fleuves; en péril du côté des voleurs; en péril de la part de ceux de ma nation; en péril de la part des gentils; en péril dans les villes; en péril dans les solitudes; en péril sur la mer; en péril au milieu des faux frères. J’ai souffert toutes sortes de travaux et de fatigues, des veilles fréquentes, la faim, la soif, des jeûnes réitérés, le froid et la nudité. À ces maux extérieurs ajoutez mes préoccupations quotidiennes, la sollicitude de toutes les Églises. Qui est faible, sans que je me fasse faible avec lui? Qui est scandalisé, sans que j’en sois brûlé? Que s’il est permis de se glorifier, je me glorifierai de mes souffrances. Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ qui est béni dans tous les siècles, sait que je ne mens pas. À Damas, le gouverneur de la province pour le roi Arétas faisait faire la garde dans la ville pour m’arrêter prisonnier: on me descendit par une fenêtre, le long de la muraille, dans une corbeille; et je m’échappai ainsi de ses mains. S’il faut se glorifier, quoique cela ne convienne pas, je viendrai maintenant aux visions et aux révélations du Seigneur. Je connais en Jésus-Christ un homme qui fut ravi, il y a quatorze ans; si ce fut en son corps, ou hors de son corps, je n’en sais rien, Dieu le sait; qui fut ravi, dis-je, jusqu’au troisième ciel. Et je sais que cet homme, si ce fut en son corps, ou hors de son corps, je ne sais, Dieu le sait; que cet homme, dis-je, fut ravi dans le Paradis, et qu’il entendit des paroles mystérieuses qu’il n’est pas permis à un homme de rapporter. Je pourrais me glorifier en parlant d’un tel homme; mais, pour moi, je ne veux me glorifier que dans mes infirmités. Ce ne serait cependant pas imprudence à moi, si je voulais me glorifier, car je dirais la vérité; mais je me retiens, de peur que quelqu’un ne m’estime au-dessus de ce qu’il voit en moi, ou de ce qu’il entend de moi. Aussi, de peur que la grandeur des révélations ne me causât de l’orgueil, il m’a été donné un aiguillon dans ma chair, un ange de Satan, qui me donne des soufflets. C’est pourquoi j’ai prié trois fois le Seigneur de l’éloigner de moi, et il m’a répondu: Ma grâce te suffit; car la force se perfectionne dans l’infirmité. Je prendrai donc plaisir à me glorifier dans mes infirmités, afin que la force du Christ habite en moi.

Réflexion sur l’Épître

Graduel

Que les nations sachent que Votre nom est Dieu; Vous êtes le seul Très-Haut sur toute la terre. Mon Dieu, que mes ennemis soient devant Vous comme la roue qui tourne sous l’effort du vent, comme la paille devant le souffle de la tempête.

Trait

Seigneur, Vous avez ébranlé la terre, et Vous avez entrouvert son sein. Refermez ses blessures, car elle est ébranlée. Protégez la fuite de Vos élus devant l’arc bandé contre eux, et qu’ils soient délivrés.

Évangile

La suite du saint Évangile selon saint Luc, Chap.VIII

En ce temps-là, le peuple s’assemblant en foule et se pressant de sortir des villes pour venir au-devant de Jésus, Il leur dit en parabole: Celui qui sème s’en alla pour semer son grain; et comme il semait, une partie de la semence tomba le long du chemin, où elle fut foulée aux pieds, et les oiseaux du ciel la mangèrent. Et une autre partie tomba sur la pierre, et, après avoir levé, elle sécha, parce qu’elle n’avait point d’humidité. Et une autre tomba au milieu des épines, et les épines croissant avec la semence l’étouffèrent. Et une autre partie tomba sur de la bonne terre, et ayant levé, elle porta du fruit, cent pour un. En disant cela, Il criait: Que celui-là entende qui a des oreilles pour entendre. Ses disciples L’interrogèrent sur le sens de cette parabole, et Il leur dit: Pour vous, il vous a été donné de connaître le mystère du royaume de Dieu; mais pour les autres, il ne leur est proposé qu’en paraboles, de sorte que voyant ils ne voient point, et qu’entendant ils ne comprennent point. Voici donc le sens de cette parabole: La semence est la Parole de Dieu. Ceux qui sont marqués par ce qui tombe le long du chemin, sont ceux qui écoutent; mais le diable vient, et enlève de leurs cœurs la parole, de peur que croyant, ils ne soient sauvés. Ceux qui sont marqués par ce qui tombe sur la pierre, sont ceux qui, ayant écouté la parole, la reçoivent avec joie; mais ils n’ont point de racines; ils croient pour un temps, et ils se retirent à l’heure de la tentation. Ce qui tombe dans les épines, ce sont ceux qui écoutent la parole, mais en qui elle est étouffée par les inquiétudes, par les richesses et par les plaisirs de cette vie, et ils ne portent point de fruit. Enfin, ce qui tombe dans la bonne terre, ce sont ceux qui, ayant écouté la parole, la conservent dans un cœur bon et excellent, et portent du fruit par la patience.

Réflexion sur l’Évangile

Saint Grégoire le Grand observe avec raison que la parabole qui vient d’être lue n’a pas besoin d’explication, la Sagesse éternelle S’étant chargée Elle-même de nous en donner la clef. Il ne nous reste donc plus qu’à profiter d’un si précieux enseignement, et qu’à recevoir en bonne terre la semence céleste qui tombe sur nous. Combien de fois jusqu’ici ne l’avons-nous pas laissée fouler aux passants, ou enlever par les oiseaux du ciel? Combien de fois ne s’est-elle pas desséchée sur le rocher de notre cœur, ou n’a-t-elle pas été étouffée par de funestes épines? Nous écoutions la Parole; elle avait pour nous un certain charme qui nous rassurait. Souvent même nous la reçûmes avec joie et empressement; mais, si quelquefois elle germait en nous, sa croissance était bientôt arrêtée. Désormais, il nous faut produire et fructifier; et telle est la vigueur de la semence qui nous est confiée, que le divin Semeur en attend cent pour un. Si la terre de notre cœur est bonne, si nous avons soin de la préparer en mettant à profit les secours que nous offre la sainte Église, la moisson sera abondante au jour où le Seigneur, S’échappant vainqueur de Son sépulcre, viendra associer Ses fidèles croyants aux splendeurs de Sa Résurrection.

Ranimés par cette espérance, et pleins de confiance en Celui qui daigne ensemencer de nouveau une terre si longtemps rebelle à Ses soins, chantons avec l’Église, dans l’Offertoire, ces belles paroles du Roi-Prophète par lesquelles l’Église demande pour nous la fermeté et la persévérance:

Offertoire

Affermissez mes pas dans Vos sentiers, afin que mes pieds ne soient pas chancelants; inclinez Votre oreille, et exaucez mes paroles. Montrez Vos miséricordes, ô Vous, Seigneur! qui sauvez ceux qui espèrent en Vous.

La visite du Seigneur dans le Sacrement de son amour est le grand moyen qui fertilisera notre âme et la rendra féconde. C’est pour cette raison que l’Église nous invite à nous approcher de l’autel de Dieu; notre cœur y recouvrera sa vigueur et sa jeunesse.

Communion

Je m’approcherai de l’autel de Dieu, du Dieu qui réjouit ma jeunesse.

Postcommunion

Nous Vous supplions, Dieu tout-puissant, de faire la grâce à ceux que Vous nourrissez de Vos Sacrements, de Vous servir d’une manière digne de Vous, par des mœurs qui Vous soient agréables.