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Liturgie pour les Dimanches et Fêtes principales

Jésus prêche à la foule
Septième Dimanche après la Pentecôte – Le bon arbre

Réflexion sur la Liturgie du jour – tiré de L’Année Liturgique, par Dom Prosper Guéranger

Introït

Toutes les nations, frappez des mains; jubilez, chantez à Dieu des chants d’allégresse. Psaume. Car le Seigneur est élevé et terrible; Il est le grand Roi de toute la terre.

Collecte. Ô Dieu dont la providence n’est jamais frustrée dans Ses desseins, nous Vous supplions d’écarter de nous tout ce qui pourrait nuire et de nous accorder tout ce qui peut être salutaire. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

Épître

Lecture de l’Épître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Romains. Chap. VI

Mes Frères, je parle humainement à cause de la faiblesse de votre chair: comme vous avez fait servir vos membres à l’impureté et à l’injustice pour l’iniquité, faites-les servir maintenant à la justice pour votre sanctification. Car lorsque vous étiez esclaves du péché, vous étiez indépendants de la justice. Quel fruit donc vous rapportaient alors ces actes dont vous rougissez maintenant? Car leur fin, c’est la mort. Mais maintenant qu’affranchis du péché vous êtes devenus serviteurs de Dieu, vous avez pour fruit la sainteté, et pour fin la vie éternelle. Car la mort est la solde du péché; mais le don de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur. Considérez-vous comme morts au péché et vivant pour Dieu dans le Christ Jésus notre Seigneur.»

Réflexion sur l’Épître

Le Docteur des nations (Saint Paul) entre aujourd’hui dans le développement de cette formule par excellence de la vie chrétienne. L’Épître de Dimanche dernier n’avait eu d’autre but que d’en établir les termes; elle nous l’a montrée ressortant de la notion du baptême qui nous unit au Christ sous les eaux.

Là, comme dans un tombeau, la mort de Jésus devient nôtre et nous délivre du péché. Vendus au péché par nos premiers parents avant même que d’avoir vu le jour, marqués en naissant de son stigmate ignominieux, notre vie entière appartenait à ce tyran cruel; maître avide, il nous faisait sentir son droit de tout instant sur les membres flétris d’un corps esclave. Mais si la vie de l’esclave est de droit à son maître, la mort au moins délivre son âme, et la sépulture dérobe son corps même aux revendications de l’exacteur. Or sur la croix de l’Homme-Dieu, sur la croix de Jésus devenu péché pour nos crimes, l’humanité coupable a suivi, au regard d’une miséricordieuse justice, le sort de son Chef innocent. Le vieil homme, issu d’Adam pécheur, a été crucifié; il est mort dans le Christ; et l’esclave de naissance, affranchi par cette bienheureuse mort, a vu ensevelir sous les eaux le corps de péché qui portait dans sa chair le titre de sa servitude.

Le corps du péché, c’était en effet notre chair, non l’innocente sortie toute pure à l’origine des mains du Créateur, mais la chair souillée de génération en génération. Dans le secret du mystérieux tombeau, l’onde dissolvante a détruit la souillure de ce corps avili; elle a disjoint du même coup ces membres du péché qui sont les passions mauvaises, tristes puissances du mal qui déformaient en nous et tournaient au crime les facultés et les organes reçus de Dieu pour accomplir toute justice. En un moment, le fort armé a perdu le titre de sa possession; la mort lui a ravi son esclave. Le péché donc étant détruit, la triple concupiscence décapitée s’agite en vain; aidé de la grâce, l’homme délivré saura toujours empêcher, s’il le veut, ces hideux tronçons du serpent de se rejoindre et de retrouver leur chef. La Sagesse est l’unique but auquel on doit tendre; mais il faut supporter beaucoup pour l’atteindre.

Graduel. Venez, mes fils, écoutez-moi: je vous enseignerai la crainte du Seigneur. Approchez-vous de Lui, et recevez la lumière; et vos visages ne seront point confondus. Alléluia, alléluia. Toutes les nations, frappez des mains: jubilez, chantez à Dieu des chants d’allégresse. Alléluia.

Évangile

La suite du saint Évangile selon saint Matthieu, Chap. VII.

En ce temps-là, Jésus dit à Ses disciples: Gardez-vous des faux prophètes qui viennent à vous dans des peaux de brebis et sont au dedans des loups ravissants. Vous les connaîtrez à leurs fruits. Est-ce qu’on cueille des raisins sur les épines ou des figues sur les ronces? Ainsi tout arbre bon produit de bons fruits, et tout arbre mauvais produit de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut produire de mauvais fruits, ni un mauvais arbre de bons fruits. Tout arbre qui ne produit pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu. Vous les connaîtrez donc à leurs fruits. Tous ceux qui Me disent: «Seigneur, Seigneur», n’entreront pas dans le royaume des cieux; mais l’homme qui fait la volonté de Mon Père qui est au ciel, c’est celui-là qui entrera dans le royaume des cieux.

Réflexion sur l’Évangile

Pour chaque chrétien, en effet, comme pour l’Église entière, la garantie de l’édifice de la sainteté repose sur la fermeté de la foi qui en est le fondement. L’Esprit-Saint Se refuse à bâtir sur un fondement ruineux ou mal assuré. Quand surtout Il doit conduire une âme jusqu’aux régions supérieures de l’union divine, Il exige d’elle tout d’abord une foi non moins supérieure, dont l’héroïsme puisse affronter victorieusement les luttes purificatrices au prix desquelles se conquièrent la lumière et l’amour. À tous les degrés de la vie chrétienne d’ailleurs, c’est la foi qui fournit à l’amour son aliment et sa substance, comme c’est elle aussi qui donne aux vertus leurs motifs surnaturels et les rend dignes de former le cortège royal de la sainte charité. Le développement d’une âme ne saurait donc point dépasser la mesure de sa foi. L’ampleur de celle-ci, sa plénitude croissante, sa rectitude en tout, assurent les progrès que le juste doit accomplir; tandis que la sainteté qui prétend marcher de concert avec une croyance amoindrie, n’est elle-même qu’une sainteté bien équivoque et sujette aux plus redoutables illusions.

Il était donc véritablement bon et salutaire que la foi fût tentée, parce qu’elle rayonne davantage et s’affermit dans l’épreuve. Saint Paul a célébré magnifiquement, dans l’Épître aux Hébreux, les triomphes de la foi des anciens. L’alliance nouvelle pouvait-elle se trouver dépourvue des luttes glorieuses qui furent le mérite de nos pères au temps des figures? C’est par leur foi victorieuse dans la parole de la promesse, que tous ces dignes ancêtres du peuple chrétien ont mérité que Dieu même leur rendît témoignage. Pour nous qui possédons dans la joie l’objet de leurs héroïques espérances, l’épreuve sans doute n’est plus comme pour eux dans l’attente. Mais l’hérésie, née de l’orgueil de l’homme et de la malice de l’enfer, l’hérésie et ses annexes variées qui sont les multiples diminutions de la vérité dans le monde, sauront nous faire un mérite de la bienheureuse possession des réalités qu’ils saluaient de loin dans leurs larmes. L’homme voudra, malgré l’Église, mêler à la révélation d’en haut ses vaines pensées; et le prince du monde appuiera ces tentatives audacieuses d’altération du Verbe. Mais la Sagesse, jamais vaincue, y trouvera pour les Siens l’occasion des plus belles victoires; de là cette permission si large laissée par Dieu aux sectes ennemies, dès les premiers jours du christianisme et dans tous les temps, de se produire au grand jour. C’est dans le champ des combats contre l’erreur que l’Église, produisant au soleil sa divine armure, apparaît toute resplendissante de cette vérité absolue qui est la splendeur du Verbe son Époux; c’est par le triomphe personnel sur l’esprit de mensonge et l’adhésion spontanée aux enseignements du Christ et de Son Église, que le chrétien se manifeste en toute vérité fils de la lumière, et devient lui-même la lumière du monde.

Le combat n’est point sans périls pour le chrétien qui veut garder dans son intégrité la foi de sa mère l’Église. Les ruses de l’ennemi, son hypocrisie calculée et patiente, l’adresse perfide avec laquelle il sait mouvoir dans l’âme, presque à l’insu de l’âme même, mille ressorts secrets qui l’inclinent à l’erreur, finissent souvent par prévaloir contre la lumière en diminuant ses rayons, s’ils ne l’éteignent entièrement. La victoire, néanmoins reste assurée à ceux qui s’inspirent des enseignements de notre Évangile. Méditons-les dans la reconnaissance et l’amour; car c’est par eux que l’éternelle Sagesse exauce la prière que nous Lui adressions au temps de l’Avent, La suppliant de venir nous enseigner le chemin de la prudence. La prudence, amie du sage, gardienne de ses trésors et sa très sûre défense, n’a point en effet de danger plus grand à écarter de celui qui la prend pour compagne, que le danger du naufrage de la foi, dont la perte entraîne tout le reste dans l’abîme. Acquérons à tout prix cette prudence du serpent qui s’allie si bien, dans les disciples de Jésus-Christ, avec la simplicité de la colombe. Quand nous l’aurons, la distinction se fera pour nous d’elle-même entre les docteurs que nous devons fuir et ceux qu’il convient d’écouter, entre les faussaires du Verbe et Ses interprètes fidèles.

«Vous les reconnaîtrez à leurs fruits», dit l’Évangile; et l’histoire justifie la parole du Sauveur. Sous la peau de brebis dans laquelle ils veulent tromper les simples, les apôtres du mensonge exhalent toujours une odeur de mort. Leurs habiletés de paroles et leurs flatteries intéressées ne dissimulent point le vide de leurs œuvres. N’ayez donc rien de commun avec eux. Les fruits inutiles ou impurs des ténèbres, les arbres d’automne et deux fois morts qui les portent sur leurs branches desséchées, auront le feu pour partage. Si vous avez été vous-mêmes ténèbres autrefois, maintenant que vous êtes devenus lumière dans le Seigneur par le baptême ou le retour d’une conversion sincère, montrez-vous tels: produisez les fruits de la lumière en toute bonté, justice et vérité. À cette condition seulement vous pourrez espérer le royaume des cieux, et vous dire dès ce monde les disciples de cette Sagesse du Père qui réclame pour elle aujourd’hui notre amour.