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Liturgie pour les Dimanches et Fêtes principales

Tous les Saints au Ciel
Premier novembre – La Toussaint

Réflexion sur la Liturgie du jour – tiré de L’Année Liturgique, par Dom Prosper Guéranger

L’Église, qui ne cesse, au cours de l’année, de célébrer une à une les fêtes de ses Saints, les rassemble tous aujourd’hui en une fête commune. Au-delà de ceux qu’elle peut nommer, c’est la foule innombrable de tous les autres qu’elle évoque dans une vision grandiose: «de toutes nations, tribus, peuples et langues, debout devant le trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches et des palmes à la main», ils acclament Celui qui les a rachetés par Son sang.

La fête de la Toussaint doit nous soulever d’une immense espérance. Parmi les Saints du ciel, il en est que nous avons connus. Tous ont vécu sur la terre une vie semblable à la nôtre. Baptisés, marqués du signe de la foi, fidèles aux enseignements du Christ, ils nous ont précédés dans la patrie céleste et nous invitent à les rejoindre. L’évangile des béatitudes en même temps qu’il proclame leur bonheur, indique la route qu’ils ont suivie; il n’en est point d’autre pour nous mener où ils sont.

(Missel quotidien et vespéral, Dom Gaspar Lefebvre, 1954)

Je vis une grande multitude que nul ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de toute langue; elle se tenait devant le trône, vêtue de robes blanches, des palmes à la main; de ses rangs s’élevait une acclamation puissante: Gloire à notre Dieu! (Apoc. VII, 9-10)

Le temps n’est plus; c’est l’humanité sauvée qui se découvre aux yeux du prophète de Pathmos. Vie militante et misérable de cette terre (Job. VII, 1), un jour donc tes angoisses auront leur terme. Notre race longtemps perdue renforcera les chœurs des purs esprits que la révolte de Satan affaiblit jadis; s’unissant à la reconnaissance des rachetés de l’Agneau, les Anges fidèles s’écrieront avec nous: Action de grâces, honneur, puissance à notre Dieu pour jamais! (Apoc. VII, 11-14)

La fin de l’Histoire

Et ce sera la fin, comme dit l’Apôtre (I Cor. XV, 24): la fin de la mort et de la souffrance; la fin de l’histoire et de ses révolutions désormais expliquées. L’ancien ennemi, rejeté à l’abîme avec ses partisans, ne subsistera plus que pour attester sa défaite éternelle. Le Fils de l’homme, libérateur du monde, aura remis l’empire à Dieu Son Père. Terme suprême de toute création, comme de toute rédemption, Dieu sera tout en tous (I. Cor. XV, 24-28).

Bien avant le voyant de l’Apocalypse, déjà Isaïe chantait:

J’ai vu le Seigneur assis sur un trône élevé et sublime; les franges de Son vêtement remplissaient au-dessous de Lui le temple, et les Séraphins criaient l’un à l’autre: Saint, Saint, Saint, le Seigneur des armées; toute la terre est pleine de Sa gloire (Isaïe VI, 1-3).

Épître

Apocalypse de saint Jean, 7, 2-12

En ces jours-là, moi, Jean, je vis un autre Ange, qui montait du côté du soleil levant, ayant le sceau du Dieu vivant; et il cria d’une voix forte aux quatre anges auxquels il avait été donné de nuire à la terre et à la mer; et il dit: «Ne nuisez point à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, jusqu’à ce que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu.» Et j’entendis le nombre de ceux qui avaient été marqués du sceau: cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des enfants d’Israël, étaient marqués du sceau. De la tribu de Juda, douze mille étaient marqués du sceau; de la tribu de Ruben, douze mille; de la tribu de Gad, douze mille; de la tribu d’Azer, douze mille; de la tribu de Nephthali, douze mille; de la tribu de Manassé, douze mille; de la tribu de Siméon, douze mille; de la tribu de Lévi, douze mille; de la tribu d’Issachar, douze mille; de la tribu de Zabulon, douze mille; de la tribu de Joseph, douze mille; de la tribu de Benjamin, douze mille étaient marqués du sceau. Après cela, je vis une grande multitude, que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, et de toute langue; ils se tenaient devant le trône et en face de l’Agneau, vêtus de robes blanches, et ils avaient des palmes dans leurs mains. Et ils criaient d’une voix forte, et disaient: Le salut est à notre Dieu, qui est assis sur le trône, et à l’Agneau. Et tous les Anges se tenaient autour du trône, et des vieillards, et des quatre animaux; et ils se prosternèrent devant le trône sur leurs visages, et adorèrent Dieu, en disant: Amen. Bénédiction, gloire, sagesse, action de grâces, honneur, puissance et force à notre Dieu dans tous les siècles des siècles. Amen.

Graduel

Craignez le Seigneur, vous, Ses Saints, car à qui Le craint rien ne manquera. – À qui cherche le Seigneur, nul bien ne manquera. Alleluia, Alleluia. – Venez à Moi, vous tous qui êtes las et surchargés, et Je vous soulagerai. Alleluia.

Évangile

Lecture du saint Évangile en saint Matthieu 5, 1-12

En ce temps-là, voyant les foules, Jésus monta sur une montagne, et, lorsqu’Il Se fut assis, Ses disciples s’approchèrent de Lui. Et, ouvrant Sa bouche, Il les enseignait, en disant: Bienheureux les pauvres en esprit, car le royaume des Cieux est à eux. Bienheureux ceux qui sont doux, car ils possèderont la terre. Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront eux-mêmes miséricorde. Bienheureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu. Bienheureux les pacifiques, car ils seront appelés enfants de Dieu. Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Bienheureux serez-vous lorsqu’on vous maudira, et qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de Moi. Réjouissez-vous alors, et tressaillez de joie, parce que votre récompense sera grande dans les Cieux; car c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui ont été avant vous.

Réflexion sur l’Évangile

Heureux sommes-nous

Heureux les conviés aux noces de l’Agneau! (Ibid.) Heureux nous tous, à qui la robe nuptiale de la sainte charité fut remise au baptême comme un titre au banquet des cieux! Préparons-nous, comme notre Mère l’Église, à l’ineffable destinée que nous réserve l’amour. C’est à ce but que tendent les labeurs d’ici-bas: travaux, luttes, souffrances pour Dieu, relèvent d’inestimables joyaux le vêtement de la grâce qui fait les élus. Bienheureux ceux qui pleurent! (Matth. 5, 5)

Ils pleuraient, ceux que le Psalmiste nous montre creusant avant nous le sillon de leur carrière mortelle (Psaume 125), et dont la triomphante allégresse déborde sur nous, projetant à cette heure comme un rayon de gloire anticipée sur la vallée des larmes. Sans attendre au lendemain de la vie, la solennité commencée nous donne entrée par la bienheureuse espérance au séjour de lumière où nos pères ont suivi Jésus, le divin avant-coureur (Heb. VI, 19-20). Quelles épreuves n’apparaîtraient légères, au spectacle des éternelles félicités dans lesquelles s’épanouissent leurs épines d’un jour! Larmes versées sur les tombes qui s’ouvrent à chaque pas de cette terre d’amertume, comment le bonheur des chers disparus ne mêlerait-il pas à vos regrets la douceur du ciel? Prêtons l’oreille aux chants de délivrance de ceux dont la séparation momentanée attire ainsi nos pleurs; petits ou grands (Apoc. XIX, 5), cette fête est la leur, comme bientôt elle doit être la nôtre. En cette saison où prévalent les frimas et la nuit, la nature, délaissant ses derniers joyaux, semble elle-même préparer le monde à son exode vers la patrie sans fin.

Chantons donc nous aussi, avec le Psalmiste:

Je me suis réjoui de ce qui m’a été dit: Nous irons dans la maison du Seigneur. Nos pieds ne sont encore qu’en tes parvis, mais nous voyons tes accroissements qui ne cessent pas, Jérusalem, ville de paix, qui te construis dans la concorde et l’amour. L’ascension vers toi des tribus saintes se poursuit dans la louange; tes trônes encore inoccupés se remplissent. Que tous les biens soient pour ceux qui t’aiment, ô Jérusalem; que la puissance et l’abondance règnent en ton enceinte fortunée. >À cause de mes amis et de mes frères qui déjà sont tes habitants, j’ai mis en toi mes complaisances; à cause du Seigneur notre Dieu dont tu es le séjour, j’ai mis en toi tout mon désir. (Psaume 121)

«Loue-Moi de ce que Je suis la couronne de tous les Saints!» nous dit Dieu. (Liber specialis gratiae, P.a, c. XXXI)

Et la Vierge Immaculée voit toute la beauté des élus et leur gloire s’alimenter au sang du Christ, briller des vertus par Lui pratiquées; et répondant à l’appel divin, Elle loue tant qu’Elle peut la très heureuse, la toujours adorable Trinité, de ce qu’Elle daigne être aux Saints leur diadème, leur admirable dignité. Gloire au Père, au Fils, au Saint-Esprit! ainsi tout d’une voix, chante le Paradis.

Prière

Accordez à jamais, Seigneur, aux peuples qui croient en Vous, la joie d’honorer tous les Saints et la protection de leur constante prière. Par notre Seigneur Jésus-Christ, Votre Fils.